Tombe de Néfertiti : Nicholas Reeves expose sa théorie à Louxor

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/09/2015 à 20H18
L'égyptologue et archéologiue britannique Nicholas Reeves à Louxor le 28 sept 2015.

L'égyptologue et archéologiue britannique Nicholas Reeves à Louxor le 28 sept 2015.

© Khaled Desouki / AFP

Alors que sa théorie sur l'emplacement de la tombe de Néfertiti tient en haleine le monde entier, l'archéologue britannique Nicholas Reeves est arrivé lundi à Louxor pour présenter son point de vue et examiner le terrain. Selon lui, la tombe de cette reine légendaire est là, tout près, dans une chambre cachée du tombeau de Toutankhamon.

A ce jour, les archéologues n'ont jamais découvert la momie de cette reine à la beauté légendaire, qui exerça un rôle politique et religieux fondamental au XIVe siècle avant Jésus-Christ. Néfertiti fut l'épouse du pharaon Akhenaton qui convertit temporairement l'Egypte antique au monothéisme en imposant le culte exclusif du Dieu du soleil, Aton.

La tombe de Néfertiti rouverte pour y ajouter la dépouille du jeune roi ?

Nicholas Reeves est venu à Louxor pour élucider cette énigme. Selon sa théorie, qui met en ébullition la presse et les réseaux sociaux depuis des mois, Néfertiti aurait été enterrée dans une chambre attenante au tombeau du pharaon Toutankhamon, le fils d'Akhenaton.

Tout le mystère aurait son origine dans le décès "inattendu" de l'enfant-roi, à 19 ans, a expliqué lundi l'égyptologue à l'entrée du tombeau, au coeur de la Vallée des Rois à Louxor, dans le sud égyptien. Faute de tombeau disponible pour Toutankhamon, les prêtres auraient décidé de rouvrir la tombe de Néfertiti, dix ans après sa mort, pour l'inhumer dans un hypogée (tombeau souterrain en archéologie) qui n'était pas au départ prévu pour lui, soutient M. Reeves.

Dans la chambre funéraire, à quelques pas seulement de la momie noircie du jeune roi décédé en 1324 avant Jésus-Christ, au terme d'un court règne de neuf ans, l'archéologue pointe du doigt une fresque représentant Toutankhamon et son successeur Ay.
Détail du sarcophage en or de Toutankhamon prise à Louxor 28 sept 2015.

Détail du sarcophage en or de Toutankhamon prise à Louxor 28 sept 2015.

© Khaled Desouki / AFP

Deux portes dissimulées depuis des millénaires ?

Le ministre égyptien des Antiquités Mamdouh al-Damati, entouré d'égyptologues et de responsables du département des Antiquités, écoute attentivement l'expert de l'université américaine de l'Arizona. Ils examinent ensuite les plans de M. Reeves posés sur la vitre protégeant le massif sarcophage en quartzite rose trônant au centre de la pièce.

Selon M. Reeves, les peintures murales de cette chambre funéraire pourraient dissimuler deux portes à l'existence jusqu'alors insoupçonnée. L'une de ces deux portes pourrait mener vers "la chambre funéraire inviolée du propriétaire originel de la tombe - Néfertiti".

L'autre conduirait à "une chambre de stockage inexplorée" qui "daterait apparemment" de l'ère Toutankhamon. "C'est une très bonne théorie mais les meilleures théories ne fonctionnent pas toujours", s'amuse l'archéologue, prudent. "Je pense que ça vaut le coup de vérifier parce qu'on peut le faire sans dommages", ajoute-t-il.
L'archéologue Nicholas Reeves et le ministre égyptien des Antiquités Mamdouh al-Damati (second en partant de la gauche), dans la tchambre funéraire de Toutankhamon le 28 septembre 2015.

L'archéologue Nicholas Reeves et le ministre égyptien des Antiquités Mamdouh al-Damati (second en partant de la gauche), dans la tchambre funéraire de Toutankhamon le 28 septembre 2015.

© Khaled Desouki / AFP

Un radar japonais pour sonder les murs

M. Reeves compte utiliser un "radar" très sophistiqué, qui doit arriver prochainement du Japon, pour sonder les murs. 
"J'espère qu'on pourra utiliser le radar et découvrir s'il y a un creux ou non" derrière les murs de ce fabuleux tombeau, commente M. Reeves.

Il espère que les tests pourront commencer fin novembre. "Il nous faut des autorisations pour la sécurité et ça prend toujours du temps", explique-t-il.

Son espoir : annoncer une découverte aussi éblouissante que celle d'un autre égyptologue britannique, Howard Carter. Sur ces mêmes lieux, le 4 novembre 1922, ce dernier avait mis à jour le tombeau de Toutankhamon, l'un des très rares monuments funéraires qui n'ait jamais été pillé au fil des millénaires.

Ce tombeau a livré le plus fabuleux trésor jamais découvert dans l'Egypte contemporaine et, sans doute, dans le monde: plus de 5.000 objets dont le célébrissime masque funéraire en or massif incrusté de pierres précieuses admiré par des milliers de touristes du monde entier au musée du Caire.

La visite de M. Reeves, qui doit s'achever par une conférence de presse au Caire jeudi, doit permettre à l'égyptologue de "discuter avec ses collègues égyptiens" de sa théorie et de mener des recherches préliminaires sur le terrain.

Faute de Néfertiti, la tombe de Kiya serait déjà fabuleux

"Maintenant, je peux dire que je suis sûr à 70% que nous allons trouver quelque chose", s'enthousiasme Mamdouh al-Damati en sortant de la tombe. Le ministre explique qu'un comité d'experts doit donner son accord pour des fouilles plus poussées, une procédure qui pourrait prendre entre un et trois mois, avant que le "radar" sonde les murs "sans les endommager".

Le ministre reste cependant sceptique sur l'éventuelle découverte du tombeau de Néfertiti, penchant plutôt pour Kiya, une autre épouse d'Akhenaton, ou encore un membre de la famille royale dont la tombe aurait été agrandie pour accueillir Toutankhamon.

"Toutankhamon, c'est la plus grande découverte dans l'histoire de l'humanité: avec l'or, le mobilier funéraire", s'enthousiasme le ministre, rappelant que l'importance de la tombe vient du fait qu'elle a été retrouvée intacte et n'a jamais été pillée, contrairement aux autres trésors de l'Egypte pharaonique. Et de conclure: "alors, si l'on découvre une autre aile complétant la tombe ou une tombe antérieure, ce sera déjà une découverte majeure".