Le peintre Seurat au coeur d'une comédie musicale au Châtelet

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/07/2013 à 15H39, publié le 14/04/2013 à 18H33
"Sunday in the Park with Georges" de Stephen Sondheim au Châtelet.

"Sunday in the Park with Georges" de Stephen Sondheim au Châtelet.

© Jacques Demarthon / AFP

Le géant américain de la comédie musicale Stephen Sondheim nous fait pénétrer au coeur d'une toile du peintre impressionniste Georges Seurat dans "Sunday in the Park with George" donné à partir de lundi au Théâtre du Châtelet à Paris.

Un amoureux de Paris habitué du Châtelet
Sondheim est chez lui au Châtelet, qui a donné ces dernières années successivement "A Little Night Music" (la meilleure production qui en ait été faite, selon Sondheim) et "Sweeney Todd", avant "Into the Woods" l'an prochain.

Regard malicieux et barbe blanche, Stephen Sondheim, 83 ans, est ravi d'être de retour. "Toutes les occasions sont bonnes pour venir à Paris", dit-il. Il est d'autant plus ravi qu'à Broadway "on avait un tout petit orchestre d'une quinzaine de musiciens, et ici, au Théâtre du Châtelet, ils seront 50 dans la
fosse !", se réjouit-il.
Un autre "tableau" de "Sunday in the Park with Georges" de Stephen Sondheim au théâtre du Châtelet.

Un autre "tableau" de "Sunday in the Park with Georges" de Stephen Sondheim au théâtre du Châtelet.

© Jacques Demarthon / AFP
Tout part d'une toile de Seurat peu appréciée en son temps
"Sunday in the Park with Georges", composé en 1984, est une de ses plus étonnantes comédies musicales. Tout part en effet d'un tableau, une grande toile de Seurat titrée "Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte", haut lieu de rencontres et de promenades des parisiens de l'époque, sur la Seine.

Le tableau, exposé pour la première fois en 1886 lors de la huitième exposition du groupe impressionniste, est accueilli par les sarcasmes de la critique, qui qualifie même de "bonshommes en bois" les personnages du tableau.

Impressionnante (2 m sur 3 m) ) cette toile qui n'est visible aujourd'hui qu'à l'Art Institute of Chicago, montre une cinquantaine de personnages qui, étrangement, regardent tous dans des directions différentes : promeneurs endimanchés, militaires en grand uniforme, enfants en plein jeu, mais aussi un singe en laisse, une jeune femme pêchant à la ligne et un trompettiste !

"James (James Lapine, auteur du livret) et moi regardions le tableau, et j'ai dit: +Cela ressemble à une pièce de théâtre+", raconte Sondheim. Il ne restait plus qu'à introduire le personnage principal, le peintre Georges Seurat lui-même, et à raconter une histoire.
"Sunday in the Park with Georges" au théâtre du Châtelet.

"Sunday in the Park with Georges" au théâtre du Châtelet.

© Jacques Demarthon / AFP
"Couleur et lumière"
Ou plutôt des histoires: dans les oeuvres de Sondheim, les chansons ne sont pas des numéros, mais "s'inscrivent pleinement dans l'intrigue, en développant tel ou tel personnage", explique le maître.

"Red! More red! (Rouge! Un peu plus de rouge!) "Blue blue blue blue" (Bleu, bleu, bleu bleu) : tout le pointillisme du pinceau du peintre explose dans les paroles et la musique en petites touches brèves de la chanson "Color and Light".

La fusion est parfaite, entre l'oeil, fixé sur le tableau composé de milliers de petites taches claires, et l'oreille. Un enchantement que la mise en scène a choisi d'amplifier en faisant appel à un magicien de l'image créée par ordinateur (computer generated imagery), William Dudley.

Sa science fait merveille lorsqu'il s'agit de donner l'impression que les personnages de la scène sont prisonniers du tableau. Ce faisant, le spectateur, comme frappé d'enchantement, a le sentiment réjouissant de mettre un pied au coeur de l'oeuvre.

A noter qu'une biographie de Stephen Sondheim par Renaud Machart est publiée le 2 mai chez Actes Sud et que France Musique lui consacre une journée spéciale le jeudi 25 avril.

"Sunday in the Park with George"
Théâtre du Châtelet 
du 15 au 25 avril 2013