Tombouctou : les islamistes suspendent la destruction des mausolées

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/06/2012 à 13H07
Du sable et peu de végétation autour de Tombouctou, ville mythique en détresse

Du sable et peu de végétation autour de Tombouctou, ville mythique en détresse

© AFP / UN Photo

Indifférents à l'indignation internationale, les islamistes armés qui contrôlent le nord du Mali s'en sont pris dimanche à quatre autres mausolées de saints musulmans à Tombouctou, a relaté un témoin à l'AFP. Samedi, ils avaient mis en pièces trois sites similaires dans cette ville mythique. Dimanche soir, ils avaient suspendu les destructions.

Après les mausolées de Sidi Mahmoud (nord de la ville), Sidi Moctar (nord-est) et Alpha Moya (est) samedi, les hommes d'Ansar Dine se sont attaqués dimanche matin à coups de houes et burins aux quatre mausolées, dont celui de Cheikh el-Kébir, situés dans l'enceinte du cimetière de Djingareyber (sud), selon un témoin présent sur les lieux.

"Ils sont en train de casser" le site, bâti en terre à l'instar de la quasi-totalité des édifices de cette ville à la lisière du désert, a dit cet homme, employé d'un média local, en indiquant que de nombreux habitants assistaient, impuissants, à l'opération de destruction. "Ca fait mal, mais on ne peut rien faire. Les 'fous' sont armés. On ne peut rien faire, mais ils seront maudits, ça, c'est sûr !"

En deux jours, sept des seize sanctuaires ont été détruits. Puis les islamistes ont suspendu leur labeur dimanche après-midi, pour une raison non précisée. Le groupe Ansar Dine a déclaré qu'il détruira les seize mausolées que compte la ville, "sans exception".

Premières destructions et condamnations samedi
Samedi, Bamako, Paris et l'Unesco ont dénoncé la destruction de mausolées de saints musulmans par le groupe islamiste Ansar Dine. Sans résultat. Selon des témoins, les islamistes armés venaient de détruire trois premiers mausolées à Tombouctou, ville malienne inscrite jeudi 28 juin par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial en péril.

"Les mausolées Sidi Mahmoud, Sidi Moctar et Alpha Moya de Tombouctou ont été détruits ce samedi par les islamistes" d'Ansar Dine, "qui se sont dirigés vers d'autres mausolées", a relaté un témoin, ce qu'a confirmé une source proche d'un imam. D'après différents témoins, le premier sanctuaire visé a été celui de Sidi Mahmoud, dans le nord de la ville, qui avait déjà été profané début mai par des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), un allié d'Ansar Dine. Puis les islamistes se sont rendus au mausolée d'un autre saint, Sidi Moctar, dans l'est de la ville, qu'ils ont détruit.

Seize cimetières et mausolées dans la "cité des 333 saints"
Selon le site Internet de l'Unesco, Tombouctou, surnommée "la cité des 333 saints", compte "16 cimetières et mausolées qui étaient des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers".

Début mai, des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), autre groupe armé contrôlant le Nord, avaient profané ce même mausolée avec l'appui d'hommes d'Ansar Dine.

Rebelles islamistes d'Ansar Dine près de Tombouctou (24/06/2012)

Rebelles islamistes d'Ansar Dine près de Tombouctou (24/06/2012)

© Romaric Ollo Hien / AFP
Le groupe Ansar Dine revendique les destructions
"Ansar Dine va détruire aujourd'hui tous les mausolée de la ville. Tous les mausolées sans exception", avait prévenu samedi, par le biais d'un interprète, Sanda Ould Boumama, porte-parole d'Ansar Dine à Tombouctou joint depuis Bamako, interrogé sur la destruction en cours de mausolées de saints musulmans dans la ville.

La destruction complète du sanctuaire samedi a été confirmée par un proche d'un imam, un journaliste local et d'autres témoins, selon lesquels les islamistes s'attaquaient en milieu de matinée au mausolée d'un autre saint, Sidi Moctar, dans l'est de la ville. "Ils sont en train de détruire actuellement ce mausolée (de Sidi Moctar). Ils ont dit qu'ils vont tout détruire", a affirmé le journaliste local. Les islamistes "ont dit qu'ils vont tout détruire aujourd'hui. Vraiment, ils ont violé aujourd'hui Tombouctou. C'est un crime", a dit le proche de l'imam.

"Tôt ce (samedi) matin, les islamistes ont d'abord encerclé le cimetière du quartier Abaradjou (au nord de la ville). Ils ont commencé à casser", a expliqué un autre témoin, d'après lequel il s'agit de représailles à la décision de l'Unesco, annoncée jeudi, de placer Tombouctou, ville du patrimoine mondial de l'humanité, sur la liste du patrimoine en péril. "Ils (les islamistes) ont dit que puisque l'Unesco veut se mêler de leurs affaires, qu'ils vont montrer de quoi ils sont capables", a-t-il ajouté.
Vue aérienne de la ville de Tombouctou (2008)

Vue aérienne de la ville de Tombouctou (2008)

© Bernard Foubert / Photononstop / AFP
Réactions consternées après les destructions

Le Maroc appelle à une action internationale "urgente" : "Le Maroc appelle les Etats islamiques et la communauté internationale à une intervention urgente et conjointe pour protéger le riche patrimoine malien qui constitue une composante du patrimoine islamique et humanitaire", indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié dimanche.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a déclaré dimanche à l'AFP que la destruction en cours de mausolées par les islamistes qui contrôlent la ville de Tombouctou  (nord du Mali), était "un crime de guerre" passible de poursuites de la CPI.

L'Unesco déplore la destruction "tragique" des sites : "Nous venons juste d'apprendre la nouvelle tragique des dégâts sans raison causés au mausolée de Sidi Mahmoud, dans le nord du Mali", a déclaré samedi Alissandra Cummins, présidente de l'Unesco, dans un communiqué adressé à l'AFP. "J'appelle tous ceux qui sont engagés dans le conflit à Tombouctou à exercer leurs responsabilités dans l'intérêt des générations futures, afin de conserver l'héritage du passé." L'Unesco avait placé jeudi Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril, alertant la communauté internationale sur les dangers qui pèsent sur cette ville aux mains des islamistes depuis la fin mars.

Bamako dénonce une "furie destructrice" : Le gouvernement malien a fustigé "la furie destructrice assimilable à des crimes de guerre" du groupe islamiste armé Ansar Dine, et menacé les auteurs de ces destructions de poursuites au Mali et à l'étranger. "Le gouvernement condamne cette furie destructrice assimilable à des crimes de guerre et s'apprête à engager des poursuites contre leurs auteurs aussi bien au plan national qu'au plan international", selon les termes d'un communiqué transmis à l'AFP. Dimanche, le Mali a appelé l'Onu à prendre des mesures concrètes pour mettre fin à ces crimes contre l'héritage culturel de la population".

Paris dénonce un acte "intolérable" : La France a condamné samedi "la destruction délibérée de mausolées de saints musulmans" par "un groupe islamiste extrémiste" à Tombouctou , dans le nord du Mali, et appelé à la "fin de ces violences", a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a estimé de son côté que la destruction par des islamistes armés de mausolées de saints musulmans à Tombouctou "risque de choquer la très grande majorité des musulmans de la région".