Unesco : l'oeuvre architecturale de Le Corbusier inscrite au patrimoine mondial

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/07/2016 à 11H34
Chapelle Notre-Dame-Du-Haut à Ronchamp (1911) par Le Corbusier 

Chapelle Notre-Dame-Du-Haut à Ronchamp (1911) par Le Corbusier 

© SEBASTIEN BOZON / AFP

L'oeuvre de Le Corbusier (1887-1965) a été inscrite dimanche au Patrimonial mondial de l'Unesco. Ce classement porte sur dix-sept réalisations de l'architecte franco-suisse, dont dix situées en France. Suspendue une journée samedi suite au coup d'Etat avorté en Turquie, la réunion avait repris dimanche matin à Istanbul pour une seule journée.

Les zones d'ombre du grand homme

S'il est considéré comme un architecte majeur du XXe siècle, Le Corbusier est aussi au centre d'une polémique concernant ses opinions politiques favorables à un état totalitaire dès les années 20. Pour le journaliste François Chaslin, auteur de l'ouvrage "Un Corbusier" (Seuil), "les leaders de ces partis fascistes ( le docteur Pierre Winter, ainsi que l’ingénieur François de Pierrefeu, NDLR) reconnaissaient en Le Corbusier l’homme incarnant leurs idéaux. La polémique était remontée à la surface notamment en 2015, à l'occasion d'une exposition consacrée à l'architecte au Centre Pompidou.

Parmi les sites retenus par l'Unesco figurent celui de Firminy (centre-est de la France), le deuxième plus  grand site après celui de Chandigarh en Inde, avec un quartier, sa maison de la  culture son stade, sa piscine et son église ou encore la "Cité radieuse" à  Marseille. "Cette bonne nouvelle survient après plus de dix ans de travail, de concertation et deux échecs", s'est félicité dans un communiqué Benoît Cornu, 1er adjoint à Ronchamp (Haute-Saône), où se trouve une des plus célèbres oeuvres de Le Corbusier, la chapelle Notre-Dame-Du-Haut - 1911), qui préside depuis 2016 l'Association des  Sites Le Corbusier créée en 2010. 

La Villa Savoye à Poissy (1928-31) par Le Corbusier

La Villa Savoye à Poissy (1928-31) par Le Corbusier

© ALAIN AUBOIROUX/RCHITECTURE LE CORBUSIER


Laboratoire avant-gardiste

La France fut le principal lieu  d'expression de Le Corbusier. Lorsqu'on parle de l'architecte, il y a les anti, farouchement anti; et les  pro, farouchement pro. Son esthétique en béton brut, monumentale et dépouillée,  ne laisse pas indifférent. Beaucoup soulignent aussi l'échec du projet  collectif de "cités verticales", des "barres" dont on ne cessera d'essayer de  se défaire depuis.

"Il faut se replacer dans le contexte de l'époque. Il était d'une avant-garde incroyable dans les années 30 alors qu'il n'existait pas de grue et les techniques de construction étaient arriérées. Ou après-guerre, face aux  enjeux d'explosion démographique et d'insalubrité, quand il a fallu construire  trois millions de logements en 30 ans", souligne Vanessa Fernandez, enseignante-chercheuse à l'École d'architecture de Paris-Belleville.

La cité Frugès, le quartier ouvrier de Pessac (Gironde).  
Reportage G. Cuadrat / S. Delalot / D. Laurent


L'idée de ce pionnier du Mouvement Moderne n'était pas de parquer le  surplus démographique mais au contraire de remettre le bien-être au coeur de  l'architecture. Avec ses constructions sur pilotis, ses grandes fenêtres en bandeau, ses  duplex familiaux à double orientation avec cuisine ouverte (une révolution), il  fait rentrer la lumière partout - aussi pour lutter contre la tuberculose. Les  placards ne sont pas trop profonds, le plafond pas trop haut, les marches  d'escalier adaptées à tous les membres de la famille.

Pour ce faire, il crée une unité de mesure, le "Modulor", à l'échelle de  l'homme. Pas n'importe lequel: "beau, sportif et mesurant 1m83", relève Vanessa  Fernandez. Un homme idéal et standardisé: l'Aryen, selon les détracteurs de  l'architecte, antisémite notoire et fasciste militant.

La cité Radieuse à Marseille (1947-52) par Le Corbusier

La cité Radieuse à Marseille (1947-52) par Le Corbusier

© BORIS HORVAT / AFP

Le dossier Frank Lloyd Wright suspendu vendredi

L'examen des demandes de classement, qui avait été interrompu vendredi au niveau du 12e dossier - celui de l'oeuvre de l'architecte américain Frank Lloyd Wright  (sur un total de 29 présentés) -, avait repris plus tôt au Centre de congrès d'Istanbul, avait indiqué Marc Petit, président-fondateur de l'Association  des sites Le Corbusier, du nom de l'architecte. 

M. Petit, par ailleurs maire (FDG) de Firminy (Loire), la ville de l'agglomération de Saint-Etienne où est installé le plus vaste ensemble architectural conçu par Le Corbusier en Europe, avait annoncé que "la candidature de Le Corbusier va être  examinée dans la matinée". Ce qui est fait désormais avec une conclusion positive. 

Séance extraordinaire en septembre à Paris

L'élu a toutefois précisé que le calendrier de la conférence permanente du comité du patrimoine est "profondément modifiée car elle se terminera dimanche soir au lieu de mercredi (...) elle était initialement programmée du 10 au 20 juillet". 

En outre, la candidature de la  chaîne des Puys et de la faille de la Limagne, devait être aussi examinée dimanche. Les débats de cette conférence permanente étant abrégés, une partie des candidatures de la session 2016 du comité du patrimoine mondial "sera  examinée lors d'une séance extraordinaire organisée à Paris en septembre  prochain", a ajouté Marc Petit.