La justice ordonne la fermeture du grenier de Picasso

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/07/2013 à 15H28
Le grenier Picasso, à Paris (20 juin 2013)

Le grenier Picasso, à Paris (20 juin 2013)

© Vincent Wartner / 20 Minutes / Sipa

Le juge des référés a ordonné jeudi l'expulsion de l'association qui entretient depuis douze ans le Grenier des Grands-Augustins à Paris, ancien atelier de Picasso, condamnant de fait ce lieu mythique à fermer ses portes, a fait savoir un avocat.

"Le président du tribunal de grande instance (TGI) de Paris a ordonné l'expulsion du Comité national pour l'éducation artistique (CNEA) sous 15 jours après notification de l'ordonnance", a indiqué l'avocat de cette association, Me Marc Bellanger. Les motifs de la décision n'étaient pas connus dans l'immédiat. Situé au 7, rue des Grands-Augustins à Saint-Germain-des-Prés (Paris VIe), l'Hôtel de Savoie abrite au dernier étage l'atelier de 200 m2 où Picasso a peint son célèbre tableau "Guernica".

Picasso avait lui-même été expulsé de l'atelier
Le peintre y avait installé son atelier parisien de 1937 à 1955, avant d'en être expulsé. Auparavant, le grenier avait accueilli Jean-Louis Barrault, qui y avait créé sa première compagnie (1934-1936). Et Balzac y a situé son "Chef d'oeuvre inconnu".

Le CNEA, qui milite pour le faire classer, occupe à titre gracieux depuis 2002 cet espace un temps laissé à l'abandon qu'il dit avoir rénové à ses frais et où il organise depuis des manifestations culturelles. Le lieu appartient collectivement aux huissiers de Paris et de la petite Couronne parisienne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).

Mais le président de la Chambre des huissiers de justice de Paris, qui veut vendre l'immeuble, a saisi la justice pour expulser en urgence l'association. "La convention d'occupation s'est arrêtée en 2010 et n'a pas été renouvelée", a expliqué l'avocat de la chambre des huissiers de Paris, Me Alain De Langle, après l'audience devant le TGI.

"Spéculation immobilière éhontée"
"C'est de la spéculation immobilière éhontée sur un lieu chargé d'histoire", s'est scandalisé le délégué général du CNEA Alain Casabona. L'association, qui va faire appel de la décision, ne s'avoue pas vaincue : des négociations avec un petit-enfant de Picasso qui serait prêt à reprendre un bail pour installer une fondation privée et maintenir l'association, sont "bien entamées", selon Me Bellanger.

Un comité de soutien, animé par le photographe Lucien Clergue, l'actrice Charlotte Rampling et le violoniste Didier Lockwood s'est formé autour du CNEA. François Hollande a récemment demandé à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, "de se saisir prioritairement" du dossier de classement du lieu au titre des monuments historiques.