L'interview de Josua Hoffalt, nouvelle étoile de l'Opéra de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 09/03/2012 à 13H08
Josua Hoffalt et Nicolas Joël

Josua Hoffalt et Nicolas Joël

© Agathe Poupeney/Opéra National de Paris

Josua Hoffalt, Premier danseur du ballet de l'Opéra national de Paris, a été nommé mercredi danseur étoile à l'issue de la première représentation de "La Bayadère" où il incarnait le rôle mythique du guerrier Solor qui a révélé Rudolf Noureev en Occident. Le directeur de l'Opéra de Paris Nicolas Joël, accompagné de la Directrice de la Danse Brigitte Lefèvre, a procédé à cette nomination sur la scène de l'Opéra Bastille, devant un public étonné et ravi. Interview.

Sophie Jouve : C’est une vraie surprise, cette nomination ?

Josua Hoffalt : Une vraie surprise oui et non, car sur Cendrillon j’avais compris qu’il y avait eu un loupé. La directrice, Brigitte Lefèvre, m’en avait parlé en me disant que ça aurait dû, ça aurait pu se  faire. Mais j’avais eu un problème de blessure, raté deux spectacles, alors finalement ça a été reporté. Donc j’espérais que ça se passerait sur le prochain classique, mais je ne savais pas sur quel spectacle. Là j’étais vraiment plus concentré sur ma prise de rôle dans "La Bayadère" que sur la nomination.

Josua Hoffalt, étoile

Josua Hoffalt, étoile

© Agathe Poupeney/Opéra National de Paris

Comment avez-vous réagi, on se dit que c’est mérité ?

Non, on ne se dit pas forcément qu’on l’a mérité. Il y a une espèce de chaos. Déjà on est très fatigué, c’était comme si j’étais sonné. Je voyais plus la réaction dans le regard des autres, et notamment dans ceux de mes deux partenaires où je voyais énormément, énormément d’émotion. Moi j’avais l’impression de ne pas comprendre ce qui se passait, comme si le temps s’était arrêté… J’ai plus percuté le lendemain matin que sur le moment. Sur le moment je n’osais même plus bouger. C’est vraiment particulier !

Josua Hoffalt dans "La Bayardère"

Josua Hoffalt dans "La Bayardère"

© Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

En quoi ce titre va-t-il changer votre vie ?

Le lendemain par exemple, Nicolas le Riche qui vient me féliciter et me dire qu’il est très content pour moi. C’est une source de motivation, je me dis que je dois faire honneur au titre. Je dois être à la hauteur.

Dans "La Bayadère" qui démarre, vous tenez un rôle d’étoile ?

Carrément. "La Bayadère" dans les rôles masculins c’est  un des rôles de bravoure, viril,  avec de la grosse technique, beaucoup de style. Il faut de la stature, de la projection. On a des costumes qui sont incroyables, c’est un rôle fabuleux.

Vous avez comme partenaire la grande Aurélie Dupont ?

C’est la deuxième fois que nous dansons ensemble. Il y a eu "Cendrillon" et on est censé enchainer sur la prochaine production, "L’Histoire de Manon". ça se passe plutôt bien. Pour moi c’était un rêve de danser avec elle depuis le début. On n’est pas de la même génération, J’ai rêvé d’abord seul sur elle, maintenant je rêve avec elle, c’est génial, ça pouvait difficilement être mieux : être nommé à ses côtés, c’est particulier pour moi.

Quels sont les rôles dont vous rêvez aujourd’hui ?

"L’Histoire de Manon" en fait partie. Théâtralement parlant, c’est un des rôles les mieux construits". Je suis impatient. Après il y a "Roméo et Juliette" que j’ai déjà fait et que j’ai très envie de refaire un jour, et "Le Lac des cygnes"…un rêve depuis tout petit.
Il y a plein d’autres chorégraphes que j’ai envie d’aborder : Mats Ek avec qui j’ai déjà travaillé, Jiri Kilyan, William Forsythe, des classiques dans le contemporain si je peux dire. Des gens formidables pour les avoir déjà un petit peu rencontrés.

Comment vous est venue l’envie de danser ?

Honnêtement au tout début ce n’était pas forcément une envie, c’était le hasard total. C’est ma grand-mère qui a voulu m’inscrire avec mes cousines, dont j’étais très proche. Au départ je n’ai pas forcément trouvé ça agréable, je trouvais ça douloureux mais j’ai continué parce qu’on me soutenait et que soi-disant j’étais doué. Pourtant à 8 ans je ne pense pas qu’on puisse voir quoi que ce soit. Le plaisir est venu quand je suis devenu professionnel, quand c’est devenu mon métier.

 Vous avez gravi un à un les échelons ? L’apprentissage est douloureux ?

 Je suis entré à 14 ans à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Evidemment il y a eu des sacrifices, mais si j’avais fait des études j’aurais eu aussi des moments de doute. Au final le plaisir que j’ai aujourd’hui, les choses que je vis, c’est tellement intense, la carrière est tellement courte, je ne regrette rien. Ça vaut le coup.

Quand on travaille à l’Opéra Garnier, on a le sentiment de faire partie de l’Olympe ?

Tous les jours. J’en suis parfaitement conscient. Il y a des gens qui nous disent : "Vous ne vous rendez pas compte." Si, je m’en rends compte tous les jours quand j’arrive. Le pire c’est quand je rentre de vacances, j’arrive par l’avenue de l’Opéra et je me dis que c’est là que je travaille. C’est vraiment une chance, un lieu incroyable

On peut tisser des liens d’amitiés à l’Opéra ?

Vous parliez de l’école de danse. On se connaît pour la plupart depuis tout petit. On s’est rencontrés majoritairement entre 12 et 16 ans. Il y a des gens avec qui j’ai des relations depuis plus de 10 ans, il y a de véritables amitiés. Et maintenant je continue à tisser des liens avec les générations plus jeunes. Il y a une sorte de transmission.

Josua Hoffalt interprètera à nouveau "La Bayadère" les 17, 20 et 22 mars aux côtés de l'étoile Aurélie Dupont. Elle incarne Nikiya et Dorothée Gilbert interprète sa rivale Gamzatti.