Yémen : un raid touche le vieux Sanaa, classé au patrimoine mondial

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/06/2015 à 13H37
Le vendredi 12 juin 2015, après le raid dans la vieille ville de Sanaa. 

Le vendredi 12 juin 2015, après le raid dans la vieille ville de Sanaa. 

© Alex Potter/AP/SIPA

Une frappe aérienne de la coalition arabe menée par l'Arabie saoudite a touché vendredi 12 juin la vieille ville de Sanaa, faisant cinq morts et détruisant trois maisons dans ce secteur classé par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. L'Unesco a d'ailleurs immédiatement condamné les destructions.

Le raid, lancé avant l'aube, est la première frappe directe à toucher ce quartier depuis le lancement le 26 mars de la campagne aérienne menée par la coalition contre les rebelles chiites Houthis et leurs alliés, selon des habitants.

Attaque directe

Un missile a chuté sans exploser dans le quartier de Qassimi, situé dans une zone qui comprend des milliers de maisons vieilles de plusieurs siècles, selon un journaliste de l'AFP et des témoins. La chute du missile a cependant démoli des maisons de trois étages et tué cinq personnes, dont une femme et un enfant, ont indiqué des sources médicales et des témoins. L'objectif du raid n'était pas clair, avec des affirmations contradictoires d'habitants sur le fait que des rebelles occupaient ou non l'une des maisons visées.

Dans le même temps, des avions de la coalition ont également frappé des positions et dépôts d'armes appartenant aux rebelles et à leurs alliés - des forces restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh - à Sanaa ainsi que dans la province pétrolière de Marib (est).

Condamnation de l'Unesco

Édifiée dans une vallée au milieu des montagnes à 2.200 mètres d'altitude, Sanaa était au VIIe et VIIIe siècles un important centre de propagation de l'islam. On y décompte 103 mosquées, 14 hammams et quelque 6.000 maisons, dont des maisons-tours ou d'autres en pisé, construites avant le XIe siècle.

Dans un communiqué, la directrice générale de l'organisation onusienne basée à Paris, Irina Bokova, s'est dite "profondément affligée par les pertes de vies humaines et les dommages infligés à l'un des plus anciens joyaux de l'urbanisme islamique au monde. Cette destruction ne va qu'exacerber la situation humanitaire et je réitère mon appel à toutes les parties à respecter et protéger l'héritage culturel du Yémen", "symbole d'une histoire millénaire" qui "appartient à toute l'humanité", a-t-elle ajouté.

Déjà en mai, l'Unesco s'était alarmée des "sérieux dégâts" causés par des bombardements sur la vieille ville et avait appelé "toutes les parties en présence à tenir le patrimoine culturel hors de portée des conflits". Des habitants avaient déjà indiqué auparavant que des maisons de la vieille ville avaient été endommagées par des frappes aériennes visant le ministère de la Défense, situé non loin de là.

Partis de Saada, leur fief dans le nord du Yémen, les Houthis ont pris le contrôle de la capitale en septembre 2014, puis de vastes régions du nord, de l'ouest et du centre. Ils ont ensuite avancé vers le sud, poussant le président Abd Rabbo Mansour Hadi à fuir Aden, où il s'était réfugié, pour s'exiler en Arabie saoudite. C'est pour stopper leur avancée que la coalition a lancé sa campagne de raids fin mars.