FEUILLETON. Mécénat culturel : quand l'argent du privé pallie les carences de l'Etat

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/09/2017 à 13H11, publié le 01/09/2017 à 19H27
Site égyptien de Saqqarah où a été retrouvé l'emplacement de la mastaba d'Ahkethétep

Site égyptien de Saqqarah où a été retrouvé l'emplacement de la mastaba d'Ahkethétep

© Vidéo officielle de la campagne "Tous mécènes! Tous archéologues..." du Louvre

France 3 Paris - Île-de-France s'intéresse au mécénat culturel. Ces dons privés, indispensables au financement des musées et des bâtiments historiques, pallient le manque de moyens publics. Le centre Pompidou, l'ancienne gare de déportation de Bobigny ou le Louvre n'échappent pas à la règle. Ils lancent fréquemment des appels à des donateurs.

Les financements publics sont de moins en moins nombreux. Pour les acteurs culturels, il est alors indispensable de se tourner vers de nouvelles sources de revenus. Pratiqué régulièrement en France depuis 30 ans, le mécénat culturel consiste pour une entreprise ou un particulier à financer un projet au profit de l'intérêt général. Très incitatrice, la loi Aillagon de 2003 permet aux donateurs de bénéficier d'une exonération fiscale de 60 à 75%.

Cette loi a créé un cadre juridique et fiscal qui est certainement l'un des plus favorables au monde : le besoin de mécénat est plus vital que jamais.

François Debiesse, président exécutif Admical (association du développement du mécénat).

Episode 1 : Le tombeau d'Akhethétep au Louvre

Le mécénat, la deuxième source de financement du Louvre. Sa dernière campagne "Tous mécènes! Tous archéologues" vise à récolter l'argent nécessaire pour restaurer le "mastaba d'Akhethétep", l'un des trésors de sa collection du département de l'Egypte antique. Sous l'Ancien Empire, les hauts dignitaires égyptiens désirent se faire enterrer dans un "mastaba", un tombeau monumental situé à proximité de la pyramide du Pharaon. Arrivé au Louvre en 1903, le mastaba d'Akhethétep, personnage mystérieux de l'âge d'or égyptien, est vieux de 4000 ans. Si l'on connaissait déjà ses motifs foisonnants et sa sculpture remarquable, l'on ne savait presque rien de son contexte. Des fouilles archéologiques récentes sur le site de Saqqarah en Egypte ont permis de retrouver l'emplacement original de la chapelle du mastaba. Pour financer le travail de restauration, 670.000 euros ont été récoltés. 

Nous allons rapprocher le mastaba pour supprimer cette impression de parvis monumental, très symétrique qui prévaut actuellement parce que les Égyptiens ne s'en souciaient absolument pas.

Vincent Rondot, directeur du département des Antiquités égyptiennes


Episode 2 : L'ancienne gare de déportation de Bobigny 

Inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 2005, la gare de Bobigny doit devenir un lieu de mémoire de la Shoah. Située à 3 kilomètres du camp de Drancy, la gare de Bobigny voit transiter pendant la seconde guerre mondiale de nombreux juifs captifs. Dans l'un des convois, le n°71, une jeune fille alors âgée de 17 ans est présente. Son nom est Simone Weil. Un projet de réhabilitation de la gare a été lancé il y a 10 ans. Le coût total des travaux est estimé à 2.8 millions d'euros. Pour compléter les apports publics insuffisants, une souscription citoyenne a été lancée. Entre 25.000 et 100.000 euros sont attendus. La prochaine étape des travaux, hautement symbolique, consiste à remettre au jour les pavés foulés par les déportés. 

Le projet consiste à restaurer ces pavés qui ont été couverts par une épaisse couche de bitume. Les pavés se trouvent dessous. C'est le seul site ferroviaire ayant servi à la déportation en Europe qui soit restée dans une configuration quasiment d'origine, ce qui fait aussi sa valeur patrimoniale.

Bernand Saint-Jean, chargé de mission de la ville de Bobigny


Episode 3 : La restauration de deux oeuvres majeures du centre Pompidou

Le premier est un chef d'oeuvre surréaliste signé Max Ernst, le "portrait de Gala Eluard" . Initialement effectuée en 1923 sur les murs de la maison de Paul Eluard, cette toile a été acquise dans les années 1980 par le centre Georges-Pompidou. Mais elle nécessite aujourd'hui une restauration complète. Autre projet de grande ampleur, la reconstitution du "magasin de Ben". Cette boutique de disques ouverte en 1958 à Nice devient rapidement le lieu d'entrepôt de 400 éléments sortis tout droit de la main de l'artiste. Elle doit rejoindre le 4eétage du musée national d'art moderne de Pompidou. Estimées à 75.000 euros, ces deux opérations seraient impossibles sans mécénat. En 2016, le budget du mécénat d'entreprise en France a atteint 3.5 millions d'euros, connaissant en deux ans une augmentation de 25%.

Ce ne sont pas les mesures fiscales qui ont incité l'entreprise à faire du mécénat même si depuis la loi Aillagon, elles ont incité certainement beaucoup d'autres entreprises à se lancer dans cette aventure du mécénat.

Jean-Jacques Goron, délégué général de la fondation BNP Paribas


Episode 4 : Le lien entre chefs d'entreprise et artistes 

Le mécénat culturel permet parfois de tisser des liens privilégiés avec les artistes. Stéphanie Guizol dirige une petite agence évènementielle, "Di Mezzo" et a toujours soutenu la création contemporaine. Le mécénat culturel est pour elle un moyen de mettre en lumière certains artistes. Parmi eux, Julien Taylor, un jeune photographe-plasticien qu'elle a accueilli dans l'une de ses expositions parisiennes. Chaque année, son entreprise investit 3.000 euros dans le mécénat culturel. En France, 14% des entreprises sont mécènes et pour celles de plus de 250 salariés, le taux atteint presque 50%. 

Le mécénat privé prend tout son sens puisqu'il y a de moins en moins d'aides pour des actions culturelles. Il parait urgent que les entreprises prennent le relais.

Stéphanie Guizol, directrice de l'agence événementielle "Di Mezzo"