Patrimoine menacé en zones de conflit : 75 millions de dollars mobilisés

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/03/2017 à 15H21, publié le 20/03/2017 à 09H05
Le site de Palmyre en Syrie, mars 2017

Le site de Palmyre en Syrie, mars 2017

© Louai Beshara / AFP

Sept pays, parmi lesquels la France, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ainsi qu'un donateur privé ont promis lundi 75,5 millions de dollars (69,7 millions d'euros) pour la sauvegarde du patrimoine culturel menacé par la guerre et le terrorisme, principalement au Moyen-Orient, lors d'une conférence au Louvre.

Baptisée "Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit", l'initiative lancée par Paris, Abou Dhabi et l'Unesco entend réunir d'ici à 2019 100 millions de dollars, dont les trois quarts ont donc déjà été collectés.
 
Dans le détail, la France a confirmé qu'elle mobiliserait 30 millions de dollars pour le fonds, déjà promis lors d'une précédente conférence réunie à Abou Dhabi en décembre. Les Emirats arabes unis ont annoncé une contribution de 15 millions, 
l'Arabie saoudite, de 20 millions, le Koweit, de 5 millions, le Luxembourg, de 3 millions et le Maroc, de 1,5 million.
 
A ces contributions d'Etats s'ajoute celle du philanthrope américain Tom Kaplan, qui entend apporter un million de dollars.
 
La Suisse, pour sa part, s'est engagée à soutenir les structures opérationnelles de l'Alliance, soit un effort évalué à 8 millions de dollars.
 
Mais d'autres Etats ont promis de futures contributions ou d'apporter les compétences de leurs réseaux scientifiques ou diplomatiques: l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Chine, la Corée du Sud et le Mexique.

Ces sommes financeront des actions préventives ou d'urgence pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels et engager des opérations de restauration. Particularité de ce fonds dont les statuts viennent d'être déposés à Genève par Jack Lang et Mohamed Al Mubarak, représentants spéciaux des dirigeants français et émirien : il doit associer donateurs publics et privés.

Une initiative née il y a deux ans

Cette initiative est née le 18 mars 2015 lors d'une visite de François Hollande au Louvre. Il s'agissait alors de dénoncer les saccages de sites archéologiques par le groupe Etat islamique (EI) et le régime syrien. De discours à l'Unesco en sommet du G7 et d'appel en marge de l'Assemblée générale de l'ONU en conférence à Abou Dhabi, l'idée a fait son chemin.

Réunie fin 2016, la Conférence d'Abou Dhabi a décidé, outre la création d'un fonds, de celle d'un "réseau international de refuges", des musées nationaux ou de pays tiers où pourraient être entreposés les oeuvres menacées.

En mars 2001, le saccage par les talibans des Bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, avait créé un premier électrochoc dans l'opinion internationale. Mais il a été suivi depuis d'autres destructions irréparables : les cités antiques de Palmyre, de Ninive ou d'Hatra, les mausolées de Tombouctou, le musée de Mossoul....

L'ampleur des destructions apparait

Paris a pressenti un philanthrope américain, Tom Kaplan, dont la collection Leiden du Siècle d'or hollandais est en ce moment exposée au Louvre, pour prendre la tête de son conseil d'administration. L'objectif est de lancer les premiers projets d'ici à la fin du premier semestre, les zones reprises à Daech en Irak figurant en tête des priorités. Les ministres de la Culture irakien et malien exposeront leurs attentes lundi au Louvre.

"Daech reflue mais à mesure que l'ombre du drapeau noir se replie, apparaît de plus en plus évidente l'ampleur des destructions", souligne-t-on à Paris où l'on considère que cette initiative est "la continuation par d'autres moyens de la lutte contre le terrorisme". "Nous avons face à nous un champ gigantesque de restaurations et de reconstructions qui participera aussi à la redynamisation économique de ces pays", insiste-t-on.

Parmi la centaine d'invités conviés au Louvre, des experts et représentants d'institutions comme le Musée de Pergame de Berlin ou les fondations américaines Andew W. Mellon ou Smithonian Institution qui oeuvrent déjà en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel. 

Hollande : "les monuments sont irréductibles à l'idéologie"

Venu inaugurer les jardins à la française du domaine national de Chambord, François Hollande a déclaré dimanche : "Les monuments sont irréductibles à l'enfermement idéologique. Ils affirment la dignité, le travail de l'homme qui construit lui-même sa destinée". "Faire en sorte que nous puissions rétablir, réhabiliter ou sauver les oeuvres qui sont saccagées, vendues, mises en cause par des fanatiques ou des terroristes", a précisé le chef de l'Etat.

François Hollande a rendu hommage au milliardaire américain, Stephen A. Schwarzman, qui "a apporté 3,5 million d'euros pour financer l'intégralité de la restitution des parterres à la française et aménager les terrasses". Le président de la République a souligné : "Certains lieux ont une portée universelle. C'est le cas de Chambord. D'abord parce que Chambord est inscrit à l'UNESCO mais aussi parce que Chambord est un lieu familier à beaucoup de nos compatriotes et à beaucoup de visiteurs étrangers", où "chacun se souvient avoir été emmené (...) quand il était enfant puis, ensuite, comme parent, d'avoir également conduit ses propres enfants ici. Il y a un lien qui s'est établi générations après générations avec Chambord."