Le réveil de Chambord : nouvel écrin des jardins à la française

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/04/2017 à 14H17, publié le 12/04/2017 à 10H59
Les sardins à la française du château de Chambord sont ouverts au public depuis le 20 mars 

Les sardins à la française du château de Chambord sont ouverts au public depuis le 20 mars 

© Château de Chambord Officiel

Des travaux gigantesques viennent redonner vie aux jardins à la française du château de Chambord. Un modèle de perfection imaginé au XVIIIe siècle où tout se joue au centimètre près. Depuis le 20 mars 2017, les jardins sont ouverts aux visiteurs.

Ils avaient disparu depuis la Révolution, les jardins du château de Chambord renaissent depuis quelques mois grâce à des travaux gigantesques commencés au début de l’automne. Quinze ans de recherches historiques et des mois de travaux ont donné lieu à l’un des plus grands chantiers d’Europe.

 Une équipe de France 2 a suivi cette renaissance printanière. 
Série réalisée par  F. Faure / J. Bignon / I. Tartakovsky

A l'origine du jardin du 18e siècle

Le château de Chambord, bâti par François 1er sous la Renaissance, est le plus visité des châteaux de la Loire et le deuxième plus touristique de France après Versailles. Sa forêt est classée domaine de chasse national depuis 1947. Le jardin recréé est celui du 18e siècle, là où il a été le plus beau. L’équipe s’est appuyée sur des images et sur des traces archéologiques. "En décapant on a trouvé les fosses de plantation, les massifs plantés, on a tout retrouvé", explique Pascal Tévard, l'ingénieur en chef du chantier.

Les travaux ont commencé à l’automne dernier, notamment sur la terre autour du château. Aucun apport de terre n’a été effectué, mais elle a été enrichie par un compost. Les premiers arbres plantés sont des tilleuls. C’est un étrange ballet qui rythme la vie du château de Chambord depuis le début des travaux. Des camions déversent un mélange de calcaire et de gravillons pour les allées du jardin. Sous Louis XIV, il fallait des années pour réaliser ces terrassements. Aujourd’hui, les 6 hectares et demi de chantier seront achevés en trois mois.

Une restitution à l’identique

Les quatre fleurs de lys géantes du parc prennent forme grâce au travail d’un géomètre et d’un maçon qui en esquissent minutieusement les contours. Chacune couvrira 3000 m2 soit un demi-terrain de football. À cette échelle, l’enjeu des jardiniers est de délimiter strictement allées et gazons, le tracé ne doit souffrir d’aucune approximation. Dans une des tours du château, Pascal, ingénieur, reçoit la visite du conservateur du patrimoine qui apporte un contrat d’entretien de 1749 où tout est référencé. "Les archives sont tellement précises que l’on ne peut pas se permettre de faire une invention, c’est une restitution à l’identique. Grâce aux travaux on va voir apparaître le fantôme de ce jardin", précise l’ingénieur.

Sculpteur d'arbres

Une livraison de thym arrive au château de Chambord. 9 200 plants de thym sont déchargés immédiatement, et en trouver une telle quantité provenant du même lot n’a pas été facile. À peine sortis du camion, ils sont plantés, afin d’éviter un dessèchement de la motte. Les thyms vont former un double rang dans les bordures. Cette plante aromatique remplace l’habituel buis, en raison de leur senteur, mais également parce qu’elle est très résistante aux maladies.

Les arbustes sont protégés par des toiles, pour éviter qu’ils ne soient étouffés par les mauvaises herbes. Toutes les plantes qui vont venir agrémenter les jardins de Chambord sont nées en pépinières. Parmi les fournisseurs, il y a Maxime, qui aime tellement les arbres qu’il les sculpte. Il sélectionne les branches, les coupe, leur donne une forme. 

Un jardin financé par un mécène américain

Cela fait sept mois que les travaux ont commencé dans le parc du château de Chambord, pour faire renaître les jardins. Les premières plantes pointent timidement avec l'arrivée du printemps. Dans les bordures, vivaces et rosiers apparaissent. Tout a été étudié, l'arrosage est pilotable depuis un smartphone. L'arrosage automatique a été enterré pour être discret.

L'arrosage sophistiqué a coûté 300 000 euros et le jardin tout entier 3,5 millions d'euros. Même si Chambord est un bien national, il n'en coûte rien à l'État. La facture est prise en charge par un riche mécène américain. C'est dans le Cosson, ce canal creusé sous Louis XIV, que sont puisées les 5 000 tonnes d'eau nécessaires chaque année à un parc de cette taille. Les jardiniers et les pépiniéristes peaufinent le parc bientôt terminé. Des pommiers et des poiriers vont être ajoutés pour achever ce bel ouvrage.
 

L'utlie et l'agréable

Après huit mois de travaux minutieux, les jardins s’ouvrent enfin au public. C’est entre deux averses que les visiteurs rencontrent pour la première fois, l’écrin majestueux qui orne le château de Chambord. "C’est magnifique" entend-on, "Il devrait être très joli encore dans quelques temps puisqu’on voit que les arbres sont tout neufs, et la perspective sur le château est superbe."

Maxime, le pépiniériste, achève les détails en taillant et en plantant les arbres fruitiers. D’ici à quelques années, pommiers et poiriers prendront la forme de pyramides, et égayeront les jardins, autant qu’ils produiront des fruits. "On rendait l’utile agréable, explique Maxime. Beaucoup de gens vivaient autour du château qui avait un réel besoin d’aliments. C’est à ces fins là que le jardin était utilisé : pour être esthétique depuis le château, mais aussi utilisé dans les différentes cuisines du château."

Bien loin des paysages marécageux du XVIème siècle, les jardins à la française de Chambord ne pourront que s’embellir au fil des années.