Une lettre codée de Napoléon vendue 187.500 euros aux enchères

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 31/10/2012 à 19H17
La lettre codée signée par Napoléon, à Paris (31/10/2012)

La lettre codée signée par Napoléon, à Paris (31/10/2012)

© Kenzo Tribouillard / AFP

"Je fais sauter le Kremlin le 22 à trois heures du matin." Cette exceptionnelle lettre codée de Napoléon 1er, signée de sa main et datée du 20 octobre 1812, a été adjugée à 187.500 euros le 2 décembre par la maison Osenat, à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Elle a été acquise par le Musée des lettres et manuscrits à Paris.

Deux cents ans après la campagne de Russie, cette missive entièrement chiffrée et signée "Nap", a été très disputée lors de cette vente consacrée à l'Empire. La veille, l'Empereur a quitté Moscou en ruines pour se replier dans les environs de la ville. Il informe son ministre des Relations extérieures Hugues-Bernard Maret de sa décision de détruire le Kremlin. "L'ordre sera exécuté par le maréchal Mortier qui fera sauter les tours du Kremlin, à la fois palais impérial et forteresse militaire", indique Alain Nicolas, l'expert pour cette vente. 

Dans cette lettre, vendue par un particulier, l'Empereur demande aussi à son ministre, qui se trouve alors à Vilnius (actuelle Lituanie), de rassembler des vivres et de trouver des montures. "Ma cavalerie est démontée et il meurt beaucoup de chevaux", souligne Napoléon. Le grand froid de Sibérie s'est abattu sur la région de Moscou et les animaux ne résistent pas. "Les lettres écrites de Russie par Napoléon sont rares. Beaucoup de courriers ont été perdus, sans doute interceptés par les Russes", relève l'expert parisien.

Le dernier manuscrit dicté par l'empereur Napoléon Ier à Sainte-Héléne a atteint l'enchère la plus élevée
Estimé entre 60 et 80.000 euros, il a été acquis pour la somme de 375.000 euros, par le même Musée des lettres et manuscrits. "Il s'agit d'un record mondial pour un manuscrit de Napoléon Ier", a commenté la maison de ventes Osenat.

Dans un livret inséré dans cet "Essai sur la fortification de campagne", dicté et annoté par Napoléon en exil, l'empereur déchu revient sur sa campagne de Russie et se justifie. "Elle ne doit pas s'appeler une retraite puisque l'armée était victorieuse", fait valoir Napoléon, agacé par les critiques formulées par le général Joseph Rogniat dans ses "Considérations sur l'art de la guerre" de 1816.

Le 14 septembre 1812, Napoléon 1er était entré dans Moscou désertée par une grande partie de ses habitants. "Seuls restaient les plus pauvres, chargés plus tard de mettre le feu", rappelle Jean-Christophe Chataignier, responsable du département Empire de la maison de ventes Osenat. "Napoléon attendait la capitulation du tsar Alexandre 1er mais les Russes se sont dérobés et rien n'est venu."

De nombreux incendies éclatent dans cette ville construite en grande partie en bois, gênant l'armée française. Napoléon 1er finit par donner l'ordre à ses troupes de quitter la ville et de se replier sur le sud. Mais il a perdu un temps précieux.

La lettre codée de Napoléon du 20 octobre 1812

La lettre codée de Napoléon du 20 octobre 1812

© Kenzo Tribouillard / AFP
Dans cette "dictée", "Napoléon désigne l'hiver russe comme son seul vainqueur, affirmant que la campagne aurait pris un tour différent si elle s'était déroulée trois mois plus tôt", indique la maison Osenat.

"En exil à Sainte-Hélène, Napoléon ne cessait de retravailler sur ses batailles et sur la stratégie militaire, dictant ses analyses au fidèle général Bertrand et à ses proches", souligne Jean-Christophe Chataignier.
Lits jumeaux du général Bonaparte et de Joséphine de Beauharnais et tabourets en forme de tambour militaire

Lits jumeaux du général Bonaparte et de Joséphine de Beauharnais et tabourets en forme de tambour militaire

© Vente Osenat. L'empire à Fontainebleau
 Des pièces de mobilier figurent dans la vente
La vente propose une paire de lits jumeaux du général Bonaparte et de Joséphine, avec quatre tabourets en forme de tambour militaire. Estimés entre 50.000 et 60.000 euros, ils proviennent du petit hôtel particulier de la rue Chantereine à Paris qui a été la première demeure du couple. Le bâtiment a été détruit en 1862 lors du percement de la rue de Châteaudun.


La vente a lieu le 2 décembre à 14H30. Pour information, c'est un 2 décembre, en 1804, que Bonaparte fut sacré Empereur à Notre-Dame de Paris.