Benjamin Pech danse "Salut" de Pierre Rigal" : "Une œuvre vivante et fragile"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 03/02/2015 à 17H17, publié le 03/02/2015 à 17H16
Benjamin Pech (à droite), Jérémie Bélingard (à gauche)

Benjamin Pech (à droite), Jérémie Bélingard (à gauche)

© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

Ce soir débute à l'Opéra Garnier un programme qui réunit autour des chorégraphies de Nicolas Paul et Edouard Lock, deux créations : "Together alone" de Benjamin Millepied et "Salut" de Pierre Rigal, monté en 5 semaines avec 16 danseurs du corps de ballet. Parmi eux, l'étoile Benjamin Pech, qui nous relate cette expérience.

Pierre Rigal : Athlète de haut niveau (spécialiste du 400 mètres haies), il découvre la danse à 23 ans. Depuis il crée sans relâche, entrelaçant les formes (danse, cirque, théâtre et musique) et multipliant les sources d'inspiration ( la guerre, l'identité nationale, le foot, le rock... ). En 5 spectacles seulement dont plusieurs solos (Erection, Asphalte, Micro, Press, Arrêts de jeu), Rigal s’est imposé parmi les chorégraphes les plus intrigants.

Benjamin Pech entre en 1986 à l'école de danse de l'Opéra. Il est engagé à 18 ans dans le Corps de ballet. Il est nommé étoile en 2005, à l'issue de la soirée où il interprète successivement le rôle d'Albrecht dans "Giselle" et celui de Frédéri dans "L'Arlésienne". Il a enchaîné les rôles du répertoire classique et contemporain et participé à de nombreuses créations : d'"Appartement" de Mats EK aux "Enfants du paradis" de José Martinez, en passant par "Artifact Suite" de Forsythe.


Culturebox : Créer un ballet en 5 semaines avec un chorégraphe extérieur que l'on ne connait pas forcément, découvrir un tout autre univers, cela demande une belle adaptabilité ?

Benjamin Pech : C'est une adaptation à laquelle on est très habituée, car le temps de répétition pour les créations de chorégraphes extérieurs sont toujours de 5, 6 ,7 semaines maximum, ça dépend de la durée du ballet. Comme on est sur un système de programmation alternatif, de septembre à juillet, on n'est pas sur une année de travail comme le font d'autres compagnies.

C'est un temps plus resserré, très concentré, ça dérange plus les chorégraphes qui viennent, que nous danseurs qui sont habitués.  
Benjamin Pech dans "Salut" de Pierre Rigal

Benjamin Pech dans "Salut" de Pierre Rigal

© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris
Travailler pour la première fois avec un chorégraphe, qui vient d'un tout autre univers, c'est une bouffée d'air pur ?

En ce qui me concerne, je suis danseur étoile, j'ai bientôt 41 ans. Après 41, c'est 42, c'est-à-dire que c'est la fin de la carrière et le thème que Pierre a choisi, le "Salut", fait écho à mon parcours. Qu'il choisisse le geste final que l'on fait après un ballet, ce thème m'intéressait. J'avais vraiment le désir de travailler avec lui.

Il se trouve qu'à l'époque j'étais blessé, je n'avais pas pu participer aux ateliers d'audition et puis nous nous sommes croisés dans les couloirs de l'Opéra. Il m'a dit qu'il aurait aimé travailler avec moi, mais que j'étais blessé. A ce moment là je m'étais remis, moi aussi j'avais envie de travailler avec lui, la rencontre s'est faite comme ça. Une rencontre très humaine. Je lui ai expliqué que son thème correspondait à ce que j'étais en train de vivre.

Le "Salut" est le trait d'union entre la scène et ce qui va se passer ensuite dans la vie courante. Cet état transitoire, on ne l'a pratiquement jamais exploité en danse, est très intéressant. Pour Rigal, le titre est primordial, une fois qu'il l'a trouvé, il déroule sa pièce.

Pierre Rigal a une manière bien particulière de créer un spectacle ?

Oui mais nous sommes assez caméléon, parce qu'il y a beaucoup de chorégraphes qui sont venus travailler à l'Opéra. On arrive assez facilement à se fondre dans leur méthode de travail.

Ce qui était un peu déconcertant avec Pierre, c'est qu'il recherche les "heureux hasards". Donc il ne doit pas y avoir trop d'indications, trop de codes. Il part de quelque chose de construit, le début de la pièce, vers une déconstruction. Quelque chose qui se délite avec une certaine logique. Et ce qui était difficile pour nous c'était d'arriver à créer cette déconstruction pour qu'elle ait un sens, qu'elle ne soit pas trop chaotique.

Au début on n'avait pas trop de repères. C'est un travail assez interactif dans le sens où le musicien, l'ingénieur son, envoient des sons par rapport au mouvement que l'on fait. Tout ça est extrêmement fragile, quand ça marche ça crée de la magie.

Nous avons fait plus d'un mois d'atelier où on créait du matériel pour construire un vocabulaire et petit à petit créer une pièce. La pièce s'est donc construite très tardivement, seulement depuis 15 jours. 
Pour nous c'est assez singulier, mais c'est ce qu'il recherche : la spontanéité, l'authenticité du geste.

Vous vous sentez prêt ?

Oui et non ! On a eu la pré-générale samedi soir, c'était la première fois que j'avais la vision de ce que le spectacle pouvait être, en tout cas ce qu'il veut que ce soit. C'est encourageant et en même temps extrêmement fragile. Il faut qu'on soit très à l'écoute les uns des autres pour que la sauce prenne, pour que le soufflé monte. Et c'est ce que j'aime dans cette création, elle est extrêmement vivante. On est vraiment dans du direct !

Quels sont vos projets ensuite ?

Je suis dans une phase de transition. Je vais faire travailler les étoiles sur "Le lac des cygnes", un ballet que j'ai beaucoup dansé en tant qu'étoile et maintenant il y a une notion de transmission qui arrive et qui m'intéresse beaucoup.

Je serai aussi dans un rôle de composition, dans le ballet "L'histoire de Manon". Je serai Monsieur GM (le riche Monsieur GM à qui Manon soutire de l'argent).

Ensuite je serai dans le ballet de José Martinez, "Les enfants du paradis".

Et puis Benjamin Millepied me demande de travailler à ses côtés sur divers projets, ce qui m'enchante énormément. L'avenir semble se dessiner favorablement (rire)…


Pour en savoir plus sur la création de Pierre Rigal :
Le chorégraphe Pierre Rigal entre au pas de course au répertoire de l'Opéra
[INTERVIEW] Pierre Rigal : "5 semaines pour apprivoiser les danseurs de l'Opéra"