Lyon et Vienne à l'heure du Péplum

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/11/2012 à 10H59
Yul Brynner et Ann Baxter dans "Les dix commandements"

Yul Brynner et Ann Baxter dans "Les dix commandements"

© dr

Jusqu'au 7 avril 2013, les musées gallo-romains de Lyon, sur la colline de Fourvière, et de Saint-Romain-en-Gal, tout près de Vienne, proposent une exposition intitulée sobrement "Peplum". Ses concepteurs reviennent sur l'image que le cinéma donne de l'Antiquité. A Lyon, cette évocation accompagne les riches collections permanentes. Les reconstitutions de carton-pâte voisinent avec les tables claudiennes. Une bonne occasion de se demander si l'image que l'on se fait des antiquités romaine, grecque et égyptienne ainsi que des époques bibliques correspond bien à la réalité de ces périodes lointaines.

Dans l'Antiquité grecque, les femmes élégantes portaient une tunique appelée "peplos". Bien plus tard, dans les années cinquante lors de la sortie du film "La tunique", quand il a fallu nommer le genre cinématographique dont il est question ici, on a commencé par parler de "films à péplum" puis tout simplement de "péplum". La double exposition proposée à Lyon et à Saint-Romain-en-Gal ne s'intéresse qu'à l'aspect cinématographique du genre. Les romans (souvent adaptés pour le grand écran cependant) et les bandes dessinées ne sont pas traités.

Dés les origines

Le genre était né avec le cinéma puisqu'en 1897, deux ans seulement après sa naissance, le 7e art en la personne des incontournables frères Lumière produisait "Néron essayant des poisons sur un esclave" (à 6mn35 sur le lien). Loin des futures superproductions de Cecil B de Mille ou de William Wyler, cette réalisation de Georges Hatot n'atteignait même pas la minute.

L'exposition "Peplum" projette le visiteur en pleine antiquité par la rencontre des vestiges exposés et de la réalité transposée par les cinéastes. C'est ainsi que des extraits de films de toutes les époques sont projetés tout au long de la visite des expositions permanentes, des mannequins parés de vêtemente et d'armes antiques mettent le visiteur face à un gladiateur ou à un soldat d'une armée romaine. La visite du musée gagne en chaleur et en vérité grâce à la fiction.

Le Péplum reconstitution exacte ou non de l'Antiquité ? Matthieu Souche, du musée gallo-romain de Lyon

Les grandes heures du péplum

Si la production de péplums n'a jamais cessé, le genre a pourtant connu son heure de gloire dans les années cinquante, avant d'être détrôné par le western, lui même battu par le policier qui a rendu les armes devant la science-fiction. Il est pourtant frappant de voir combien certaines scènes ont perduré, au fil des réalisations. C'est le cas de la course de chars. L'exposition permet de comparer trois compétitions dans les arènes dont celles du "Ben-Hur" de Fred Niblo, en noir et blanc filmée en 1926 (voir en hyperlien un "making of" de la course de chars en 1925), et celle de l'autre "Ben-Hur, une histoire du Christ", de William Wyler en 1959. La similitude des deux séquences est frappante. On aurait d'ailleurs pu leur adjoindre la course du jeune Annakine Skywalker dans "La menace Phantom"  le premier épisode de la deuxième trilogie de Star Wars, course directement inspirée des jeux du cirque.

Le reflet de son époque

Surtout américain et italien mais aussi français ("Golgotha" de Julien Duvivier avec Jean Gabin, Harry Baur et Robert Le Vigan date de 1935), le péplum peut être regardé comme le reflet des idées en vogue  à chaque époque. La manière de représenter le peuple juif est à cet égard symptomatique. "Les 10 commandements"  de Cecil B de Mille est à cet égard une belle illustration. Tournée dix ans seulement après la fin de la deuxième guerre mondiale, il montre un peuple juif survivant échappant aux atrocités égyptiennes. Tout un symbole.

Des chefs-d'oeuvres et des nanars

Le péplum compte ses chefs d'oeuvres, il n'a pas non plus été avare de nanars. Les films du genre tournés en iItalie dans les années cinquante et soixante en attestent avec kitsch et souvent ridicule. C'est le cas de la série des Maciste où le carton-pâte le disputait aux anachronismes.Après une traversée du désert qui n'a rien à envier à celle du peuple Juif sous la conduite de Moïse, le Péplum a retrouvé le chemin du succès avec le magnifique "Gladiator" réalisé en 2000 par Ridley Scott. Ce chef-d'oeuvre a permis au péplum de regagner le coeur des spectateurs et de remplir à nouveau les espoirs et les comptes en banques des producteurs. De très beaux péplums sont sortis dans son sillage comme "Troie", ou "La Passion du Christ", film controversé du comédien-réalisateur Mel Gibson. Il présentait la particularité d'être parlé en latin et en Araméen, la langue de Jésus. Gladiator aussi suscité la réalisation de nouveaux nanars, comme le "Vercingétorix" de Jacques Dorfman avec Christophe Lambert. La télévison, de son côté n'a pas été en reste avec l'excellente série "Rome".

 

Exemple de nanar, l'un des épisodes de Maciste

Exemple de nanar, l'un des épisodes de Maciste

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Produits dérivés

Comme tous les genres cinématographiques, le péplum a inspiré des pastiches. On compte parmi ces oeuvres plus ou moins comiques "Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ" de Jean Yanne avec notamment Coluche dans le rôle de Ben-Hur Marcel. A retenir aussi, et absolument, "La vie de Brian", des Monty Python, un pastiche de la vie de Jésus.

Les pastiches humoristiques ou coquins des péplums. Matthieu Souche, du musée gallo-romain de Lyon

Et puisque le péplum est un genre à part entière, le cinéma érotique, voire pornographique a allègrement pioché dans sa tradition. De Cléopâtre et ses deux soupirants, César et Marc Antoine, ont donné des idées à de nombreux "réalisateurs". D'autres femmes de l'Antiquité, comme Messaline, ont elles aussi donné corps aux fantasmes de manière assez ridicule, il faut en convenir. Nul besoin de préciser que la vérité historique est à chercher ailleurs que dans ces oeuvrettes.

 

Messaline Impératrice et putain, 1977

Messaline Impératrice et putain, 1977

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Encore un mot sur un élément sans lequel le péplum ne serait pas le péplum : la musique. La tradition cinématographique l'impose orchestrale, pleine de violons et surtout de cuivres. Sans doute fort éloignée de ce que pouvaient écouter Grecs, Romains ou Egyptiens. 

 

"Péplum" ne se limite pas aux deux expositions de Lyon et de Saint-Romain-en-Gal. Un cycle de conférences, des mini-stages, et des spectacles permettent de mieux connaître la période et sa repésentation cinématographique. Par ailleurs, l'Institut Lumière propose aussi des projections en rapport avec l'exposition.