Le site archéologique assyrien de Tell Ajaja vandalisé par l'EI

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/08/2016 à 12H40
Le site archéologique du site de Tell Ajaja, située à cinquante kilomètres de la frontière irakienne, le 3 août 2016

Le site archéologique du site de Tell Ajaja, située à cinquante kilomètres de la frontière irakienne, le 3 août 2016

© Ayham al-Mohammad / AFP

Considéré comme l'un des sites assyriens les plus riches de Syrie,Tell Ajaja a été amputé de statues millénaires et de bas-reliefs lors du passage des jihadistes du groupe extrémiste Etat islamique. Une perte inestimable de plus à mettre sur le compte de la barbarie.

Tell Ajaja aura connu le même sort que Palmyre. Sur son site, des statues millénaires et plusieurs bas-reliefs, véritable trésor archéologique qui n'avait pas encore été mis à jour, s'est vu pillé et détruit par l'Etat Islamique. Auteur du saccage d'un patrimoine inestimable en Syrie et en Irak, le groupe extrémiste a régné en maître durant deux ans sur Tell Ajaja. Il en a été  chassé en février 2016 par les forces kurdes, qui ont bouté les jihadistes de la majeure partie de la province de Hassaké.

40% du site "détruit ou ravagé"

Perché sur une grande colline à 50 km de la frontière irakienne, Tall Ajaja offre un spectacle de désolation. Des tunnels de 20 mètres y ont été forés, des fragments d'objets brisés sont visibles de part et d'autre du site ainsi que de  gros trous au sol, séquelle des pillages, a pu constater le correspondant de l'AFP.

Si la plupart des trésors de Tell Ajaja, découverts à partir le XIXe siècle, sont à l'abri dans des musées en Syrie et à l'étranger, les jihadistes  mais aussi d'autres pilleurs ont mis la main sur des vestiges non exhumés. "Ils ont trouvé des objets encore enfouis, des statues, des colonnes. On a  perdu beaucoup de choses", déplore Maamoun Abdulkarim, chef des Antiquités syriennes. "Plus de 40% de Tell Ajaja a été détruit ou ravagé par l'EI", affirme de son côté Khaled Ahmo, directeur des Antiquités de Hassaké. "Les tunnels creusés ont détruit des niveaux archéologiques inestimables" témoins de l'histoire  économique, sociale et politique de l'époque.

Des pages d'histoires envolées         

C'est en 2014 que sont apparues des photos de jihadistes détruisant à coups de marteau des statues du 2e et 1er millénaires appartenant au patrimoine  assyrien, disséminé surtout en Irak et en Syrie où une guerre dévastatrice fait  rage depuis 2011.
"A coups de bulldozers, ces barbares ont brûlé des pages de l'Histoire de la Mésopotamie", s'insurge M. Abdulkarim. "En deux ou trois mois, ils ont réduit à néant ce qui aurait nécessité 50 ans de fouilles archéologiques". Des photos publiées sur le site internet des Antiquités montrent des objets  détruits ou subtilisés à Tell Ajaja : bas-reliefs frappés de l'alphabet cunéiforme ou de représentations de lions et d'animaux ailés ou encore des "lamassu", créatures à tête humaine avec un corps de taureau ou de lion et des ailes d'aigle censées protéger contre l'ennemi.
 
L'Assyrie, avec sa capitale Ninive (dans l'Irak actuel), était un puissant  empire du nord de la Mésopotamie. L'art assyrien est particulièrement célèbre  pour ses bas-reliefs montrant notamment des scènes de guerre. "Tell Ajaja ou l'ancienne Shadicanni était l'une des principales cités  assyriennes" sur le territoire syrien actuel, explique Cheikhmous Ali, de  l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne (APSA). "L'EI a transformé la colline en zone militaire", raconte à l'AFP un habitant se présentant sous le pseudonyme de Khaled. "Personne n'avait le droit d'y pénétrer sans autorisation".

900 monuments touchés 

"Des hordes d'hommes armés entraient, accompagnés de trafiquants d'objets  archéologiques", assure de son côté Abou Ibrahim, un autre habitant. De nombreux vestiges ont fait l'objet de contrebande à travers la Turquie  voisine vers l'Europe, selon M. Abdulkarim qui dit avoir alerté Interpol.
 
Depuis sa montée en puissance en 2014, l'EI a ravagé plusieurs sites mésopotamiens en Irak (Hatra, Nimroud) et en Syrie, dont certains classés au patrimoine mondial de l'Unesco. En Syrie, ce sont plus de 900 monuments ou sites archéologiques qui ont été touchés, abîmés ou détruits par le régime, les rebelles et les jihadistes selon APSA. L'EI s'en est pris à la cité antique de Palmyre, pulvérisant ses deux plus  beaux temples. Il a également détruit et pillé sur les sites de  Mari, Doura  Europos, Apamée et autres. Entre 2014 et 2015, les Antiquités avaient déplacé 300.000 pièces et des  milliers de manuscrits de toute la Syrie - le résultat d'un siècle de  fouilles - pour les mettre à l'abri à Damas.