Premier séquençage du génome d'un Phénicien vieux de 2.500 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/05/2016 à 13H51
"Ariche", le phénicien , lors d'une exposition en 2010 à Beyrout

"Ariche", le phénicien , lors d'une exposition en 2010 à Beyrout

© JOSEPH EID / AFP

Des chercheurs ont séquencé pour la première fois le génome complet d'un Phénicien vieux de 2.500 ans, levant un peu plus le voile sur les mystères de cette ancienne civilisation proche-orientale.

Le séquençage a été fait sur le plus ancien ADN phénicien connu, obtenu des restes d'un jeune homme appelé "Ariche" ou encore "le jeune homme de Byrsa", ont précisé ces chercheurs dont les travaux sont publiés mercredi dans la revue américaine PLOS One.

Il s'agit de l'ADN dit "mitochondrial", qui est transmis par la mère. Le séquençage a révélé que cet homme appartenait à un groupe génétique rare appelé "U5b2c1", dont l'ancêtre maternel commun était originaire d'une région côtière du nord de la Méditerranée, très probablement de la Péninsule ibérique, explique le professeur Lisa Matisoo-Smith de l'Université de Otago en Nouvelle-Zélande, principal co-auteur de cette étude. Selon elle, cette découverte signale la présence la plus ancienne en Afrique du Nord du groupe génétique (haplogroupe mitochondrial) européen "U5b2c1". Ces chercheurs l'ont datée d'au moins la fin du sixième siècle avant l'ère chrétienne.

"L'haplogroupe U5b2c1 est considéré comme l'un des plus anciens en Europe et est lié aux populations de chasseurs-cueilleurs", explique la professeur Matisoo-Smith. "Ce groupe génétique est très rare dans les populations modernes européennes avec une fréquence de moins d'un pour cent", précise-t-elle. Les traits de l'ADN mitochondrial du jeune homme de Byrsa se rapprochent le plus de ceux des Portugais d'aujourd'hui, relève cette scientifique. Les chercheurs ont analysé l'ADN mitochondrial de 47 Libanais contemporains et n'ont en revanche trouvé aucune trace de la lignée génétique U5b2c1.

Inventeurs du premier alphabet

On situe les origines des Phéniciens dans la région où se trouve aujourd'hui le Liban. Leur influence s'est propagée dans tout le bassin méditerranéen, où ils ont établi des colonies et des comptoirs comme à Carthage, en Tunisie, devenu le principal port du commerce punique. Des recherches précédentes avaient découvert cet haplogroupe dans l'ADN de deux anciens chasseurs-cueilleurs retrouvés sur un site archéologique dans le nord-ouest de l'Espagne, indiquent les scientifiques.

"Alors qu'une vague de peuplades agricoles venues du Proche-Orient a remplacé les groupes de chasseurs-cueilleurs qui étaient en Europe, certaines lignées génétiques de ces derniers ont persisté plus longtemps dans l'extrême sud de la péninsule ibérique et sur des îles à proximité avant de se retrouver dans le +melting pot+ de Carthage via le commerce punique", suppute la professeur Matisoo-Smith. Elle souligne que la culture et le commerce phénicien ont eu une influence importante sur la civilisation occidentale, rappelant que les Phéniciens ont notamment introduit le premier alphabet.

"Mais nous savons peu des Phéniciens eux-mêmes à l'exception des récits probablement biaisés de leurs rivaux romains et grecs", poursuit la chercheuse qui espère que cette dernière découverte génétique et d'autres travaux en cours permettront d'apporter de nouveaux éclairages sur les origines des Phéniciens, leur culture et leur influence.