Retable d'Issenheim : décryptage d'un chef d'oeuvre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/12/2015 à 12H01
Peint voilà 500 ans, le retable d'Issenheim continue de fasciner les foules.

Peint voilà 500 ans, le retable d'Issenheim continue de fasciner les foules.

© PHOTOPQR/LE PARISIEN

Monumental et énigmatique, le retable d’Issenheim va retrouver sa place au musée rénové Unterlinden à Colmar. La restauration de ce chef d’œuvre de Matthias Grünewald a commencé en 2011 et va se poursuivre. Mais dès le 12 décembre, le public pourra se plonger dans les détails de ce polyptique cinq fois centenaire qui représente la vie du Christ et celle de saint Antoine l'Ermite.

Ce retable a été réalisé entre 1512 et 1516 par Matthias Grünewald pour les panneaux peints et Nicolas de Haguenau pour la partie sculptée. Les deux artistes répondaient à une commande du précepteur du couvent des Antonins d’Issenheim près de Colmar. Composé de 11 panneaux, le retable représente la vie du Christ et celle de saint Antoine l'Ermite (patron de l'ordre des Antonins). La vocation de cet ordre était de soigner les malades atteints du feu sacré ou feu de saint Antoine, une maladie qui, en provoquant un rétrécissement des vaisseaux sanguins, engendrait une nécrose des membres. Les Antonins venaient en aide aux malades en les soignant notamment avec des baumes et breuvages à base de plantes.

Le retable est constitué de 11 panneaux de panneaux en tilleul, qui s’articulent autour d'une caisse centrale où prennent place des sculptures. Les volets, qui représentent un épisode différent de la vie du Christ, étaient ouverts au gré des périodes liturgiques durant le culte et  lors des fêtes correspondantes. Pendant les jours ordinaires, c'est la Crucifixion qui était donnée à voir aux malades. Une oeuvre peinte au réalisme morbide mais avec des figures fantastiques, à la fois lumineuse, sombre et truffée de symboles.
 
Reportage : S. Lafuente / A. Stahlschmidt / M. olico / Images 3D Amnesia
Ce retable a d’abord orné le maître-autel de l’église du couvent d’Issenheim jusqu’à la Révolution. Pour empêcher sa destruction, il a été transporté en 1792 à la Bibliothèque Nationale du District à Colmar. En 1852, il est de nouveau transféré, cette fois dans l’église de l’ancien couvent des Dominicaines d’Unterlinden qui a été transformé en musée. En 2013, lors de travaux de rénovations et d’extension du musée, le retable a été déménagé dans la toute proche église des Dominicains. Depuis le 19 octobre, le polyptique a retrouvé la chapelle du musée Unterlinden où le public pourra l’admirer dès le 12 octobre. Après trois ans et demi de travaux, le musée Unterlinden a ouvert ses portes le 10 décembre, uniquement pour les Colmariens pendant deux jours. A partir de samedi, il sera accessible à tous.

La restauration du retable, une mise en œuvre houleuse

 
La restauration du retable d’Issenheim a commencé en juillet 2011 mais très vite des articles de presse ont remis en cause la nécessité de ce projet et les conditions dans lesquelles il était mené. Une attaque si violente que la restauration a été interrompue pendant... quatre ans ! Le 6 novembre dernier à Colmar, un comité scientifique (composé d'une dizaine de personnes dont trois représentants du Centre de recherche et de restauration des musées de France) a conclu qu'il n'y avait eu aucun problème, "que la restauration avait été bien faite, que les produits choisis et le niveau d'amincissement étaient bons", soulignait alors Pantxika De Paepe, la conservatrice du musée Unterlinden.
Carole Juillet, un des restauratrices du retable

Carole Juillet, un des restauratrices du retable

© PHOTOPQR/L'ALSACE

La restauration du retable va donc pouvoir reprendre au niveau des panneaux peints mais aussi des cadres et des sculptures. Elle sera réalisée sur place au musée d'Unterlinden à partir de fin 2016 ou début 2017.

Musée Unterlinden
1 rue d'Unterlinden à Colmar
Ouvert de mai à octobre, tous les jours de 9h à 18h, de novembre à avril, tous les jours sauf le mardi, de 9h à 12h et de 14h à 17h.