Une lettre galante de Robespierre acquise par la ville d'Arras

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/12/2011 à 17H29
Maximilien Robespierre, école française

Maximilien Robespierre, école française

© AFP, The Art Archive / Musée Carnavalet Paris / Alfredo Dagli Orti

La ville d’Arras a acquis mardi la « lettre des serins » de Robespierre, qui était vendue aux enchères chez Christie’s. Il s’agit d’une des premières lettres galantes du révolutionnaire à Mademoiselle Dehay, une amie de sa sœur Charlotte.

Le ministère de la Culture a fait valoir son droit de préemption et a permis qu’Arras, avec l’aide des Archives nationales, achète la lettre pour 12.500 euros. Elle sera conservée à la médiathèque du palais Saint-Vaast.

A l’époque, Maximilien Robespierre, né à Arras en 1758, était jeune avocat et cherchait à se faire connaître dans la ville. Il distribuait ses premières plaidoiries à ses amis pour qu’ils les fassent circuler. Dans sa lettre écrite le 22 janvier 1782 à Mademoiselle Dehay, il la remercie pour le don de trois serins (il était un grand amateur d’oiseaux) et il en profite pour lui envoyer trois exemplaires d’une plaidoirie.

La « lettre des serins » a été léguée à un avocat, puis au président du tribunal d’Arras, avant d’être vendue aux enchères publiques. Elle provient de l’ancienne collection de Richard Monckton Milne, Baron Houghton (1809-1885), un poète et politicien anglais. Elle est publiée dans « L’Histoire de la Révolution » de Louis Blanc et dans les « Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre » publiées par Victor Barbier et Charles Vellay, ainsi que dans presque toutes les biographies de Robespierre.

La lettre des serins

« Mademoiselle,

J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire dont l'objet est intéressant. On peut rendre aux Grâces mêmes de semblables hommages, lorsqu'à tous les agréments qui les accompagnent elles savent joindre le don de penser et de sentir, et qu'elles sont également dignes de pleurer l'infortune et de donner le bonheur.

A propos d'un objet si sérieux, Mademoiselle, me sera-t-il permis de parler de serins ? Sans doute, si ces serins sont intéressants ; et comment ne le seraient- ils pas, puisqu'ils viennent de vous ? Ils sont très jolis ; nous nous attendions qu'étant élevés par vous ils seraient encore les plus doux et les plus sociables de tous les serins. Quelle fut notre surprise lorsqu'en approchant de leur cage, nous les vîmes se précipiter contre les barreaux avec une impétuosité qui nous faisait craindre pour leurs jours !  Voilà le manège qu'ils recommencent toutes les fois qu'ils aperçoivent la main qui les nourrit. Quel plan d'éducation avez-vous adopté pour eux et d'où leur vient ce caractère sauvage ? Est- ce que les colombes que les Grâces élèvent pour le char de Vénus montrent ce naturel farouche ? Un  Visage comme le vôtre n'a-t-il pas dû familiariser aisément vos serins avec les figures humaines ? Ou bien, serait-ce qu'après l’avoir vu, ils ne pourraient plus en supporter d'autres ? Expliquez-moi, je vous prie, ce phénomène. En attendant, nous les trouverons toujours aimables avec tous leurs défauts.

Ma sœur me charge, en particulier, de vous témoigner sa reconnaissance pour la bonté que vous avez eue de lui faire ce présent, et tous les autres sentiments que vous lui avez inspirés.

Je suis avec respect. Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Robespierre.

Arras, le 22 janvier 1782.

P. S. — J'ai l'honneur de vous envoyer trois exemplaires, [du mémoire] et vous laisse le soin de faire le meilleur emploi possible de ceux que vous ne jugerez pas à propos de conserver »