Les crânes de Descartes et Cro-Magnon de retour au musée de l'Homme

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/08/2015 à 11H08
Le crâne du philosophe René Descartes (1596-1650), couvert d'inscriptions racontant ses tribulations passées, retourne au Musée de l'Homme

Le crâne du philosophe René Descartes (1596-1650), couvert d'inscriptions racontant ses tribulations passées, retourne au Musée de l'Homme

© PATRICK KOVARIK / AFP

Home, sweet home ! Les crânes de l'homme de Cro-Magnon et du philosophe René Descartes ont regagné leurs pénates : après six ans de fermeture pour travaux, le musée de l'Homme se prépare à les exposer en bonne place pour sa réouverture le 17 octobre.

Depuis quelques jours, ces deux trésors des collections du musée, accompagnés de la délicate Vénus de Lespugue ont retrouvé les réserves rénovées du musée, installées au sous-sol du Palais de Chaillot. Ils devraient être installés dans des vitrines début octobre.

"Retour à la maison"

La fermeture du musée de l'Homme en mars 2009 avait nécessité le déménagement de ses collections de l'autre côté de la Seine, dans un bâtiment du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), entité qui coiffe le musée de l'Homme. "C'est le retour à la maison", se félicite Liliana Huet, gestionnaire des collections d'anthropologie, en ouvrant la "salle des coffres" pour l'AFP, tandis que dans les étages le chantier du musée va bon train.

Privé de toutes ses collections d'ethnologie parties pour le musée du Quai Branly (ouvert en 2006) et pour le MuCem à Marseille (inauguré en 2013), le musée de l'Homme demeure riche d'objets très divers. Il compte 700.000 éléments préhistoriques, 30.000 ensembles d'anthropologie (spécimens et représentations du corps humain) et 6.000 objets illustrant l'appropriation de la nature par les sociétés humaines, souligne Cécile Aufaure, directrice du projet de rénovation du musée.

Les Japonais "adorent" le crâne de Descartes

Les mains protégées par des gants blancs, Liliana Huet extrait des armoires fortes les stars du musée. A tout seigneur tout honneur, elle commence par sortir avec précaution de sa boîte capitonnée le crâne du "vieillard", un Homo Sapiens adulte datant d'environ 28.000 ans, retrouvé en 1868 dans l'abri de Cro-Magnon des Eyzies-de-Tayac (Dordogne). Dans une autre boîte, le crâne de l'Homme de la Ferrassie, un Néandertalien découvert également en Dordogne, attend de revoir la lumière. Sa mâchoire est parfaitement conservée.

C'est une petite statuette de 15 centimètres qui peut prétendre être un peu la "Joconde" du musée. Découverte en 1922 dans une grotte en Haute-Garonne, la Vénus de Lespugue, réalisée en ivoire de mammouth il y a environ 23.000 ans, repose tranquillement dans sa boîte en bois clair. Mais dans sept semaines elle dévoilera à nouveau ses formes amples et féminines au public. Autre pièce fascinante, le crâne du philosophe René Descartes (1596-1650), couvert d'inscriptions racontant ses tribulations passées. "C'est une pièce très demandée pour les tournages de documentaires. Les Japonais sont en adoration devant lui quand je le sors de sa boîte", raconte Mme Huet.

"Qui sommes nous? D'où venons nous? Où allons nous?"

La galerie permanente du musée, qui s'étendra sur 2.500 m2, répondra à trois questions: "Qui sommes nous? D'où venons nous? Où allons nous?" et présentera notamment ces quatre pièces phare. "Il y a eu un débat pour savoir si nous allions présenter au public les originaux lorsque nous les avions ou bien seulement des moulages", explique Cécile Aufaure.

"Certains scientifiques souhaitaient garder les pièces originales pour leurs travaux. Mais il nous a paru important que le public soit confronté aux originaux", dit-elle. Au fil des réserves rénovées, on découvre des rangées de crânes dans des boîtes toutes neuves, des files de squelettes montés et enveloppés dans du plastique. "Pour éviter que si un os tombe, on ne sache plus à qui il appartient", souligne Mme Huet. Mais aussi des rangées de bustes anthropologiques. Une sélection de ces moulages, réalisés au 19è siècle sur des populations autochtones d'Amérique, d'Afrique ou d'Asie sera présentée dans la galerie permanente.

Le musée possède aussi une surprenante collection de bustes phrénologiques. Inventée par le neurologue allemand Franz Josef Gall au début du 19è siècle, la phrénologie est une théorie qui assurait que la forme du crâne d'un humain, avec ses différentes zones, reflétait ses facultés et ses penchants. Le musée conserve ainsi un buste du redoutable criminel Pierre-François Lacenaire, de la mathématicienne française Sophie Germain (avait-elle la bosse des maths?) et de l'écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe.