Notre-Dame de Paris lance un SOS, attaquée par la pollution, l'âge et la pluie

Par @Culturebox
Publié le 01/07/2017 à 12H32
Notre-Dame de Paris dans l'attente urgente d'une restauration (28 juin 2017)

Notre-Dame de Paris dans l'attente urgente d'une restauration (28 juin 2017)

© Martin Bureau / AFP

La liste des travaux à mener d'urgence s'allonge, et l'Etat aura du mal à y faire face seul: victime de la pollution, des intempéries et de l'usure du temps, la cathédrale Notre-Dame de Paris sonne l'alarme afin que des mécènes, notamment américains, se portent à son chevet.

Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, le monument historique le plus visité d'Europe (12 à 14 millions d'entrées par an), joyau de l'architecture gothique des XIIe au XIVe siècles, domine l'île de la Cité de ses tours et de sa façade resplendissantes.

Passé ce décor imposant, d'autres parties extérieures sont dans un état moins reluisant. Cela se voit nettement au niveau du chevet de la cathédrale. Ici, des gargouilles, ces gouttières médiévales, ont perdu leur tête et arborent d'inélégants tuyaux en PVC pour l'évacuation des eaux. Là, une balustrade de pierre a disparu, remplacée par une planche de bois. Là encore un pinacle est en ruine, la pierre a fondu à la façon d'une boule de glace, le montant d'un vitrail est rongé... (voir le reportage vidéo de l'AFP)

Dans les hauteurs, sous les arcs-boutants qui soutiennent la cathédrale, des éléments décoratifs qui se sont détachés ont été déposés par précaution et forment de petits cimetières de pierres. L'État, propriétaire de l'édifice, lui consacre déjà deux millions d'euros par an. Il s'est même engagé à verser un euro de subvention supplémentaire par euro de mécénat recueilli par la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, dans la limite de 4 millions par an de contribution publique, aux termes d'un accord-cadre signé début mai à l'Elysée.

"Il y a vraiment urgence"

Responsable de la communication de la cathédrale et amoureux de l'édifice dont il connaît le moindre recoin, André Finot s'est mis en tête de trouver de nouveaux mécènes. "Il y a vraiment urgence", confie-t-il à l'AFP en désignant les dégâts causés par la pollution de l'air et les pluies acides, tout en saluant l'apport constant de l'État. "On se rend compte que ce n'est pas assez." Il faut, au bas mot, 100 millions d'euros sur vingt ans, 150 sur trente ans pour assumer les travaux nécessaires.
L'une des nombreuses traces d'usure de l'édifice

L'une des nombreuses traces d'usure de l'édifice

© Martin Bureau / AFP
D'où l'idée de chercher de l'argent ailleurs, avec un fonds français ad hoc créé auprès de la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris. "On va quand même faire appel aux Français : il faut qu'ils aient conscience du patrimoine incroyable dont ils disposent", souligne ce responsable en rappelant que la cathédrale, bien qu'affectée au culte catholique, "est ouverte à tout le monde".

"On reçoit d'ailleurs toute l'année des témoignages disant: +Je ne suis pas croyant mais j'aime ce lieu+." Surtout, une fondation de droit américain, Friends of Notre-Dame de Paris, vient d'être créée pour toucher aux États-Unis un public "qui a la culture du don et est très attaché à ce monument".

Un monument apprécié des Américains... dont Beyoncé

Les stars américaines de passage à Paris n'hésitent pas à faire le détour par Notre-Dame, à l'image de la diva pop Beyoncé et de son rappeur de mari Jay Z. Les touristes d'outre-Atlantique sont particulièrement attachés à Quasimodo et aux autres personnages - immortalisés par le cinéma et la comédie musicale - sortis de l'imaginaire de Victor Hugo, dont le roman "Notre-Dame de Paris" (1831) a amplifié le mouvement en faveur de la restauration de la cathédrale au XIXe siècle.

Aujourd'hui, la flèche dressée sur les quatre piliers du transept a besoin d'une coûteuse restauration. Impressionnante avec ses 93 mètres de haut et ses 250 tonnes de plomb, elle souffre de "problèmes de couverture, et la pluie risque d'attaquer la charpente", commente Marie-Hélène Didier, conservatrice générale du patrimoine. "Nous ne sommes quand même pas en situation de péril, on arrive au moins à parer au plus pressé", assure cette fonctionnaire de l'État.

Mais "l'apport de mécènes privés nous permettrait d'accélérer le phasage des travaux et peut-être de commencer en parallèle un ou deux arcs-boutants", estime-t-elle. Sous l'œil de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, grand restaurateur des lieux, dont la statue de cuivre en saint Thomas devrait bientôt, elle-même, profiter d'une cure de jouvence.