Napoléon : la chemise de la discorde conduit à l'annulation d'une vente

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/03/2014 à 17H03
Napoléon sur son lit de mort.

Napoléon sur son lit de mort.

© Maison de vente Osenat

L'une des dernières chemises de Napoléon doit-elle être cédée au plus offrant ou faut-il la confier à un musée? Cette question déchire une famille d'héritiers, dont l'ancienne ministre Catherine Colonna, au point que la justice a suspendu la vente aux enchères d'effets personnels de Napoléon 1er à Sainte-Hélène, prévue dimanche 23 mars à Fontainebleau.

Une précieuse chemise portée à Sainte-Hélène

Le lot phare de la vente était une chemise en batiste portée par Napoléon le 4 mai 1821 à la veille de sa mort, et dans laquelle il prononça vraisemblablement ses derniers mots, estimée 30.000 à 40.000 euros.
  
Devaient également être proposées aux enchères les manches de la dernière chemise que portait Napoléon au moment de sa mort le 5 mai en fin d'après-midi.  Une mèche de cheveux, coupée le jour de sa mort, devait aussi être proposée à la vente, estimée 3.000 à 5.000 euros. Ainsi que les bandelettes ayant servi pendant sa maladie à Sainte-Hélène.
Mais le juge des référés du tribunal de grande instance de Fontainebleau a considéré que certains des 18 lots mis en vente pourraient être indivis et a décidé leur mise sous séquestre auprès d'un tiers de confiance, le président du château de Fontainebleau, Jean-François Hébert. 

La descendance du valet de Napoléon est divisée

La suspension de la vente a été effectuée à la demande d'une partie des descendants d'Achille Archambault, le valet de l'empereur déchu.

Les effets portés par Napoléon la veille et le jour de sa mort, dans l'île britannique de Sainte-Hélène, avaient été rassemblés pieusement par ce fidèle valet, piqueur et cochet. Il les avait légués à sa petite-fille Marie Marandet, qui a eu elle même trois filles et plusieurs petits-enfants.
 
C'est l'ensemble des héritiers co-indivisaires de deux des trois branches de la descendance de Marie Marandet qui ont saisi la justice. Parmi eux se trouve Catherine Colonna, ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes de Dominique de Villepin.
La démarche a provoqué la colère du commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat. "Ce que je trouve scandaleux, c'est la méthode. Pourquoi Catherine Colonna n'a-t-elle pas appelé sa cousine qui mettait en vente ces biens", s'irrite-t-il.
La dernière chemise portée par Napoléon et autres effets.

La dernière chemise portée par Napoléon et autres effets.

© Maison de vente Osenat
Une dame de 84 ans a mis les effets en vente sans l'accord des autres héritiers

Vivant dans un village corse, cette dame de 84 ans détient depuis 45 ans ces objets, qui étaient rassemblés dans une vieille caisse. Me Osenat dit avoir été prévenu du problème d'indivision le vendredi soir par l'avocate des demandeurs.
 
L'étude a reçu une assignation le samedi à 18H30 pour une audience en référé le lendemain matin. "Je n'ai pas eu le temps de me présenter avec un avocat et l'avocat de ma cliente n'a pas eu le temps de venir de Corse", déplore Me Osenat.
 
Cette vente a été "envisagée sans l'accord et à l'insu" des deux tiers de la descendance alors que l'unanimité est requise par la loi pour vendre, répliquent les avocats des demandeurs.
 
Les plaignants veulent confier les effets à un musée
Ils "s'interrogent sur les circonstances dans lesquelles la personne âgée habitant dans son petit village de Corse et ayant en dépôt chez elle les objets litigieux, avec la confiance de tous les héritiers, aurait pu librement décider et consentir à les vendre et solliciter pour ce faire la Maison Osenat".
 
Ils dénoncent la "négligence de la Maison Osenat à vérifier le titre et la capacité de son mandant à vendre des objets - au surplus d'une valeur historique -, dont elle écrit elle-même dans son catalogue qu'ils proviennent de la descendance de Marie Marandet, admettant ainsi que ces biens proviennent de son héritage".

Les demandeurs ne veulent pas que ces objets soient vendus aux enchères et aimeraient qu'ils restent en France. "Ils souhaiteraient que cela soit remis à un musée, par exemple le château de Fontainebleau", explique Me Horia Dazi Masmi, l'autre avocat des demandeurs.