Le souper aux XVIIe et XVIIIe siècles s'expose aux Arts Décoratifs de Bordeaux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/02/2015 à 10H20
Table d'apparat exposé dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

Table d'apparat exposé dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

© JEAN PIERRE MULLER / AFP

Comment soupait-on aux XVIIe et XVIIIe siècles ? Le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux décrypte pour le grand public une cérémonie chorégraphiée au millimètre, jusqu'au 18 mai.

Cuisine épurée et "service à la française", le souper est une véritable vitrine sociale de l'aristocratie et devient le repas le plus important de la journée, savamment reconstitué dans l'exposition : "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles".

Mêlant art, sociologie et histoire, cette tradition et ce qu'elle reflète d'une certaine société de l'époque est retracée avec plus de 200 objets sortis des réserves du Musée des Arts Décoratifs et du Design. Des fourneaux à broche aux grandes tables dressées avec raffinement, chaque étape et ses codes sont analysés et mis en scène.

La commissaire de l'exposition, Caroline Fillon, a choisi "cette chronologie du XVII-XVIIIes car c'est l'époque où la cuisine, mais aussi la manière de manger, vont changer radicalement et où l'on abandonne les traditions médiévales", explique-t-elle à l'AFP.

La cuisine devient plus raffinée et l'on rompt avec l'habitude du Moyen-Âge de masquer le goût de viandes faisandées ou de grossières bouillies avec abondance d'épices. Désormais, on assaisonne à sa convenance et c'est l'essor de la salière et du poivrier, ciselés et travaillés, ou encore de la saucière, nouvel ustensile en vogue.
Sucriers exposés dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

Sucriers exposés dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

© JEAN PIERRE MULLER / AFP
Chorégraphie des plats

Cette évolution du goût s'accompagne de celle du rituel du souper pris désormais dans la salle à manger. Cette nouvelle pièce où l'on reçoit les convives de marque fait du souper une véritable cérémonie agrémentée de moult rituels pour impressionner la tablée. "Le souper devient un repas d'apparat, un spectacle, un moment-clé. On s'habille, on sort les belles vaisselles. Mais surtout, le XVIIe et le XVIIIe marquent l'âge d'or du 'service à la française'", précise la commissaire.

Chorégraphie des plats, symétrie méticuleuse de l'ordonnancement de la table, essor des couleurs, finesse des matériaux avec l'étain supplanté par la faïence, le "service à la française" reflète la prospérité de l'aristocratie française. Il nécessite un, voire deux domestiques par convive pour les grandes occasions, un luxe fort coûteux. Tout est étudié des mois à l'avance pour une grande cérémonie où une multitude de plats est servie au pas de charge.

On ne compte pas moins de deux à huit services lors d'un souper, d'environ un quart d'heure chacun, "car à l'époque on n'avait pas encore la culture de rester des heures à table. Ainsi pour le baptême du Dauphin, 360 plats ont été servis en à peine 01h30", rappelle Caroline Fillon.
Détail d'un sucrier du XWIIIe siècle exposé dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

Détail d'un sucrier du XWIIIe siècle exposé dans le cadre de l'exposition "L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles" au Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux

© JEAN PIERRE MULLER / AFP
Le déclin de l'aristocratie à la fin du XVIIIe marque également la fin du "service à la française", remplacé par le "service à la russe", importé en réalité d'Outre-Manche. Bien moins cérémonial, il se généralise au XIXe et ne nécessite que trois ou quatre domestiques pour toute la tablée, ce qui convient à l'essor de la nouvelle bourgeoisie.

Certaines pratiques ou tendances du souper s'élargissent néanmoins aux classes populaires avec une cuisine plus équilibrée s'appuyant sur une consommation accrue de légumes verts et de fruits et surtout la grande nouveauté du sucré désormais servi à la fin du repas quand on... "dessert" la table.

L'exposition propose aussi des ateliers de pâtisserie "grand siècle" où l'on enseigne l'art de fabriquer madeleines ou puits d'amour.

L'heure du souper ou l'art du bien manger aux XVIIe et XVIIIe siècles
Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux
39 Rue Bouffard, 33000 Bordeaux
05 56 10 14 00
Jusqu'au 18 mai