Mali: des islamistes détruisent les derniers mausolées de Tombouctou

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/12/2012 à 09H30
Membres d'Ansar el-Dine en train de détruire un sanctuaire ancien à Tombouctou le 1-7-2012 (photo tirée d'une vidéo)

Membres d'Ansar el-Dine en train de détruire un sanctuaire ancien à Tombouctou le 1-7-2012 (photo tirée d'une vidéo)

© AFP - STR

Les islamistes armés, qui occupent cette ville du nord-ouest du Mali, ont détruit dimanche à coups de pioche les derniers mausolées encore épargnés, a annoncé à l'AFP un chef islamiste de la ville.

"Il ne va pas rester un seul mausolée à Tombouctou, Dieu n'aime pas ça, nous sommes en train de casser tous les mausolées cachés dans les quartiers", a déclaré Abou Dardar, un responsable d'Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), groupe islamiste armé qui occupe Tombouctou avec Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Mohamed Alfoul, qui se présente comme un membre d'Aqmi a Tombouctou, a justifié ces destructions en affirmant que tout ce qui ne relève pas de l'islam, "ce n'est pas bien, l'homme doit vénérer seulement Dieu".
Photo d'archives de la mosquée Sankoré de Tombouctou, classée par l'Unesco

Photo d'archives de la mosquée Sankoré de Tombouctou, classée par l'Unesco

© DOELAN YANN / HEMIS.FR
Les destructions des mausolées de saints musulmans de Tombouctou, ville historique baptisée "la ville aux 333 saints", a été confirmée par des habitants. "J'ai vu les islamistes descendre d'une voiture près de la grande mosquée de Tombouctou. Derrière une maison, ils ont cassé un mausolée en criant Dieu est grand, Dieu est grand", a affirmé un témoin. Outre les cimetières et les mosquées, plusieurs ruelles et des habitations privées de la ville abritent également des mausolées, vénérés par la population.

En juillet et en octobre, les islamistes d'Ansar Dine et d'Aqmi, qui considèrent la vénération des saints comme "de l'idolâtrie", avaient suscité un tollé général en détruisant des mausolées en terre dans l'enceinte de la plus grande mosquée de la ville, classée patrimoine mondial en péril. Ils avaient récidivé en détruisant d'autres mausolées en octobre, à la veille d'une réunion internationale à Bamako sur l'envoi d'une force armée au Mali pour les chasser du Nord qu'ils occupent depuis six mois avec un autre groupe islamiste, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao).
La mosquée Sidi Yahia à Tombouctou avant qu'une de ses portes soit détruite par les islamistes (2010)

La mosquée Sidi Yahia à Tombouctou avant qu'une de ses portes soit détruite par les islamistes (2010)

© Yoshio Tomii/SUPERSTOCK/SIPA

Cette fois-ci, les destructions ont été commises trois jours après l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution autorisant le déploiement, par étapes et sous condition, d'une force internationale pour reconquérir le nord du Mali, à partir de septembre 2013. Vendredi, les islamistes du Mujao qui occupent Gao (nord-est) y avaient amputé la main de deux voleurs présumés, promettant "bientôt" de nouvelles amputations.