Palmyre : le temple de Baalshamin détruit par Daech

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/08/2015 à 09H23
A Palmyre, le temple de Baalshamin (photo de mars 2014)

A Palmyre, le temple de Baalshamin (photo de mars 2014)

© Joseph Eid / AFP

Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont détruit dimanche un temple de Palmyre, en Syrie, après l'assassinat mardi dernier du chef des Antiquités de la cité antique syrienne, inscrite au Patrimoine mondial par l'Unesco. Cette destruction est un "crime de guerre" et une "perte immense" pour l'humanité, a dénoncé lundi la directrice générale de l'Unesco.

"J'appelle la communauté internationale à rester unie contre cette épuration culturelle récurrente", a ajouté Irina Bokova dans un communiqué publié au lendemain de l'annonce de la destruction du temple de Baalshamin, classé au patrimoine mondial de l'humanité.



L'EI, qui a déjà détruit plusieurs joyaux archéologiques en Irak, s'est emparé en mai dernier de Palmyre, surnommée "la perle du désert", suscitant de vives craintes de l'Unesco et de la communauté internationale.
 
"Daech (acronyme en arabe du groupe Etat islamique) a placé aujourd'hui une grande quantité d'explosifs dans le temple de Baalshamin avant de le faire exploser. Le bâtiment est en grande partie détruit", a déclaré dimanche à l'AFP Maamoun Abdulkarim, le directeur général des Antiquités et des musées de Syrie.
 
Il a précisé que "la 'cella' (partie close du temple) a été détruite et que des colonnes autour se sont effondrées".
A Palmyre, le temple de Baalshamin a été détruit par Daech

A Palmyre, le temple de Baalshamin a été détruit par Daech

© Manuel Cohen / AFP


Un sanctuaire du Ier siècle

L'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH) a confirmé la destruction du temple par l'EI, qui considère les oeuvres religieuses préislamiques, notamment les statues, comme de l'idolâtrie.
 
Le temple de Baalshamin a commencé à être érigé en l'an 17 puis a été agrandi et embelli par l'empereur romain Hadrien en 130. Baalshamin est le dieu du ciel phénicien. Baalshamin est associé à Aglibôl (dieu de la lune) et à son frère cadet Malkbêl (dieu du soleil).
              
"Nos plus sombres prédictions sont malheureusement en train de se réaliser", a déploré Maamoun Abdulkarim. Les jihadistes "ont commis des exécutions dans le théâtre antique, ils ont détruit en juillet la fameuse statue du Lion d'Athéna, qui se trouvait à l'entrée du musée de Palmyre, et ont transformé le musée en tribunal et en prison. Ils ont également assassiné mardi l'ancien directeur des Antiquités de la ville", a-t-il poursuivi.

"Je mourrai debout comme les palmiers de Palmyre"

Mardi, le groupe extrémiste avait décapité l'ancien chef des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Assaad, 82 ans, réputé dans le monde entier pour sa connaissance de ce site antique unique.
              
Ils l'ont pendu à un poteau avant de mutiler son corps, ont expliqué à l'AFP un de ses fils et le directeur général des Antiquités. "Des habitants de la ville m'ont dit que le groupe EI avait découpé en  morceaux le corps de mon père après l'avoir accroché durant un jour à un  poteau", a déclaré dimanche Mohammad, un des fils de Khaled al-Assaad.
              
"Mon père répétait souvent 'je mourrai debout comme les palmiers de Palmyre", a-t-il ajouté.
              
L'Unesco, la France et les États-Unis ont dénoncé un meurtre "brutal"  perpétré par des "barbares".

Des destructions d'œuvres en place publique             

L'Unesco s'était déjà insurgé le 3 juillet contre la destruction d'oeuvres  d'art de Palmyre. "La destruction de bustes funéraires en provenance de Palmyre, en place publique, devant des foules et des enfants que l'on convoque au saccage de leur  patrimoine est un spectacle d'une perversité glaçante", avait dénoncé sa directrice Irina Bokova.
 
Après avoir pris Palmyre aux forces du régime syrien, l'EI avait exécuté dans et à l'extérieur de la ville plus de 200 personnes dont 20 abattues dans le théâtre antique.

Palmyre, la perle du désert

Surnommée la "perle du désert", la cité antique est inscrite par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité en raison de la richesse de ses temples et colonnades.
 
Son nom est apparu pour la première fois sur une tablette au 19e siècle avant notre ère. Elle fut un point de passage des caravanes entre le Golfe et la Méditerranée et une étape sur la route de la soie.
              
Mais c'est avec la conquête romaine, à partir du 1er siècle avant Jésus-Christ, et durant quatre siècles, que Palmyre (Cité des palmiers), dont le nom officiel en Syrie est Tadmor (Cité des dattes), a connu un essor remarquable, devenant une place luxueuse et luxuriante en plein désert grâce au commerce d'épices et de parfums, de la soie et de l'ivoire de l'est, des statues et du travail du verre de Phénicie.
              
En 129, l'empereur romain Hadrien en fait une cité libre et elle prend le nom d'Adriana Palmyra. C'est à cette époque que les principaux temples, comme celui de Bel, ou l'Agora ont été construits et que Baalshamin est embelli et agrandi.

Avant 2011, 150.000 touristes visitaient Palmyre      

La trinité composée du dieu babylonien Bel, équivalent de Zeus, de Yarhibol (le soleil) et Aglibôl (la lune) y était vénérée avant l'arrivée du christianisme au 2e siècle après JC. Au 3e siècle, profitant des difficultés de l'empire romain, la ville s'érige en royaume. Elle défie les Perses et la belle Zénobie devient reine.
              
En 270, Zénobie conquiert toute la Syrie, une partie de l'Égypte et arrive même en Asie mineure. Mais l'empereur romain Aurélien reprend la ville, la reine Zénobie est conduite à Rome et la ville décline.
              
Avant le début du conflit en Syrie en 2011, plus de 150.000 touristes visitaient la ville aux 1.000 colonnes, aux statues et à la formidable nécropole de 500 tombes où les riches Palmyréniens avaient construit une série de monuments funéraires somptueusement décorés, dont certains ont été récemment pillés.

300 sites syriens endommagés ou pillés

Les jihadistes, qui contrôlent de larges pans de territoires irakien et syrien, ont détruit en avril en Irak à coups de bulldozers, de pioches et d'explosifs le site archéologique de Nimroud, joyau de l'empire assyrien fondé au 13e siècle.
              
Ils s'en sont également pris à Hatra, une cité de la période romaine vieille de 2000 ans, et au musée de Mossoul, dans le nord de l'Irak.
              
Plus de 300 sites historiques syriens ont été endommagés, détruits ou  pillés au cours du conflit débuté il y a plus de quatre ans, selon l'ONU.