Le petit monde intime de Nino Ferrer à Toulouse

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/11/2013 à 12H05
Nino Ferrer à l'Olympa en 1983

Nino Ferrer à l'Olympa en 1983

© GOUDENEICHE/SIPA

Jusqu'au 16 février 2014, la Médiathèque de Toulouse propose une exposition intitulée "Il était une fois l'homme". Derrière ce titre bizarre, l'homme n'est autre que Nino Ferrer, installé dans le Lot où il se suicida il y a 15 ans, deux jours avant son 64e anniversaire, le 13 août 1998. On y découvre les objets du quotidien de cet élégant écorché vif.

On aurait tort de résumer Nino Ferrer aux tubes que tout le monde connait "Le Téléfon","Mirza", "Oh, Eh, Hein, Bon!", "Je vends des robes" ou "Les Cornichons". Au delà de ces refrains en apparence anodins, les chansons illustrent le décalage de l'artiste, et de l'homme en général, vis à vis du monde qui l'entoure. Elles dénotent une angoisse certaine face à une conjuration du réel qui oblige l'être humain à toujours courir derrière un monde qui file sans l'attendre. Même les chansons de facture moins provocatrices, comme "Le Sud", "Je voudrais être un noir", "La maison près de la fontaine" et bien sûr l'immense et méconnue "Rue Madureira" place l'individu dans la situation de celui qui subit l'inéluctable, le temps qui passe, le couleur de la peau, le progrès et au bout du bout, la mort. La mort de ceux qu'on aime et sa propre mort. Non, Nino Ferrer n'était décidément pas le ludion écervelé qu'on a voulu voir dans les années 60. Et ses chansons, à bien les écouter, traitent des mêmes thèmes que celles d'un Brel, par exemple, mais sur un autre mode. Celui d'un blues élégant et désespéré.

Reportage : S. Bousquet, T. Villéger, O. Cabanis, L. Meynier
L'homme et l'artiste
L'exposition proposée jusqu'en février à la médiathèque de Toulouse permet de mieux approcher l'homme autant que l'artiste. Elle présente bien sûr des objets illustrant la carrière de Nino Ferrer, bassiste et chanteur puis peintre. Elle dévoile aussi les facettes moins connues de celui qui naquit Nino Agostino Arturo Maria Ferrari à Gênes en 1934. Le visiteur a dés lors l'impression d'être invité dans l'intimité de cet homme qui n'avait jamais oublié l'enfant qu'il fut. Nino Ferrer, pas si rigolo que ça, avait son caractère. Ce père de deux fils n'avait jamais vraiment coupé le cordon ombilical. Deux mois après la disparition de sa mère, Nino, se tirait une balle dans le coeur, en plein été, au milieu d'un champ de blé, à quelque distance de la maison qu'il avait acquise avec les droits d'auteurs de la "La maison près de la fontaine". Deux jours plus tard, il aurait eu 64 ans. Le blues, jusqu'au bout.

Reportage: Emmanuel Wat, Jean-Pierre Jauze, David Grinfan
A l'occasion du 15e anniversaire de la disparition de Nino Ferrer, un coffret intégrale de 14 cd a été publié par Universal Music. Elle compte des titres inédits comme les version allemande et anglaise du "Téléfon". Deux autres coffrets ont été publiés parallèlement, "Nino Swingue!" et la compilation "Nino Kids".