Les origines de Frankenstein retracées dans une ambitieuse exposition à Genève

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/05/2016 à 14H57
Frankenstein : détail du frontispice de l'édition Colburn and Bentley de 1831. Signé Theodor von Holst illustre le moment où Frankenstein insuffle l'étincelle de vie à sa créature. 

Frankenstein : détail du frontispice de l'édition Colburn and Bentley de 1831. Signé Theodor von Holst illustre le moment où Frankenstein insuffle l'étincelle de vie à sa créature. 

Comment est né Frankenstein, l'histoire d'un monstre créé par un scientifique et qui se retourne contre lui ? Pour fêter les 200 ans de ce roman écrit en 1816 par Mary Shelley, une exposition raconte les circonstances dans lequel ce chef d'oeuvre de la littérature romantique a vu le jour. "Frankenstein, créé des ténèbres" est à découvrir jusqu'au 9 octobre à la Fondation Martin Bodmer à Genève.

Un roman resté d'une étonnante modernité

"Frankenstein ou le Prométhée moderne" illustre depuis deux siècles les inquiétudes de l'humanité face au pouvoir grandissant de la science.

Imaginé par la romancière anglaise Mary Shelley en 1816 et best-seller dès sa parution, ce roman reste deux cents ans plus tard au coeur des préoccupations de la société : progrès scientifique débridé, mariage entre technologie et biologie, désenchantement face au monde moderne etc.

L'exposition "Frankenstein, créé des ténèbres" replace le phénomène de cette oeuvre littéraire dans son contexte. Elle présente une centaine d'objets reflétant le monde de 1816 et notamment des oeuvres littéraires et scientifiques, tableaux et gravures à l'origine ou en lien avec les idées du roman.

Dans une salle faiblement éclairée sont présentés notamment le manuscrit autographe du roman, des pages jaunies écrites à la main, mais aussi l'édition originale (1818) du roman annotée (ci-dessous) ainsi que le journal intime de la romancière.
"Frankenstein or the Modern Prometheus", édition originale de 1818. Exemplaire de l'auteure avec corrections, annotations et additions autographes. 

"Frankenstein or the Modern Prometheus", édition originale de 1818. Exemplaire de l'auteure avec corrections, annotations et additions autographes. 

© Pierpont Morgan Library, New York

Un concours d'histoires de fantômes lancé par Lord Byron

L'idée de sa créature, ce "monstre misérable", est venue à Mary Shelly alors qu'elle avait tout juste 18 ans et qu'elle séjournait durant un été pluvieux avec son futur mari, le poète anglais Percy Bysshe Shelley, dans la villa Diodati, près de Genève, louée pour l'été par l'illustre écrivain anglais Lord Byron.

A l'été 1816, la météo était particulièrement maussade à Genève, à cause de l'éruption massive du volcan indonésien Tambora, et pour passer le temps, le poète Lord Byron demanda à chacun des écrivains réunis à la Villa Diodati d'imaginer une histoire de fantômes.

L'auteur anglais John Polidori écrivit "Le Vampire", qui a fut publié 3 ans plus tard et qui est considéré comme le premier roman de ce genre de littérature.

L'ouvrage figure parmi une multitude de premières éditions à l'exposition de Genève, dont 3 du roman de Mary Shelley, "Frankenstein ou le Prométhée moderne", l'histoire la plus célèbre qui a émergé du concours lancé par Lord Byron.
A gauche portrait de Mary Shelley en 1840 (huile sur toile). A droite portrait de Lord Byron en 1813 (huile sur toile).

A gauche portrait de Mary Shelley en 1840 (huile sur toile). A droite portrait de Lord Byron en 1813 (huile sur toile).

© National Portrait Gallery, London

Au départ, le nom de Mary Shelley ne figurait pas sur le roman

Lorsque le roman a été publié pour la première fois en 1818, il ne portait pas le nom de Shelley, et un des exemplaires de l'exposition, présenté comme un cadeau à l'homme qui a initié sa rédaction, porte simplement la mention "pour Lord Byron, de la part de l'auteur".

"Son nom était inconnu, cela n'aurait rien apporté pour les ventes du livre, spécialement un nom féminin", explique David Spurr, professeur de littérature anglaise à l'université de Genève et curateur de l'exposition.

En dépit de son jeune âge, Mary Shelley, fille du philosophe politique William Godwin et de la féministe Mary Wollstonecraft, a puisé son inspiration dans la crainte générée par le pouvoir grandissant de la science et de la technologie.

"Les questions fondamentales soulevées à propos de la science et de la capacité de créer la vie humaine, la modifier ou d'intervenir dans le processus de la création de la vie, sont toujours très actuelles et une source d'angoisse", souligne David Spurr, pointant par exemple les recherches sur l'ADN et celles liées à la reproduction humaine.

Illustration de l'une des premières adaptations théâtrales du roman, "Le Monstre et le magicien", donnée au théâtre de la Porte Saint Martin à Paris. Dessin de Platel et Lithographie de Cheyère. 1826.

Illustration de l'une des premières adaptations théâtrales du roman, "Le Monstre et le magicien", donnée au théâtre de la Porte Saint Martin à Paris. Dessin de Platel et Lithographie de Cheyère. 1826.

© Bibliothèque Nationale de France

Exposition "Frankenstein, créé des ténèbres"
Du 13 mai au 9 octobre 2016
Fondation Martin Bodmer, Genève


En marge de l'exposition, les actuels propriétaires de la villa Diodati, manoir pittoresque surplombant le Lac de Genève où le roman fut imaginé par Mary Shelley, ouvrent les portes de leur parc pour des visites privées. Des croisières sont également prévues sur le lac ainsi qu'une Nuit de la littérature fantastique.

Vue de Genève depuis la villa Diodati, 2e quart du XIXe (lithographie colorée sur carton).

Vue de Genève depuis la villa Diodati, 2e quart du XIXe (lithographie colorée sur carton).

© Centre d’iconographie genevoise, Bibliothèque de Genève