Les origines de Paris cachées sous l'île de la Cité ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/06/2013 à 09H27
Fouilles archéologiques dans une excavation de la Préfecture de police de Paris, sur l'île de la Cité (juin 2013)

Fouilles archéologiques dans une excavation de la Préfecture de police de Paris, sur l'île de la Cité (juin 2013)

© JOEL SAGET / AFP

La clef pour comprendre les origines de la ville de Paris pourrait être enfouie sous la Préfecture de Police, dans l'île de la Cité. Depuis peu, des archéologues mènent des fouilles qui ont déjà mis au jour une église médiévale et continuent encore à remonter dans le temps.

Voyage dans le temps sédimentaire
Situé au numéro 2 de la rue de Lutèce, le petit chantier d'à peine 300 m2 est coincé entre deux imposants bâtiments de la préfecture et laissera la place l'an prochain au nouveau hall d'accueil du public. Il ouvrira gratuitement ses portes aux visiteurs samedi 8 et dimanche 9 (de 10h à 18h) pour la 4e édition des Journées nationales de l'Archéologie.
Comme c'est l'usage avant de tels travaux, les spécialistes de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) disposent de quelques mois pour l'explorer, dénicher d'éventuels trésors historiques et surtout, explorer cette fenêtre ouverte sur le passé de la capitale. "Avec la montagne Sainte-Geneviève, l'île de la Cité est l'un des points les plus sensibles de la Lutèce archéologique" car c'est là que les premiers occupants se sont installés, souligne le responsable des fouilles, Xavier Peixoto.
Paris cartographié en 1600

Paris cartographié en 1600

© Gianni Dagli Orti / The Art Archive / The Picture Desk
Depuis la mi-avril, l'ancien atelier de serrurerie de la préfecture a cédé la place aux fondations de l'église des Barnabites, bâtie en 1632 et détruite dans les années 1860 lors des travaux d'Haussmann. S'y trouvent également une pierre tombale du XVIe siècle, des sépultures et squelettes de la fin du Moyen-Age, certaines contenant des vases à encens.
Lors d'une visite organisée pour la presse, lundi, les archéologues avaient atteint une couche datant du IIe siècle de notre ère, remontant en vrac dans leurs seaux des tessons de vases aux décorations d'angelots ou une mâchoire de porc provenant d'un "dépotoir gallo-romain". Au fond d'un puits, des sédiments non encore fouillés remontent au tout 
début de notre ère.
Lutèce reconstitué en 3D (2009)

L'origine de Lutèce à Nanterre ?
D'ici la fin des fouilles, en septembre, "on va essayer d'aller au plus profond possible, pour essayer de connaître le niveau de formation de l'îlot", poursuit Xavier Peixoto. Selon lui, le banc de sable ayant donné naissance à l'île de la Cité dans le lit de la Seine était déjà en place vers -3000 avant notre ère. La création d'un parking voisin a engendré des fouilles qui ont livré des céramiques gauloises datées de -400.

Les origines de la Lutèce antique restent un enjeu historique majeur. Car si les textes de César placent Lutèce sur une île, aucun vestige gaulois majeur n'y a jamais été trouvé. Certains archéologues ont récemment avancé que la ville des Parisii était en réalité implantée un peu plus en aval, dans la boucle de la Seine à Nanterre (Hauts-de-Seine), la cité gallo-romaine s'étant développée plus tard, sur la montagne Sainte-Geneviève.
En effet, au début de l'époque gallo-romaine, l'île de la Cité abrite surtout des activités artisanales et commerciales liées au port fluvial. Ce n'est qu'à partir de la fin du IIIe siècle, avec la crise économique et la montée de l'insécurité, que Lutèce se réduit, abandonne son centre-ville qui est partiellement démonté pour être reconstruit sur l'île, plus sûre et facile à défendre, rappelle M. Peixoto.
Voyage dans le Paris antique en 3D

L'objectif principal des fouilles de la préfecture, comme toutes celles menées dans la capitale, est donc "de déterminer la chronologie précise de la création de la ville et de l'oppidum gaulois".

Le vrai trésor archéologique de Paris, "c'est une masse d'indices à récolter et à confronter, plus qu'une grosse découverte qui saute aux yeux", conclut-il.