Port Elizabeth : le bidonville a rejeté le musée de l'apartheid

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 31/07/2014 à 10H49
Le Red Location Museum, fermé depuis plusieurs mois (22 juillet 2014)

Le Red Location Museum, fermé depuis plusieurs mois (22 juillet 2014)

© Michael Sheehan / AFP

Huit ans après son ouverture, le musée sud-africain consacré à la lutte contre l'apartheid est fermé depuis octobre... et à l'abandon. Les habitants du bidonville voisin ne voulaient pas de cette "maison pour les morts" alors qu'eux-mêmes n'avaient pas de toit, a relaté l'AFP.

Le Red Location Museum de Port Elizabeth (sud) a fermé très discrètement en octobre. Les habitants du bidonville tout proche menaçaient d'attaquer les visiteurs tant qu'on ne leur aurait pas construit des logemens décents. Il est désormais vandalisé et progressivement dépouillé.

"Nous habitons dans des baraquements qui sont inondés dès qu'il pleut. Pourtant, la municipalité dépense des millions de rands pour construire un musée", s'emporte auprès de l'AFP Thembisile Klaas, représentant les habitants. "Nous avons soulevé la question depuis le début, en 2005 quand ils ont commencé à construire ce musée. (...) Nous sommes opposés à ce musée depuis le début !", ajoute-t-il, accusant les autorités locales d'avoir oublié leurs promesses de logements. "Pourquoi construire une maison pour les morts quand nous, les vivants, n'avons pas de toit au-dessus de nos têtes ?"

Pendant ce temps, guides touristiques et sites internet mentionnent toujours ce musée situé dans un township du nord de Port Elizabeth. "À voir absolument", écrit le Petit Futé, qui décrit "un trésor de la mémoire nationale et un écrin post-moderne de toutes les douleurs".
Une vidéo de présentation du Red Location Museum, postée sur Youtube en 2008
Un musée censé s'intégrer dans les townships
Ouvert en 2006, le musée était censé s'intégrer dans les townships où il a 
été construit, et où est née la lutte armée de l'ANC contre le régime ségrégationniste de l'apartheid en 1961. Il retraçait leur histoire et leur combat contre le pouvoir blanc, racontés à travers douze "boîtes de mémoire" abordant la vie des héros locaux, le jazz, la naissance des syndicats, les activités sportives...

Comme les autres musées ouverts depuis l'avènement de la démocratie en Afrique du Sud, le Red Location Museum était particulièrement prisé des enseignants qui y emmenaient leurs élèves par cars entiers. "Ce bâtiment était très animé, et nous voyions beaucoup de touristes étrangers ici. Mais maintenant c'est un fantôme !", se désole un gardien.

La cible des pillards
Le grand bâtiment ressemblant à une usine est la cible de pillards qui le 
dépouillent méthodiquement de ses briques, équipements électriques, ampoules, tuyaux, gouttières... Des vigiles sont censés surveiller le musée 24 heures sur 24, mais ils sont régulièrement menacés par des hommes armés"C'est de pire en pire. La clôture a été coupée en plusieurs endroits et il n'y a pas d'éclairage. Même les bouches d'égout à l'extérieur ont été pillées", raconte le gardien sous couvert d'anonymat. "C'est dangereux, vous ne savez pas quand vous serez attaqué, puisque c'est sombre !"

Ne craignant visiblement pas les forces de l'ordre, les représentants des habitants du bidonville ont fait comprendre que le Red Location Museum restera fermé tant que la commune ne s'attaquera vraiment pas au problème du logement. Le premier adjoint Chippa Ngcolomba assure que la Ville s'occupe du problème : "Nous étudions toujours la situation pour trouver une solution à long terme." Mais on ignore quand il espère rouvrir le musée.

Les collections épargnées... pour combien de temps ?
Les collections sont pour l'instant encore intactes, témoigne le 
conservateur Chris du Preez : "Nous avons de la chance, car les voleurs n'ont pas encore mis la main sur des documents, dossiers et objets importants et précieux qui sont conservés ou exposés à l'intérieur. Ils volent des choses qui font partie de la structure du bâtiment."

Mais l'intérieur du musée pourrait bientôt se volatiliser à son tour si des mesures de sécurité très strictes ne sont pas mises rapidement en place, s'alarme-t-il.