Flânerie littéraire : Jack Lang comme chez lui au Salon du livre

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 21/03/2016 à 14H14, publié le 18/03/2016 à 20H07
Jack Lang et Marie-Rose Guarniéri, libraire, au Salon du livre, 18 mars 2016

Jack Lang et Marie-Rose Guarniéri, libraire, au Salon du livre, 18 mars 2016

© Laurence Houot / Culturebox

Le salon du livre propose cette année des "flâneries littéraires" pour accueillir les visiteurs. Cette série de flâneries était inaugurée aujourd'hui par une flânerie animée par Jack Lang pour expliquer la loi qu'il a fait voter en 1981 pour fixer le prix du livre. Dans les pas de l'ancien ministre, comme chez lui dans les allées du salon du livre.

Il est 15h45 et au point de rendez-vous de toutes les flâneries, une poignée de visiteurs attend Jack Lang. Marie-Rose Guarniéri, libraire aux Abbesses, responsable de l'association Verbes et à l'initiative des flâneries, mises en place cette année au salon du livre, échange quelques mots avec Françoise Nyssen, la patronne des éditions Actes Sud. Elle raconte avec enthousiasme comment cette idée des flâneries au salon lui est venue. "Il y a 30 ans, je débutais dans la librairie, je travaillais depuis quatre mois, et j'ai fait mon premier salon. Quand je suis entrée là-dedans, j'ai été écrasée. Il y avait Sollers qui dédicaçait un livre sur le stand Gallimard et je me suis dis ce n'est pas mon monde", se souvient-elle.

Les flâneries pour "accueillir les visiteurs"

Et puis je me suis approchée d'un stand et là il y avait Alain Borer, je me suis approchée timidement et on a commencé à parler. A la fin il m'a donné son livre "Rimbaud en Abyssinie". C'était un livre qui coûtait 40 ou 45 francs à l'époque. Et c'était un livre sur Rimbaud. Ça a été comme un souffle. Et je n'ai jamais oublié ça, c'est ce qui m'a encouragée à poursuivre dans le métier de libraire. Je voulais rendre ce livre aux lecteurs, en quelque sorte", raconte-t-elle. C'est comme ça qu'est née l'idée des flâneries. "Il y a des gens qui viennent au salon avec la faim au ventre. Et on ne les accueille pas, comme moi il y a trente ans. Alors j'ai pensé à ces flâneries, pour les guider dans les cercles de littérature. Là il y a des gens qui leur parlent, et aussi qui peuvent leur faire quitter les chemins habituels, aller vers ce qu'ils ne connaissent pas", poursuit-elle, enthousiaste.

Françoise Nyssen sourit. "C'est vraiment génial, c'est tout ce que j'aime", dit-elle, "ce matin Thierry Magnier est passé sur notre stand dans le cadre de sa flânerie sur la littérature Jeunesse, il y avait plein de monde, c'était génial", assure-t-elle. "Les gens sont naturellement curieux. Il n'y a que le désir qui fait avancer les choses. Je suis pour tout ce qui peut allumer le désir", sourit-elle. "On sent qu'il y a une vraie réflexion qui s'engage au salon, c'est super", conclut-elle.

Un petit mouvement dans la foule. Jack Lang ? Non, c'est Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la culture. On l'accueille, il n'y a pas de raison, mais c'est Jack Lang que le petit groupe de visiteurs inscrits à cette flânerie sont venus écouter. "On est là en famille, explique cette dame. Elle est là avec ses trois grands enfants. "On avait repéré cette flânerie, on s'est dit qu'avec Jack Lang ce serait intéressant, pour finir notre journée au salon du livre", explique-t-elle.

Littératures et selfies

Et cette fois ça y est, il arrive, accueilli par Marie-Rose Guarniéri et Françoise Nyssen. La flânerie peut commencer. Mais au salon du livre, Jack Lang est un peu une star. Sans cesse intercepté, tantôt pour un selfie, tantôt pour échanger avec un écrivain. Il répond avec gentillesse à toutes les demandes. Il croise là Matthias Enard, le Goncourt 2015, plus loin il papote avec la patronne des éditions Zulma, "Ce sont de très beaux livres", commente-t-il.
Jack Lang avec Mathias Enard, Prix Goncourt 2015, et Françoise Nyssen, patronne d'Actes Sud

Jack Lang avec Mathias Enard, Prix Goncourt 2015, et Françoise Nyssen, patronne d'Actes Sud

© Laurence Houot / Culturebox
Avec chacun il échange quelques mots, accueille les livres qu'on lui tend avec une infinie délicatesse, comme s'il prenait un oiseau blessé dans les mains "ah oui, bien sûr, c'est du vivant", lâche-t-il. Plus loin encore il converse avec la jeune auteure Anastassia Colosimo, auteur du "Bûcher des libertés"(Stock). "J'aimerais vous inviter à un débat que nous allons organiser à l'institut du monde arabe sur le thème religions et pouvoirs", propose-t-il, toujours à l'affût.
Jack Lang se plie avec gentillesse à l'exercice du selfie

Jack Lang se plie avec gentillesse à l'exercice du selfie

© Laurence Houot / Culturebox

"Il sait qu'on lui doit tout"

Il est là pour parler de sa loi, mais renvoie sur les autres le soin d'en parler. Il évoque quand même sa genèse sur le stand des éditions de Minuit, avec Irène Lindon, la fille de Jérôme, l'autre artisan de cette loi qu'il a défendue pendant deux ans. "C'était une loi très controversée, défendue par une minorité. Cela a été deux ans de bataille", se souvient-il. "Il a fallu aller jusqu'à la cour du Luxembourg, où on a failli se faire retoquer", ajoute-t-il. Irène Lindon acquiesce : "C'est évident", déclare-t-elle après son passage." S'il n'y avait pas eu cette loi sur les prix, que mon père a aussi défendue, on ne serait plus là. Cette loi a sauvé une grande partie de la profession", affirme-t-elle. Un peu plus loin c'est Dominique Bourgois qui le dit "Il sait qu'on lui doit tout", confie-t-elle.
Jack Lang et Irène Lindon

Jack Lang et Irène Lindon

© Laurence Houot / Culturebox
La visite continue, on tend l'oreille, il parle bas, mais il refuse de prendre le micro. Du coup les visiteurs désertent. La flânerie devient la balade de Jack Lang dans le monde des livres. Ici, il est chez lui, on ne peut pas lui en vouloir. La visite se termine sur le stand de l'Algérie en effervescence, et alors là personne ne contrôle plus rien …

Tout le programme des flâneries du Salon du Livre
Les Flâneries littéraires, lancées à l'initiative de Marie-Rose Guarniéri, Librairie Les Abbesses et Association Verbes, Philippe-Louis Coudray, le MOTif (Observatoire du livre et de l'écrit en Ile de France), Bruno Fresne et Guillaume Gandelot, INFL (Institut national de formation des libraires)  et Vincent Montagne SNE, (Syndicat national de l'édition) et le soutien de REED Expositions France.

Loi Lang (loi n° 81-766 du 10 août 1981 relative au prix du livre).

La loi sur le prix unique du livre a été promulguée le 10 août 1981 après deux ans de bataille. Elle instaure un système du prix unique du livre. Ce prix, fixé par l'éditeur ou par l'importateur, s'impose à tous les détaillants (librairies indépendantes et grandes surfaces) et sur tout le territoire. La seule marge possible pour les vendeurs est de proposer une réduction allant jusqu'à 5 % du prix du livre.

Cette nouvelle règle remplace le système du "prix conseillé", qui prévalait avant la loi. Après l'arrivée en 1974 de la FNAC, qui propose des rabais allant jusqu'à 20% du prix conseillé, et la concentration dans l'édition qui voit émerger de grands groupes comme Hachette, le secteur connait une crise qui inquiète les professionnels du secteur. Jérôme Lindon, patron des éditions de Minuit, crée l'association pour le prix unique du livre, que François Mitterrand, alors en campagne, inscrit dans ses promesses.

Défendue par Jack Lang, la loi est finalement votée à l'unanimité au parlement. Controversée à ses débuts, les principes de la loi Lang sont aujourd'hui largement admis. Elle a permis de conserver un réseau de librairies sur tout le territoire et de soutenir le pluralisme dans la création et l’édition en particulier pour les ouvrages difficiles", comme le souhaitait Jack Lang dans un discours prononcé à l'Assemblée nationale en mai 1981.