Le musée d'histoire de Sofia expose un squelette de vampire

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/06/2012 à 09H33
Un squelette trouvé en Bulgarie avec une pièce métallique plantée dans le coeur pour l'empêcher de se transformer en vampire

Un squelette trouvé en Bulgarie avec une pièce métallique plantée dans le coeur pour l'empêcher de se transformer en vampire

© Nikolay Koychinov / AFP

Un squelette d’homme mort il y a 700 ans et dont le corps fut transpercé pour qu’il ne ressuscite pas en vampire gît désormais au Musée historique de Sofia. Il illustre une croyance répandue en Bulgarie jusqu’à nos jours

Le squelette a été trouvé début juin dans la nécropole d’une église à Sozopol, sur la Mer Noire. Il était fixé au sol par un morceau de fer et ses dents avaient été défoncées. L’annonce de cette découverte ayant suscité un vif intérêt médiatique, le vampire potentiel a été nettoyé pour être exposé « comme témoignage d’une pratique traditionnelle en Bulgarie », a indiqué le directeur du Musée historique de Sofia, Bojidar Dimitrov.

« Une des employées faisait sans cesse le signe de croix en lavant les os », a-t-il fait remarquer.

L'archéologue à l'origine de la découverte, Dimitar Nedev, a estimé que ce squelette et un autre, plus frêle, trouvé à ses côtés, "seraient des intellectuels en avance, au XIVe siècle, sur les idées de leur époque". Ils "étaient craints et donc enterrés au-delà de l'enceinte" de la ville.

Des rituels répandus encore aujourd'hui en Bulgarie
Les rituels pour empêcher les gens de devenir des vampires après leur mort existent partout en Bulgarie, encore aujourd'hui, témoigne le professeur d'ethnologie Ratchko Popov, surnommé "le vampirologue" par ses collègues.

Le vampire est imaginé comme un être laid, borgne, bossu ou boiteux, ou  trop vieux, qui se nourrit du sang du bétail, mais peut aussi attaquer les êtres humains. Comme le vampire craindrait l'eau, des villages entiers dans la région de Strandja (ouest) déménagèrent de l'autre côté d'une rivière pour le fuir, rappelle le spécialiste.

"Après le décès de mon mari, en 2008, nous avons effectué un rite: avec un  fuseau en bois tourné, nous avons percé la terre de sa tombe pour qu'il y reste", témoigne Zara Dimitrova, une institutrice retraitée du village Novo Selo (nord-ouest).

« Quand mon oncle est décédé ma tante a attaché ses pieds l’un à l’autre avec les lacets de ses chaussures pour l’empêcher de revenir comme vampire », raconte Valia Ivanova, une interprète de Sofia.

On craint les vampires dans des régions de Bulgarie, de Serbie et de Roumanie
Le traitement contre le vampirisme recouvre diverses pratiques. Elles existent dans le nord-ouest de la Bulgarie, le nord-est de la Serbie et des régions du sud de la Roumanie.

Dans la ville antique de Deultum (est), près de Sozopol, six squelettes des  IVe-Ve siècles, aux bras et jambes cloués, et profondément enterrés, avaient été découverts en 2004 dans un tombeau thrace. Ces squelettes, entourés de pierres taillées, autre mesure contre leur résurrection en vampires, sont les plus anciens témoignant de cette pratique sur le territoire bulgare, selon l'archéologue Petar Balabanov.

Le 12 juin, l'archéologue Nikolaï Ovtcharov a annoncé la découverte dans un monastère à Veliko Tarnovo (centre) d'un squelette, pas encore daté, fixé à la terre par des agrafes en fer, trois aux jambes et une du côté gauche du thorax. Par double précaution, il était aussi couvert de charbon brûlé.

Le tourisme espère en profiter
Les entreprises touristiques espèrent tirer profit de ces découvertes. A Sozopol, « la côtelette du vampire » voisine avec le « cocktail du vampire » dans les restaurants et les bars. Et on y envisage un jumelage avec la ville roumaine de Sighisoara (Transylvanie), où Dracula, le comte buveur de sang, est né au XVe siècle.