Les guerriers en terre cuite de Xiang sous influence grecque ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/10/2016 à 09H54
Les guerriers en terre cuite de Xiang

Les guerriers en terre cuite de Xiang

© STR / AFP

Quand un universitaire allemand, officiant à Vienne, avance que les sculptures en terre cuite reconstituant l'armée du premier empereur chinois Quin, forte de 8000 figurines mis au jour à partir de 1974 dans la province de Xiang, auraient pu être influencées par l'art statuaire grecque, le sang des Chinois, très fiers de cette armée souterraine, ne fait qu'un tour.

5000 ans d'histoire

Cette armée miniature, gardienne de la tombe de l'empereur fondateur de l'unité chinoise, mort en 210 avant notre ère, inscrite au patrimoine de l'Unesco, est considéré par les Chinois comme un des  symboles de leur civilisation millénaire, au même titre que l'invention de la  poudre ou du papier.

Autant dire que la théorie de Lukas Nickel ne passe pas inaperçue en deçà de la Grande muraille. Selon ce spécialiste de l'histoire de l'art de l'Université de Vienne, les sculptures de Xian ont pu être influencées par des innovations venues de Grèce, notamment le naturalisme de la statuaire. L'expert imagine même que des artisans venus d'Europe ont pu participer à la fabrication des statues pour le compte de l'empereur de Chine.

"Et si c'étaient plutôt les Chinois qui étaient allés chez les Grecs pour influencer leurs sculptures ?", suggère un internaute après la diffusion d'un  documentaire de la BBC sur la thèse du professeur Nickel.

A Xian, depuis les plateformes qui permettent d'admirer l'armée sortie de terre, les visiteurs sont tout aussi incrédules. "Impossible", tranche un Pékinois qui souligne les traits orientaux des guerriers moustachus et le talent des artistes qui ont dessiné les statues. "Nous avons 5.000 ans d'histoire, l'Angleterre ne peut pas en dire autant", lance-t-il à l'intention de la BBC.

Zhang Weixing, le chef des services archéologiques du musée, est tout aussi  catégorique : les matériaux comme la technique utilisés pour fabriquer les  statues sont authentiquement chinois: "Rien ne permet d'affirmer qu'il y ait un  lien avec la Grèce antique. Cela n'existe que dans l'esprit" du professeur, spécialiste des arts asiatiques.
Les guerriers en terre cuite de Xiang

Réaction anticoloniale ?

Qin Shihuang, le premier empereur, n'avait pas besoin des Grecs pour  inventer quelque chose: "outre les guerriers de Xian, il a aussi multiplié les  innovations", dont la standardisation des poids et mesures et l'écartement des  roues des chars, un réseau routier, une monnaie unique, la consolidation de la  Grande muraille..., souligne Zhang Weixing. "Il est difficile de dire qui a influencé qui. La sculpture grecque a été influencée par l'Egypte", relève-t-il.

Lukas Nickel comprend que sa théorie puisse choquer en Chine, car l'empereur Qin est à l'origine d'un Etat-nation qui lui survit encore plus de deux mille ans plus tard.

La première dynastie, "c'est le moment où la Chine est en train de se construire", déclare-t-il. "Dire qu'il y a un lien avec l'Occident, cela ne peut que réveiller les mauvais souvenirs du colonialisme, ce qui est parfaitement compréhensible", reconnaît-il.

Mais le responsable du musée de Xian assure que le différend n'a rien de  politique et que ce qu'il conteste avant tout c'est la rigueur scientifique du  spécialiste viennois de l'histoire de l'art. "S'il était archéologue, nous  pourrions discuter. Les archéologues attachent plus d'importance aux documents historiques et aux objets sortis de terre", observe M. Zhang.

Li Xiuzhen, l'une de ses collègues, chercheuse au musée de l'armée  d'outre-tombe, veut bien admettre qu'il y ait pu y avoir des contacts entre les civilisations grecque et chinoise mais cela ne veut pas dire pour autant que l'une ait influencé l'autre. "L'armée souterraine est unique au monde, elle est la création du peuple de  la dynastie Qin", tranche-t-elle.