Patrimoine en péril : Paris et Abou Dhabi initient un partenariat international

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/11/2016 à 10H59
La cité antique de Palmyre en 2009

La cité antique de Palmyre en 2009

© Zuma Press / MaxPPP

La France et les Emirats arabes unis, des alliés stratégiques, vont initier un partenariat international pour protéger les biens culturels de l'humanité en péril, lors d'une grande conférence prévue vendredi et samedi à Abou Dhabi.

Il s'agit, selon les deux pays, de constituer une alliance entre des États, des institutions publiques, des groupes privés, des experts et de grandes ONG pour se mobiliser dans des cas comme la Syrie et l'Irak où les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont saccagé d'importants sites archéologiques, notamment Palmyre et Nimrod.

Le président français François Hollande, l'homme fort des Émirats Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, et la directrice de l'Unesco Irina Bokova clôtureront la conférence en présence de représentants de 40 pays qui auront cherché au préalable à mettre en place de "nouveaux outils" pour protéger le patrimoine en danger, selon les organisateurs.

Trois thèmes feront l'objet de tables rondes à cette réunion présentée comme "le pendant culturel de la lutte menée contre le terrorisme sur les plans militaire et politique" :
- la prévention ou "comment empêcher qu'un patrimoine puisse tomber dans des mains destructrices", selon les termes de François Hollande
- l'intervention d'urgence qui concerne aussi la lutte contre des trafics illicites
- la réhabilitation post-conflit pour des monuments qui auraient été endommagés ou détruits.

Deux grands objectifs sont cités pour cette conférence qui se déroulera en marge des travaux d'achèvement du Louvre d'Abou Dhabi, voulu comme "le premier musée universel dans le monde arabe" et un "symbole de tolérance".

Vers la création d'un fonds international de protection du patrimoine

Le premier objectif concerne la création d'un fonds international pour la protection du patrimoine en danger, doté de 100 millions de dollars, selon Paris. La France et les Émirats en seront des contributeurs essentiels. Paris "a décidé d'apporter 30 millions de dollars", a déclaré Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe à Paris et qui a participé à l'organisation de la conférence.

Une fois créé, ce fonds permettra de financer des actions de transport, de sauvegarde et de restauration de monuments, utilisant notamment la reconstitution 3D, ainsi que la formation et la mobilisation de spécialistes. Il sera constitué sous la forme d'une "entité juridique indépendante", selon un document préparatoire qui évoque une "fondation de droit suisse" susceptible d'être établie à Genève dès 2017. Le fonds pourrait bénéficier d'incitations fiscales et s'inspirer des statuts du "Global Fund", le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, fondation à but non lucratif basée aussi à Genève, selon une source française.

Un "réseau international de refuges"

Le deuxième objectif est de créer un "réseau international de refuges" pour répondre aux demandes d'États souhaitant mettre à l'abri leurs trésors en péril. "Comme il existe un droit d'asile" pour les réfugiés, "nous devons aussi organiser un droit d'asile pour les œuvres", a déclaré le président français en septembre à New York.

Le 1er novembre, François Hollande a annoncé que le futur centre de conservation du Louvre, censé ouvrir en 2019 à Liévin (nord de la France), aurait aussi vocation à accueillir des œuvres mises en danger. Le Louvre d'Abou Dhabi, que le président français visitera samedi avant son ouverture officielle en 2017, "pourrait aussi devenir un refuge", selon la source française.

Mohammed Khalifa al-Moubarak, président de l'Autorité du tourisme et de la culture d'Abou Dhabi, qui a préparé la réunion avec Jack Lang, a admis que la protection du patrimoine apparaît "souvent secondaire face aux questions humanitaires, sociales et économiques d'un conflit imprévu". Mais "c'est notre obligation de nous rassembler et de lutter pour la protection et la perpétuation de ce patrimoine", a-t-il dit.

Les présidents malien Ibrahim Boubacar Keïta et afghan Ashraf Ghani, dont les pays ont aussi souffert de destructions commises par des jihadistes, devraient figurer parmi les chefs d'État à la conférence qui s'achèvera samedi par l'adoption de la "Déclaration d'Abou Dhabi", selon les organisateurs. "Notre souhait, c'est que les conclusions d'Abou Dhabi soient consacrées par une résolution du Conseil de sécurité" de l'ONU pour fixer des normes générales de protection en vertu du droit international, a indiqué Jack Lang.

Les Émirats, qui accueillent la conférence, sont considérés comme un pays moins conservateur que les voisins du Golfe. Ils mènent une politique de "tolérance zéro" à l'égard des groupes islamistes.