"Je me sens Charlie Coulibaly" : Dieudonné en garde à vue pour apologie du terrorisme

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/01/2015 à 17H41, publié le 12/01/2015 à 12H10
Dieudonné au Palais de Justice de Paris le 13 décembre 2013

Dieudonné au Palais de Justice de Paris le 13 décembre 2013

© JOEL SAGET / AFP

Le polémiste a été placé mercredi en garde à vue à Paris dans le cadre de l'enquête ouverte lundi pour "apologie du terrorisme". Dieudonné a écrit dimanche sur sa page Facebook: "Je me sens Charlie Coulibaly", en référence à l'auteur de la prise d'otage qui a fait 4 morts dans un supermarché casher à Paris.

Mercredi matin, toujours sur sa page officielle Facebook, l'équipe du polémiste a publié quelques photos de la police judiciaire parisienne venant le chercher à son domicile. "Nous sommes dans le pays de la liberté d'expression? Ce matin, le gouvernement vient d'en fournir la démonstration", a ironisé un avocat de Dieudonné, David de Stefano, jugeant cette interpellation "proprement scandaleuse". 

L'interpellation de Dieudonné a suscité de nombreuses réactions parmi ses fans, qui dénoncent sur sa page Facebook une "liberté d'expression sélective".

Manuel Valls "contre la parole de haine"

Selon le Parquet de Paris, la décision a été prise (d'ouvrir une enquête) dès ce (lundi) matin". Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait dénoncé les propos du polémiste comme une "abjection", lundi en marge d'une visite à la communauté juive rue des Rosiers à Paris. "Cette déclaration (...) témoigne d'une irresponsabilité, d'un irrespect et d'une propension de cet individu à attiser la haine et la division", avait commenté le ministre. L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP).

"Le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme, l'apologie du terrorisme ne sont pas des opinions, ce sont des délits", a réagi le Premier ministre Manuel Valls dans l'après-midi, en réponse à une question de la presse sur Dieudonné. 

Dans l'État de droit, a poursuivi M.Valls, il y a "une lutte impitoyable bien sûr contre le terrorisme, contre toutes les violences, mais aussi contre la parole qui tue, la parole de haine". "Et je veux vous dire notre très grande détermination, avec la garde de Sceaux (Christiane Taubira), dans le respect de nos lois et de nos procédures, à combattre ces discours de haine et les individus qui les portent", a ajouté le Premier ministre.
Dieudonné sur Facebook "Je me sens Charlie Coulibaly"


Cette nouvelle provocation ne passe pas

Sur Facebook, Dieudonné ironise d'abord sur l'écho mondial donné à la manifestation à laquelle il vient pourtant de participer, la qualifiant d'"instant magique égal au Big Bang qui créa l'Univers", avant de poser cette dernière phrase lourde de sens, synthèse infernale entre les victimes et leur bourreau : "Sachez que ce soir, en ce qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly". 

Sous ce statut Facebook, finalement retiré, les fans débattent. Cette fois, certains l'ont lâché. "Non, cette fois, t'es pas drôle" lancent certains tandis que d'autres tentent de s'accrocher à l'hypothèse d'une énième provocation, mal comprise, et qui ne serait pas à lire comme de l'apologie d'actes de terrorisme mais comme un hommage à l'humour libre de Charlie Hebdo...

Sur Twitter, le message de Dieudonné provoque des réactions immédiates, nombreuses et radicales, le hashtag #Dieudonnéenprison ne tarde pas à faire son apparition. 
 

Lundi après-midi, Dieudonné a publié un nouveau texte sur sa page Facebook, une réponse à Bernard Cazeneuve dans laquelle il regrette "être traité comme l'ennemi public numéro", évoquant les "quatre-vingt procédures qui se sont abattues sur (lui) et (ses) proches". "On cherche un prétexte pour m'interdire. On me considère comme un Amedy Coulibaly alors que je ne suis pas différent de Charlie" ajoute-t-il. Dieudonné conclut par un appel au Ministre de l'Intérieur : "Je propose la paix". 

Son spectacle annulé dans plusieurs villes

Conséquence de cette nouvelle "sortie" de Dieudonné : selon Nice Matin, Christian Estrosi, maire UMP de Nice, a pris un arrêté annulant son spectacle prévu le 25 juin prochain au complexe Nikaïa. Et le maire de Limoges, Emile-Roger Lambertie, va prendre un arrêté pour interdire le spectacle de Dieudonné, prévu dans sa ville en juin.

Par ailleurs, l'actionnaire de plusieurs Zénith, Marc Ladreit de Lacharrière, dont le fonds d'investissement contrôle Vega, un exploitant de plusieurs de ces salles, a annoncé lundi avoir donné instruction à ses équipes de "ne pas programmer le spectacle de Dieudonné".
   
"Je suis terriblement outré par le commentaire de Dieudonné sur Facebook",  a déclaré l'homme d'affaires dans un communiqué. "En conséquence, j'ai demandé à mes équipes de faire le nécessaire, en liaison avec les différentes collectivités concernées, pour ne pas programmer" son spectacle, "La Bête humaine", a-t-il ajouté.

Enfin, le maire de Metz, Dominique Gros (PS), "encourage" le gestionnaire de la salle où Dieudonné doit donner un spectacle vendredi à annuler cette représentation, après les "dernières déclarations révoltantes" du polémiste, a-t-il indiqué dans un communiqué.