Séisme au Népal : un héritage culturel en ruines

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/04/2015 à 15H51
Katmandou, désolation, ruines et poussière après le séisme, le 25 avril 2015

Katmandou, désolation, ruines et poussière après le séisme, le 25 avril 2015

© CitizenSide / Bikash Khadge / AFP

Alors que le bilan humain de la catastrophe ne cesse de s'alourdir (au moins 2.200 morts recensés dimanche), le tremblement de terre de magnitude 7,8 survenu samedi au Népal a aussi fait des dégâts, irréparables, d'une autre nature : il a réduit en ruines de nombreux temples et statues plusieurs fois centenaires.

Dans le coeur historique de Katmandou, la tour historique de Dharahara, l'une des grandes attractions touristiques de la capitale sur la place du Durbar, s'est effondrée. Des neuf étages de cette tour blanche dotée d'un escalier en spirale de 200 marches et surmontée d'un minaret de bronze datant du XIXe siècle, seuls des décombres subsistent.

"Je venais d'acheter mon billet pour visiter la tour et je me trouvais sur sa base quand j'ai ressenti une secousse", confie à l'AFP Dharmu Subedi, 36 ans, dans son lit d'hôpital à Katmandou. "En l'espace de quelques minutes, la tour s'était écroulée. Il y avait peut-être plus de 100 personnes à l'intérieur."

À gauche, la tour  Dharahara avant le séisme (on la voit en arrière-plan sur une photo d'octobre 1998). À droite, ce qu'il en reste au lendemain du séisme, le 26 avril 2015

À gauche, la tour  Dharahara avant le séisme (on la voit en arrière-plan sur une photo d'octobre 1998). À droite, ce qu'il en reste au lendemain du séisme, le 26 avril 2015

© STF / AFP

L'Unesco tentait d'obtenir des informations afin d'évaluer avec exactitude l'étendue des destructions, tant aux palais de Patan et de Bhaktapur, d'anciens royaumes de la vallée de Katmandou que dans la capitale même. "Nous pensons que les places historiques du Durbar à Katmandou, Patan et Bhaktapur ont été gravement endommagées", explique à l'AFP Christian Manhart, représentant de l'Unesco pour le Népal .

Ces places du Durbar constituent les centres urbains des trois villes avec leurs palais, leurs temples et leurs espaces publics. "Plusieurs temples se sont effondrés. Deux temples de Patan se sont entièrement écroulés et pour la place du Durbar de Katmandou, c'est pire", ajoute-t-il. "Pour l'instant, nous évaluons la situation et collectons les informations. Toutes les agences de l'Onu ont reçu des demandes d'aide du gouvernement" du Népal.

Incertitude sur le sort de Lumbini, où Bouddha est né


Toutefois, il est bien trop tôt pour parler de reconstruction et de l'aide que l'Unesco pourrait apporter en la matière. L'Unesco cherche aussi à savoir si le site de Lumbini, là où Bouddha est réputé être né il y a plus de 2.600 ans, un endroit classé au patrimoine mondial de l'humanité, a également été touché.

Lumbini est situé à environ 280 kilomètres de Katmandou. Dans la capitale, place du Durbar, les survivants au séisme qui a fait plus de 2.200 morts fouillaient les décombres pour trouver d'éventuelles personnes prises au piège. Lorsque le tremblement de terre a frappé, la place était bondée de Népalais et de touristes étrangers.

Le site où se dressaient des temples construits par les rois Malla est désormais envahi par des montagnes de gravats, de briques, de poutres. Ces monuments constituaient "le coeur social, religieux et urbanistique de cette ville" à l'Histoire très riche, issue des cultures et religions hindoue, bouddhiste et tantrique, explique l'Unesco sur son site internet.

Temple en ruines à Katmandou, après le séisme (25 avril 2015)

Temple en ruines à Katmandou, après le séisme (25 avril 2015)

© Prakash Mathema / AFP

"Une perte irrémédiable pour le Népal"


"Katmandou, avec son héritage architectural unique, ses palais, ses temples, ses cours intérieures, a inspiré de nombreux écrivains, artistes et poètes, à la fois étrangers et népalais", ajoute l'organisation internationale. Pour le spécialiste P.D Balaji, il n'est pas évident que les monuments puissent être reconstruits. "Ce que je peux dire c'est qu'il s'agit d'une perte irrémédiable pour le Népal et le reste du monde", dit M. Balaji, qui dirige le département d'histoire et d'archéologie de l'Université de Madras.

"Une restauration complète ne serait pas possible compte-tenu de l'étendue des dégâts sur les sites historiques", a-t-il ajouté.

En 1833 et 1934, après "deux tremblements de terre castastrophiques", certains monuments de la vallée de Katmandou avaient pu être reconstruits, relève toutefois l'Unesco.