Pérou : Marcahuamachuco, star archéologique en devenir

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/11/2011 à 12H14
Marcahuamachuco: secteur de Las Monjas

Marcahuamachuco: secteur de Las Monjas

© David Almeida

On la décrit comme "la Machu Picchu du nord", future star touristique du Pérou: dans les Andes, une cité de 1.600 ans, un millénaire de plus que l'illustre sanctuaire inca, émerge peu à peu de la végétation et de l'oubli, mais garde ses secrets.

On la décrit comme "la Machu  Picchu du nord", future star touristique du Pérou: dans les Andes, une cité de  1.600 ans, un millénaire de plus que l'illustre sanctuaire inca, émerge peu à  peu de la végétation et de l'oubli, mais garde ses secrets.

Longtemps dans l'ombre du célébrissime Machu Picchu (sud-est) un des sites  les plus visités des Amériques, Marcahuamachuco se prépare à une deuxième vie,  après avoir été "adopté" cette année par le Global Heritage Fund.

Marcahuamachuco, dans la province de la Libertad (nord) symbolise les maux  de bien des trésors archéologiques du Pérou. Plein de mystères encore - ses  occupants, sa signification - mais déjà pillé de longue date de pièces qui  aideraient à le décrypter, et dans une course contre le délabrement.

Un centre pré-inca

"On ignore à quelle culture elle appartenait, même si on sait que les  édifices ont été construits vers 350-400", explique Cristian Vizconde,  chef de l'équipe d'archéologues, "mais ce fut le centre pré-inca le plus  important des Andes péruviennes (…) On ne sait quand ni d'où arrivèrent les premiers occupants".

On ne sait pas non plus pourquoi le site se vida, vers 1200, deux siècles avant l'apogée des Incas, qui vraisemblablement trouvèrent déjà sur place des ruines, et quelques bergers.

Edifices monumentaux

Elles sont toujours là, occupant un plateau de 240 hectares perché à 3.700 mètres d'altitude: des groupes d'édifices parfois monumentaux, avec des murs de  pierre arrondis, de 10 à 15 mètres de haut, voire davantage, tant les remblais, la terre accumulés sur des siècles, masquent encore les proportions.

"J'ai vu des endroits très impressionnants dans ma vie, et celui-là en fait  partie", déclare le Britannique John Hurd, consultant auprès de l'ONG Global Heritage Fund (GHF) , qui défend le patrimoine des pays en développement.

"Ce qui m'a frappé surtout, c'était l'incroyable transparence de l'ensemble: c'était très ouvert, comme un message public, construit pour impressionner, pour démontrer le pouvoir d'une dynastie, j'imagine".

Objectif : le Patrimoine mondial de l'Unesco

Centre politique et religieux sans doute, contemporain de la civilisation Wari au sud, Marcahuamachuco rayonna sur le nord du Pérou et de l'Equateur  actuels. On y parlait le culli, la langue de la région, quasi-disparue au XXe  siècle.
   
Marcahuamachuco - en quechua, "peuple des hommes au bonnet (en forme) de  faucon - est l'objet d'études depuis les années 1900. Mais jamais le site n'a  joui d'un grand projet susceptible d'enrayer sa dégradation. Depuis des  siècles, des locaux ont extrait des pierres, travaillées, polies, pour faire  des clôtures, bâtir leur logis, voire le décorer.

"Il y a quelques années,  une famille a rendu une tête en pierre, qu'elle  gardait depuis des années dans sa maison et qui lui prenait trop d'espace", raconte Luis Alberto Rebaza, maire de la ville voisine de Huamachuco.

"Ces lieux ont été pillés, mais le peu de restes humains encore à trouver  seront analysés avec l'aide technique du GHF", dit Vizconde d'un secteur qui  renferma des sépultures, clefs potentielles.

Attirer les touristes sur le site de Marcahuamachuco

Un partenariat avec le gouvernement péruvien prévoit une aide scientifique, pour étudier, conserver et habiliter Marcahuamachuco pour un tourisme viable. Objectif avoué: l'inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco, dont le Pérou  possède déjà 11 sites.

Marcahuamachuco y rejoindrait le dernier inscrit (2009): Caral, la plus  ancienne cité-civilisation des Amériques du haut de ses 5000 ans. Et  confirmerait l'effort récent du Pérou pour à la fois préserver ses hauts lieux  archéologiques et diversifier son tourisme, évitant ainsi une hyper dépendance,  - et une surexploitation - de son joyau, le Machu Picchu.