Secrets de la vallée des rois thraces : derniers jours de l'exposition au Louvre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 16/07/2015 à 16H31
Couronne datant de 350-300 av. J.-C. en or, provenant du Musée d'histoire "Iskra", Kazanlak. Visible au Musée du Louvre, exposition "L’épopée des rois Thraces. Découvertes archéologiques en Bulgarie", espace Richelieu jusqu'au 20 juillet 2015

Couronne datant de 350-300 av. J.-C. en or, provenant du Musée d'histoire "Iskra", Kazanlak. Visible au Musée du Louvre, exposition "L’épopée des rois Thraces. Découvertes archéologiques en Bulgarie", espace Richelieu jusqu'au 20 juillet 2015

© Musée historique de Kazanlak / Todor Dimitrov

Dans la vallée de Kazanlak, au fin fond de la Bulgarie, on a longtemps cru que les buttes qui parsèment le paysage étaient d'origine naturelle. Jusqu'à ce qu'une découverte accidentelle en 1944 révèle un splendide tombeau thrace, témoignage d'un civilisation qui reste méconnue, faute de moyens. Une exposition au Louvre en révèle une partie des secrets, jusqu'au 20 juillet.

Surnommée désormais la Vallée des rois thraces, cette région de Bulgarie abrite pas moins de 1.500 tumuli d'où sont issues certaines des plus belles pièces d'une exposition visible quelques jours encore au musée au Louvre, à Paris.

Une civilisation sans trace écrite

Cette civilisation raffinée, à la confluence des influences perses et macédoniennes, entendait rivaliser avec Rome et Athènes dans le domaine des arts et atteignait son apogée entre le Ve et le IIIe siècle av. J.-C. Mais les Thraces, dont les principaux métiers étaient l'élevage, les mines et l'orfèvrerie, n'avaient pas d'alphabet et n'ont donc laissé pas de témoignage écrit. Et les tombeaux - dont beaucoup ont été pillés, notamment des objets en or - constituent l'unique et fragile témoignage de leur civilisation, qui s'étendait sur une grande partie des Balkans.

Bâtis d'énormes blocs de granit recouverts de terre, ces mausolées enterrés sont composés d'une ou plusieurs chambres reliées par un couloir, et regorgent parfois de trésors inouïs comme celle de Seuthès III (320-280 av.JC), enterré avec notamment sa couronne d'or. "Il n'y a pas deux tombeaux qui soient identiques", s'extasie l'archéologue Meglena Parvin, du musée de Kazanlak, en entrant dans l'antichambre dotée de colonnes du tombeau de Choumenets, près de Kazanlak. Le tumulus voisin d'Ostroucha se distingue par sa chambre en forme de  sarcophage taillé dans un bloc de granite pesant 60 tonnes. Au plafond sont  représentés des hommes, des animaux, des plantes et des figures géométriques.

Le tombeau de Kazanlak, classé patrimoine de l'Unesco

Le tombeau de Kazanlak, le premier découvert en 1944, jouit d'une notoriété internationale par son appartenance au patrimoine mondial de l'Humanité de  l'Unesco. Les visiteurs n'ont accès qu'à une copie, l'original étant fermé au public afin de préserver les peintures murales, représentant toute une procession funéraire et une course équestre. Croyant à l'immortalité de l'âme, comme beaucoup d'autres civilisations, les Thraces enterraient leurs dignitaires avec leurs chevaux et chiens, leurs armes, leurs bijoux et leurs coupes à boire.
Tête de Seuthès III. Golyama Kosmatka. IIIe siècle av. J.-C. Bronze. Musée et institut Archéologique, Sofia.

Tête de Seuthès III. Golyama Kosmatka. IIIe siècle av. J.-C. Bronze. Musée et institut Archéologique, Sofia.

© Sofia, Institut archéologique national et Musée. Académie bulgare des sciences / Krassimir Gueorguiev.

Tous les mausolées étaient recouverts de terre une fois construits, car "les rois étaient considérés comme les fils de la Déesse Mère assimilée à la Terre et les rites funéraires avaient une signification symbolique", explique Meglena Parvin.

Un patrimoine archéologique fragile et inexploité sur le plan touristique

Ce patrimoine exceptionnel, et la manne touristique qu'il pourrait  potentiellement représenter pour la Bulgarie, pays le plus pauvre de l'Union  européenne, reste toutefois mal exploité, faute de moyens. "Sur les quelque 1.500 tumuli de la vallée, seuls 300 ont été excavés, dont  35 qui ont révélé des témoignages de rites funéraires somptueux", note Meglena  Parvin.

Des fonds européens ont largement contribué au maintien et à l'ouverture aux touristes de plusieurs tombes comme celles de Choumenets et d'Ostroucha. Mais en l'absence d'infrastructures touristiques et de transports appropriées, les visiteurs restent rares. Par ailleurs, la plupart des tombeaux demeurent inaccessibles en raison d'un manque de fonds pour les fouilles, la restauration et la conservation, déplore l'archéologue, qui craint que certains tombeaux soient voués à l'oubli. Pire : le manque d'argent met en danger certains sites en principe déjà été mis en valeur, comme le Goliama Kosmatka, un tombeau emblématique présenté au Louvre. Découvert en 2004, il est en effet fermé depuis le printemps, suite à l'écroulement d'un abri récent devant préserver son entrée.

"Ces structures monumentales splendides ont résisté au fil des siècles. Nous n'avons pas le droit de les abandonner après les avoir déterrées", se désole l'experte Diana Dimitrova, qui participa à sa découverte. Reste que les musées bulgares comptent déjà "dix fois plus de vestiges de la culture thrace" que ceux présentés à Paris, souligne Meglena Parvin. "Espérons que l'exposition au Louvre éveille l'intérêt de touristes étrangers..."

"L’Épopée des rois thraces. Découvertes archéologiques en Bulgarie"
Exposition au Musée du Louvre jusqu'au 20 Juillet 2015