Le Grand Palais propose une immersion dans les sites archéologiques en péril

Par @Culturebox
Publié le 13/12/2016 à 11H23
Palmyre le 27 mars 2016, après que le gouvernement a repris le contrôle du site

Palmyre le 27 mars 2016, après que le gouvernement a repris le contrôle du site

© Maher Al-Mounes / AFP

Se plonger dans Palmyre avant les destructions du groupe État islamique (EI) - qui occupe à nouveau l'antique cité -, c'est ce que permet une exposition "immersive" au Grand Palais, intitulée "Sites éternels", consacrée à quatre sites du patrimoine universel situés dans des zones de conflit.

"L'Oasis des palmiers", mais aussi Khorsabad, dans le nord de l'Irak, la Grande Mosquée des Omeyades de Damas et le Krak des chevaliers en Syrie : des images issues de relevés photographiques en 3D effectués par des drones, sont projetées à 360 degrés sur les murs, donnant le sentiment d'être au cœur de ces sites majeurs.

La bande-annonce de l'expo "Sites éternels"

"Rendre accessibles des sites qui ne le sont pas"

"On voulait rendre accessibles ces sites qui ne le sont pas et montrer la beauté de ces œuvres", souligne Jean-Luc Martinez, président du musée du Louvre et commissaire général de l'exposition. Les images en 3D ont été réalisées par la société spécialisée Iconem qui travaille couramment en Syrie, en Irak et en Afghanistan. "On utilise beaucoup les drones. Des algorithmes et de gros calculateurs nous permettent ensuite de reconstruire des environnements photo réalistes à partir de ces images", explique Yves Ubelmann, cofondateur de cette start up française.

Iconem travaille en partenariat avec l'Inria (institut national de recherche en informatique et en automatique), notamment avec le professeur Jean Ponce, qui a mis au point ces algorithmes en 2006-2007. Les performances de ces applications sont impressionnantes : à partir d'une photo en 3D des blocs de pierre sur le sol provenant des arches du temple de Bêl à Palmyre, détruit par l'EI, Iconem a pu reconstituer le puzzle et redonner vie à l'édifice. Grâce une technologie développée par Google, le visiteur peut procéder à cette reconstitution numérique à l'aide d'une tablette, en se déplaçant.


"Un patrimoine menacé par une situation de guerre"

Pourquoi avoir choisi des sites dans la même région alors que d'autres lieux patrimoniaux sont menacés ou ont disparu dans le monde ? Une vidéo montre ainsi la destruction à coups d'explosifs en 2001 par les talibans des bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan. "Nous avons retenu un patrimoine menacé par une situation de guerre", souligne Jean-Luc Martinez, auteur, à la demande de François Hollande, d'un rapport présentant 50 propositions sur la protection des œuvres d'art dans les zones de conflit.

"Depuis Bamiyan, il y a une instrumentalisation de l'opinion publique par la destruction, c'est le terrorisme par l'image", ajoute le patron du Louvre. "Il nous appartient d'y répondre par la sensibilisation. Nous le faisons avec l'exposition au Louvre-Lens ("L'Histoire commence en Mésopotamie", jusqu'au 23 janvier) et maintenant avec "Sites éternels" (gratuit et ouverte jusqu'au 9 janvier).

Quatre civilisations concernées par les sites choisis

Les sites ont été choisis en liaison avec les collections du Louvre, dont quelques très belles pièces sont exposées, et correspondent à quatre grandes civilisations : Haute antiquité (Khorsabad), culture gréco-romaine (Palmyre), monde islamique (Omeyades) et présence chrétienne en Orient (Krak des Chevaliers).

Une deuxième salle propose des documents anciens consacrés à ces différents sites: relevés, plans, photos... Certains d'entre eux ont été intégrés par Iconem dans ses restitutions. "L'exposition est l'occasion de mettre à disposition, et de numériser toute la documentation accumulée depuis des siècles et souvent dispersée entre musées, universités, CNRS...", pointe le président du Louvre.

https://www.youtube.com/watch?v=3-X84ddPgk4

L'EI a repris Palmyre

L'EI a repris dimanche, en dépit des bombardements russes, le contrôle de la totalité de Palmyre après le retrait de l'armée syrienne au sud de la ville. Les jihadistes avaient déjà pris en mai 2015 le contrôle de cette ville classée au patrimoine mondial de l'Humanité.