Séisme en Italie : le patrimoine culturel dévasté

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/05/2012 à 16H39
La tour de l'horloge de Finale Emilia, coupéen en deux avant de s'effondrer lors d'une réplique du séisme (20/05/2012)

La tour de l'horloge de Finale Emilia, coupéen en deux avant de s'effondrer lors d'une réplique du séisme (20/05/2012)

© AFP / Pierre Teyssot

Le séisme, qui a fait six morts et environ 50 blessés dimanche dans la région de Ferrare (nord), a aussi causé des dégâts importants aux églises, tours et châteaux de la région. La ville la plus suppliciée : Finale Emilia.

"Toutes les églises ont été touchées, même la cathédrale ! C'est une tragédie", a déploré auprès de l'AFP un responsable local de la Protection civile italienne à Finale Emilia (à 35 km au nord-est de Bologne), lieu de l'épicentre du tremblement de terre. "C'est un énorme trésor qui s'est transformé en gravats." Cet homme, qui n'a pas souhaité donner son nom, fait partie d'un groupe d'une dizaine de techniciens, en tenue fluorescente, confrontés aux angoisses des habitants sur l'état de leur logement, et qui inspectent les sites à risque.

Le séisme initial du dimanche 20 mai et la violente réplique qui a suivi dans l'après-midi ont fait s'effondrer la Tour de l'Horloge, monument-symbole de Finale Emilia : l'image glaçante de la tour, coupée en deux avant de s'effondrer complètement, a fait la Une de plusieurs quotidiens lundi.

Après une violente réplique au séisme, la tour de l'horloge de Finale Emilia est complètement détruite (20/05/2012)

Après une violente réplique au séisme, la tour de l'horloge de Finale Emilia est complètement détruite (20/05/2012)

© AFP / Pierre Teyssot
La cathédrale est elle aussi très endommagée, tout comme les tours du Castello delle Rocche (XIIIe siècle): les briques se sont disloquées comme si la forteresse avait subi l'assaut de dizaines de canons. "Pour le moment, nous ne traitons que les cas d'urgence. Nous inspectons toutes les habitations pour nous assurer que leurs occupants peuvent les réintégrer sans crainte. La reconstruction des églises ne vient qu'en deuxième position malheureusement", a expliqué le responsable de la Protection civile.

Le Castello delle Rocche, à Finale Emilia, touché par le séisme (20/05/2012)

Le Castello delle Rocche, à Finale Emilia, touché par le séisme (20/05/2012)

© AFP / Pierre Teyssot
Dans la région, seules les maisons modernes ont résisté
Dans les villages et villes de la plaine d'Emilie-Romagne, la plupart des maisons modernes sur deux niveaux ont bien résisté, alors que les villas Art Nouveau, les vieilles fermes et les églises ont été dévastées par le séisme de magnitude 5,9. Les églises, parmi lesquelles de nombreuses datent du Moyen Âge, sont traditionnellement un lieu de rencontre et un point de référence dans cette région dont l'économie repose sur l'agriculture et l'industrie. "Si vous comparez ce qu'il y a maintenant à ce qu'il y avait avant : le château, les églises...", a confié, en larmes, Maurizio, un habitant de Finale Emilia.

"L'état du patrimoine culturel dans cette zone est encore plus détérioré que ce que l'on peut constater à l'oeil nu", a prévenu Antonia Pasqua Recchia, une responsable du ministère de la Culture, qui a dépêché des experts aux côtés des pompiers pour inspecter les monuments.

Les musées fermés par précaution
Tous les musées de la ville de Ferrare, inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité, ont été fermés par mesure de précaution. Les architectes et ingénieurs de la région, qui ont vu s'anéantir en quelques minutes le patient travail de restauration entrepris depuis des dizaines d'années, sont accablés. Impuissant face aux ruines du plafond décoré de fresques de l'oratoire de Ghisilieri, Claudio Fabbri secoue la tête : "Nous avions fait l'objet d'un reportage pour saluer notre travail. Regardez ce qui en reste maintenant", se lamente-t-il.

Les pompiers n'ont pu sauver qu'une peinture ornant l'autel de l'oratoire, juste avant les trombes d'eau qui l'auraient détruite à jamais. Les statues d'ange décorant l'autel, dont les regards étaient dirigés vers les somptueuses fresques du plafond, ne contemplent plus désormais qu'un ciel gris.