Un musée parisien ressuscite Landru

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/05/2013 à 09H39
Henri-Désiré Landru à son procès à Paris en novembre 1921

Henri-Désiré Landru à son procès à Paris en novembre 1921

© AFP

Plus de 91 ans après son exécution (en 1922), l'inquiétant Henri-Désiré Landru fait l'objet d'une exposition au Musée des lettres et manuscrits de Paris, à partir de ce jeudi, et jusqu'au 15 septembre.

Landru, surnommé le "Barbe-Bleue de Gambais", fut condamné à la peine capitale pour l'assassinat de dix femmes et d'un jeune garçon, à l'issue d'une affaire restée d'autant plus mystérieuse qu'aucun corps ne fut jamais retrouvé. L'exposition revient sur l'enquête menée au sein d'une époque troublée, mais ne donne donc pas à voir de clichés sanglants ou de descriptions de carnages. Landru a emporté avec lui tous ses secrets, dont celui de son mode opératoire, quelques documents laissant toutefois penser qu'il a découpé ses victimes en morceaux.

Reportage : V. Delahautemaison, N.Cohen, M.Fouet :
Le héros de l'enquête : l'inspecteur Belin
Les commissaires de l'exposition, dont le journaliste et ancien policier Eric Yung, ont fouillé dans les quelque mille pièces à leur disposition, dont l'essentiel provient du dossier d'instruction, pour raconter l'histoire de l'enquête et de la constitution du dossier. Une histoire fascinante, qui met notamment en scène l'inspecteur Jules Belin, dont l'obstination aura été déterminante dans l'arrestation de Landru et dans l'accumulation d'un faisceau d'éléments susceptible de convaincre un jury.

Informé, un soir, par la soeur d'une des disparues qui avait croisé Landru par hasard dans un magasin de porcelaines de la rue de Rivoli à Paris, Belin part en chasse. Il fait réveiller, en pleine nuit, le vendeur du magasin, qui donne l'adresse de livraison communiquée par Landru, homme chauve et petit, qui se fait alors appeler Lucien Guillet. C'est à l'issue d'une longue planque, il finira par interpeller Landru et se lancera dans une course contre la montre pour qu'au terme de la garde à vue, le juge d'instruction dispose de suffisamment d'éléments pour inculper Landru et le placer en détention.

En quelques dizaines de mètres carrés, scénographiés avec sobriété et efficacité, l'exposition "permet de voir l'affaire Landru comme elle n'a jamais été présentée, c'est-à-dire de l'intérieur", explique Eric Yung à l'AFP.
Henri Desire Landru (1869-1922- en couverture du "Petit Journal" du 13/11/1921

Henri Desire Landru (1869-1922- en couverture du "Petit Journal" du 13/11/1921

© NAMUR-LALANCE/SIPA
Une acte fondateur pour la police judiciaire
L'affaire Landru est, à ce titre, une sorte d'acte fondateur de la police judiciaire (avec le démantèlement de la bande à Bonnot), créée en 1907. Celui d'une police dédiée à "la recherche des faits", résume Eric Yung, dynamisée par la création des brigades mobiles par Georges Clemenceau, les fameuses brigades du Tigre, dont faisait partie Belin.

L'enquête bénéficie également des notes de Landru lui-même, méthodique jusqu'à la maniaquerie, qui ne disent rien des assassinats mais témoignent des techniques employées par ce spécialiste de l'escroquerie au mariage. Le juge Bonin, chargé de l'instruction, identifiera ainsi 169 femmes ayant entretenu une correspondance avec Landru. Les notes de l'accusé révéleront aussi l'achat de 790 scies à métaux, alors même qu'il est soupçonné d'avoir découpé ses victimes en morceaux.

L'apport des expertises psychiatriques
Autre élément phare du dossier d'instruction, les compte-rendus d'expertise psychiatrique, qui révèlent une personnalité riche. "On voit que ces gens sont amoureux de Landru", selon Eric Yung.

Enfin, l'exposition s'attache à rappeler une époque troublée, celle de la Première guerre mondiale et de l'immédiat après-guerre. "Ce n'est pas Landru qui entre au Musée, c'est toute une époque."