Le père Guillaume saute dans le vide pour sauver son église

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/08/2015 à 15H17
Le père Guillaume Soury-Lavergne au pied de l'abbaye de Marcilhac-sur-Célé (Lot)

Le père Guillaume Soury-Lavergne au pied de l'abbaye de Marcilhac-sur-Célé (Lot)

© REMY GABALDA / AFP

Il n'a pas hésité à faire 2.500 m de chute libre pour sauver son église : le père Guillaume Soury-Lavergne est un ecclésiastique quelque peu hors normes, tout entier dévoué à une cause, la restauration de l'abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé, dans les gorges verdoyantes du Lot.

"Certains disent qu'il en fait trop dans les médias" mais ça marche, juge Michel Delpech, adjoint au maire de cette petite commune - 200 habitants et une boulangerie - dont le nombre de visiteurs a tout à coup bondi à plus de 6.000 en juillet-août, en grande partie grâce à la campagne du père Guillaume.

C'est au printemps que ce prêtre catholique de 36 ans, visage juvénile et calvitie naissante, a créé l'évènement en lançant sur internet un vibrant appel à sauver l'abbaye.

Joyau architectural érigé entre les IXe et XVIe siècles sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, l'édifice a ensuite largement été laissé à l'abandon malgré ses fresques du XVe et son retable du XVIIe.

Objectif : recueillir 50.000 euros pour installer dès l'an prochain un superbe orgue de 808 tuyaux datant de 1886 dans la partie gothique et stopper la dégradation d'un bâtiment appartenant au patrimoine national. Pari (presque) gagné puisqu'au 13 août plus de 35.000 euros, soit 70% de la somme, avaient été réunis.

L'appel du père Guillaume pour la restauration de l'abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé.

Sauvé à 1.500 à mètres du sol

Pour cela, le père Guillaume a payé de sa personne. Le 17 juillet, il se lançait d'un petit avion à 4.000 m d'altitude pour 40 à 50 secondes de chute libre à 180 km/h avant qu'un instructeur-accompagnateur ne déclenche pour lui son parachute à 1.500 m du sol.

"Je n'ai pas réussi à trouver la poignée. Vous êtes devant vos peurs les plus profondes. C'est tout le corps qui dit non", raconte l'abbé parmi les vieilles pierres de son abbaye dont la partie romane a perdu un de ses deux clochers et son toit.

Il avait promis de faire le grand saut si la moitié des 50.000 euros réclamés par le biais d'un site de financement collectif chrétien étaient réunis. "J'ai montré que mon engagement n'était pas de façade. Les gens veulent de l'authenticité aujourd'hui", dit-il.

L'abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé (Lot)

L'abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé (Lot)

© SUDRES Jean-Daniel / hemis.fr

"Bien dans ses sandales"

Ordonné prêtre en 2006 à la cathédrale de Cahors, le père Guillaume découvre l'abbaye de Marcilhac-sur-Célé, une de ses 17 paroisses. "Restaurer l'abbaye, c'est retrouver la fierté du patrimoine", dit-il, expliquant avoir été saisi par la majesté et la paix des lieux. "Il y a quelque chose d'une faute morale à laisser un édifice comme ça
mourir sur pied".

Son engouement a poussé l'État et les collectivités locales à relancer un projet de restauration dépassant de loin l'installation de l'orgue. Le budget prévisionnel s'élève à quelque 1,5 million d'euros pour des travaux qui doivent commencer à l'automne et s'étaler sur six ans.

L'urgence de la restauration de l'abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé (Lot)

"Le 'buzz' a fonctionné à l'heure où on ferme les églises", dit-il en rêvant de voir un jour des moines reprendre possession des lieux et rayonner dans une région très déchristianisée.

Toujours en soutane pour être "lisible et visible", il affiche sa foi sans détour: "Je suis un prêtre bien dans ses sandales". "Il faut être ardent, sinon on baisse les bras. Ce n'est pas mon genre", reconnait-il sans excès de modestie en évoquant à la fois son ministère et sa croisade patrimoniale.

Il a conquis Marcilhac qui prête son école à des bénévoles pendant l'été, les médias et les internautes à qui il s'adresse sur Facebook, Twitter et Instagram, et jusqu'au club de parachutistes local qui lui a prêté main forte lors de son saut.

 "C'est un bateleur" mais qui a accepté le défi de la chute libre "avec tous les risques de notre sport", considère Gilles Esgrime, président du Cahors Skydive, séduit par le personnage.