"Trésor des Guelfes" : l'Allemagne poursuivie en justice aux États-Unis

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/02/2015 à 15H41
Une pièce du "trésor des Guelfes", l'autel portatif d'Eilbertus (Berlin, musée de Bode, 9 janvier 2014)

Une pièce du "trésor des Guelfes", l'autel portatif d'Eilbertus (Berlin, musée de Bode, 9 janvier 2014)

© Markus Schreiber / AP / Sipa

Deux héritiers de marchands d'art juifs attaquent l'Allemagne devant une cour américaine pour réclamer la restitution du "Trésor des Guelfes", une des plus grandes collections d'art religieux du Moyen-Âge, arguant d'une spoliation par les nazis, selon leurs avocats.

Les requérants, qui ont saisi une cour fédérale de Washington lundi soir après six ans de combat pour récupérer la collection, estiment entre 250 et 300 millions de dollars la valeur de cette quarantaine de pièces d'orfèvrerie, reliquaires, croix et autres objets liturgiques fabriqués entre le XIe et le XVe siècle.

Pour les requérants, la vente a été contrainte

À leurs yeux, les quatre anciens propriétaires du Trésor des Guelfes ont été contraints de vendre leur collection à vil prix, en 1935, sous la pression des autorités nazies, a expliqué mardi à Berlin l'un de leurs avocats, Nicholas O'Donnell.
Conférence de presse à Berlin des avocats Markus Stoetzel (de Marburg) et Nicholas O'Donnell (de Boston), qui représentent les héritiers des marchands d'art, le 24 février 2015

Conférence de presse à Berlin des avocats Markus Stoetzel (de Marburg) et Nicholas O'Donnell (de Boston), qui représentent les héritiers des marchands d'art, le 24 février 2015

© Markus Schreiber / AP / Sipa
L'action en justice des héritiers cible à la fois le gouvernement allemand et la Fondation pour l'héritage culturel prussien, qui conserve la collection dans l'un de ses musées berlinois, ont poursuivi les avocats.

Les deux requérants, de nationalités américaine et britannique, sont les descendants de l'un des marchands qui avaient acheté la totalité du Trésor des Guelfes au duc de Brunswick en 1929, soit 82 pièces, juste avant la grande crise économique qui avait fait s'effondrer le marché de l'art.

Après la vente d'un premier ensemble de 40 pièces à des collectionneurs privés et publics américains, en 1932, le reste de la collection avait été cédé à l'État prussien - alors dirigé par Hermann Göring, le fondateur de la Gestapo - en 1935. Cette deuxième transaction, réalisée deux ans après l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler, avait été conclue pour 4,25 millions de Reichsmarks, soit nettement moins que le prix d'achat.

Une commission allemande met en doute l'idée d'une vente forcée

Mais en mars 2014, une commission de médiation allemande avait jugé qu'il n'existait "pas d'indices" à l'appui d'une vente forcée. Selon les experts, rien n'attestait que les marchands d'art aient fait l'objet de pressions, y compris de la part de Göring. À l'époque, les deux parties "s'étaient entendues sur un prix qui certes se trouvait en dessous du prix d'achat en 1929, mais qui était conforme à la situation du marché de l'art après la crise économique mondiale", avait estimé la commission.

"Stupéfait" par l'annonce de cette requête, le président de la Fondation pour l'héritage culturel prussien, Hermann Parzinger, a insisté dans un communiqué sur l'absence de "faits nouveaux" autour de ce dossier et s'est dit "confiant" sur les décisions futures de la justice américaine.

Les autorités régionales de Berlin ont annoncé avoir placé la semaine dernière le Trésor des Guelfes sous un statut soumettant toute sortie du territoire à la permission de l'État allemand.