Un nouveau tapis d'exception sort de la Manufacture nationale de Lodève

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/02/2017 à 15H33, publié le 16/02/2017 à 14H18
Le nouveau tapis de la Manufacture de Lodève créé pour le mobilier National ornera un palais de de la République 

Le nouveau tapis de la Manufacture de Lodève créé pour le mobilier National ornera un palais de de la République 

© France 2 / Culturebox capture d'écra

À Lodève, dans l'Hérault, la Manufacture nationale de la Savonnerie fabrique depuis plus de 50 ans des tapis d'exception. Tissés à la main comme au XVIIe siècle, ces ouvrages sont destinés à meubler les hauts lieux de pouvoir. Ce jour-là, c'est un tapis rouge qui est remis aux commanditaires. Les deux lissières ne cachent pas leur fierté.

C'est avec beaucoup d'émotion que Bedja Bensot et Marie-Hélène Blanchard, lissières de la manufacture de Lodève, ont remis officiellement leur oeuvre au Mobilier national. Un tapis unique de 10 m2 réalisé sur le modèle d'une toile "Plié-Déplié" de l'artiste contemporaine Marie-Claude Bugeaud. Estimée à 200 000 euros, soit plus que le modèle, l'oeuvre a nécessité cinq ans de travail. Elle viendra meubler un salon ou un bureau de la République, car tous ces tapis sont destinés au Mobilier national


Reportage : V. Gaglione / I. Baechler / F. Mazou / S. Dauba / F. Bazille . P. Jouffriault 

Des petits bijoux pour l'Etat

Les gestes des lissières n'ont pas changé depuis des siècles : une trame, des broches de laine et un modèle qu'elles adaptent. Elles sont 17 à travailler dans l'atelier de Lodève. Un art minutieux qui demande beaucoup de patience : il faut environ quatre ans pour réaliser une tapisserie. 
Tapis créé par les lissières Bedja Bensot et Marie-Hélène Blanchard sur l'oeuvre de Marie-Claude Bugeaud

Tapis créé par les lissières Bedja Bensot et Marie-Hélène Blanchard sur l'oeuvre de Marie-Claude Bugeaud


Lorsqu'ils sont terminés, les tapis appartiennent donc au mobilier national et ne seront jamais vendus. Dans les réserves, 1 200 ouvrages dorment en attendant leur heure. Audrey Azoulay, la ministre de la culture, a choisi un tapis contemporain pour meubler son bureau.
Bureau du ministère de la culture

Bureau du ministère de la culture

© France 2 / Culturebox

La variété de la production

Le site de Lodève produit des tapis d'après des artistes tels que Paulin, Hajdu, Lalane, Morellet... Il réédite également des tapis des XVIIe (les grands modèles classiques élaborés par Le Brun pour Louis XIV), et XIXe siècles. Deux cent tissages ont vu le jour depuis la création de l'atelier. 
Lodève 3 © France 2 / Culturebox

De l'art à l'industrie 

Située dans l'Hérault la manufacture de Lodève, annexe de celle des Gobelins à Paris, perpétue le savoir-faire du tapis à la française. Les lissiers peuvent passer jusqu'à sept ans sur un tapis.  

Dès le Moyen Age, Lodève tire ses ressources du travail de la laine. Le cardinal de Fleury obtient auprès de Louis XV, dont il est le Premier ministre, que la ville ait le monopole de la confection des draps pour l'infanterie royale. Ces commandes pérennisent l'industrie textile jusqu'en 1865, année du déclin. La dernière filature ferme ses portes en 1960.
Lodève 2 © France 2 / Culturebox

Une manufacture royale

L'arrivée de Harkis en France après la guerre d'Algérie relance l'activité de la manufacture de Lodève. Les hommes sont employés dans les services municipaux et les femmes dans des ateliers de tissage. Dès 1964, une trentaine d’entre elles confectionnent des tapis. Deux ans plus tard, André Malraux décide d’en faire une manufacture royale qui répondra aux commandes de l’Etat.
Lodève4 © France 2 / Culturebox

L'atelier de Lodève, créé en 1966, est installé dans de nouveaux bâtiments depuis 1990.