Syrie : le minaret de la Mosquée des Omeyyades d'Alep, autre victime du conflit

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/04/2013 à 16H01
Le minaret de la Mosquée d'Omeyyades, sous l'oeil d'un rebelle, tel qu'il se tenait encore il y a peu... avant de disparaître le 24 avril 2013 comme le révèle une photo du site sinistré (25/04/2013)

Le minaret de la Mosquée d'Omeyyades, sous l'oeil d'un rebelle, tel qu'il se tenait encore il y a peu... avant de disparaître le 24 avril 2013 comme le révèle une photo du site sinistré (25/04/2013)

© Dimitar Dilkoff / Jalal Al-Halabi / AFP

Au lendemain de l'effondrement du minaret de la Mosquée des Omeyyades d'Alep, joyau historique de la métropole du nord de la Syrie, Paris a condamné jeudi "avec la plus grande force" les bombardements qui ont touché ce monument. Entre-temps, rebelles et forces loyalistes se renvoient la responsabilité de cette destruction.

La mosquée se situe dans la vieille ville d'Alep, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

Selon la Coalition de l'opposition, le minaret a été détruit par le feu des chars de l'armée syrienne. Dans un communiqué, elle a accusé le régime de "crime contre la civilisation". Un militant anti-régime à Alep a affirmé à l'AFP avoir vu de ses "propres yeux un char de l'armée tirer directement sur la mosquée des Omeyyades, notamment sur le minaret ".

"Quand l'armée a pris le contrôle de la mosquée, elle a miné toute son enceinte. Quand les rebelles l'ont reprise, ils ont déminé la majorité de la zone, à l'exception du minaret, à cause d'un sniper. L'obus d'un char qui a touché le minaret a dû déclencher l'explosion d'une mine", a poursuivi ce membre du centre de presse rebelle d'Alep qui se fait appeler Zein al-Rifaï. "Les chars (de l'armée) ont commencé à tirer en direction du minaret jusqu'à son effondrement", a indiqué un rebelle dans une vidéo publiée sur internet mercredi. Il a démenti la présence de tireurs embusqués rebelles dans le minaret . "On avait peur que le minaret ne soit visé."

Les médias officiels contestent la version des rebelles
De son côté, la télévision d'Etat a affirmé que des combattants du Front jihadiste Al-Nosra "ont fait sauter le minaret de la mosquée d'Alep puis l'ont filmé (...) pour ensuite faire endosser (les dégâts) à l'armée syrienne". Aucune vidéo montrant le moment de l'effondrement de la mosquée n'était disponible dans l'immédiat.

"Il se peut que le minaret se soit effondré tout seul en raison de la violence des combats au cours des derniers mois", a indiqué de son côté Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. Le 28 février, les rebelles se sont emparés de cette mosquée construite au 8e siècle, puis rebâtie au 13e siècle, après le retrait de l'armée.

La mosquée, également connue sous le nom de Grande mosquée d'Alep, avait déjà subi d'importants dommages à l'automne 2012 à la suite de combats entre rebelles et soldats. Des reliques appartenant selon la tradition au prophète Mahomet, trois cheveux et un fragment de dent, avaient alors été subtilisées. Outre l'architecture superbe des lieux, ces reliques étaient l'une des principales attractions du lieu saint.

Des rebelles dans la Vieille ville ont affirmé à l'AFP avoir mis à l'abri des manuscrits historiques du Coran "dans un endroit sûr". L'un d'eux, Abou Omar, a montré à l'AFP des photos le montrant posant aux côtés de ces pièces historiques affirmant : "Nous ne voulons pas qu'elles retombent entre de mauvaises mains."

Récapitulatif des principales destructions de sites culturels en temps de conflit

- Mali : Tombouctou, "la cité des 333 saints" inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, est restée d'avril 2012 à janvier 2013 sous le contrôle de groupes armés islamistes qui l'ont défigurée. En juin 2012, les jihadistes de différents mouvements liés à Al-Qaïda, qui considèrent la vénération des saints comme de "l'idolâtrie", ont entamé la démolition de plusieurs mausolées, dont celui de la principale mosquée de la ville. D'autres mausolées, témoignage de l'âge d'or de la ville au XVIe siècle ont été détruits. En janvier 2013, l'Institut de recherches islamiques Ahmed Baba a été saccagé mais la majeure partie des célèbres manuscrits et livres précieux avaient été mis à l'abri.

- Libye : En août 2012, des islamistes ont démoli à coup de pelleteuse et profané le mausolée du sage Al-Chaab al-Dahmani, à Tripoli et lieu de pèlerinage. Ils ont aussi fait exploser le mausolée du cheikh Abdessalem al-Asmar, un théologien soufi du XVIe siècle à Zliten, à 160 km à l'est de la capitale. Une bibliothèque et une université du même nom ont également été la cible d'actes de destruction et de pillage.

- Tunisie : Depuis octobre 2012, près d'une quarantaine de mausolées soufis ont été saccagés ou incendiés selon l'Union soufie de Tunisie.

- Irak : Dans le chaos qui a suivi l'invasion américaine de 2003, au moins 32.000 pièces ont été volées sur les 12.000 sites archéologiques répertoriés. A Bagdad, 15.000 autres pièces ont été dérobées dans le Musée national. Le pays qui a vu se succéder pendant plus de 5000 ans les grandes civilisations mésopotamiennes avait été abandonné aux pillards pendant des semaines après l'entrée des troupes de la coalition.

- Afghanistan : En mars 2001, le chef suprême des talibans, le mollah Omar, ordonne la destruction des deux bouddhas géants de Bamiyan (centre-est), trésors archéologiques vieux de plus de 1.500 ans, jugés "anti-islamiques" car mettant en scène des représentations humaines. Pendant 25 jours, des centaines de talibans venus de tout le pays s'acharneront à détruire, à coups de roquettes et de dynamite, les gigantesques statues.

- Ex-Yougoslavie : Fin 1991, lors du conflit serbo-croate, la ville médiévale de Dubrovnik, classée au patrimoine mondial de l'humanité, a été ravagée. La bibliothèque nationale de Sarajevo, joyau de l'architecture austro-hongroise du XIXe siècle, a été détruite en août 1992 par l'artillerie des forces serbes bosniaques pendant la guerre inter-communautaire de Bosnie.

En novembre 1993, le vieux pont de Mostar, considéré comme un chef d'oeuvre de l'architecture ottomane, a été détruit par les forces croates de Bosnie. L'ouvrage a depuis été reconstruit.