La grotte de Lascaux en rémission

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/04/2012 à 12H18
Les méthodes de préservation de ce trésor de l'humanité font débat.

Les méthodes de préservation de ce trésor de l'humanité font débat.

© Philippe Wojazer / Pool / AFP

Les célèbres peintures rupestres de ce trésor de l'humanité auraient échappé au pire. Deux études publiées début avril 2012, notamment par le microbiologiste Claude Alabouvette révèlent que l'utilisation de fongicides au début des années 2000 n'a fait qu'aggraver la contamination. Les traitements chimiques ont été arrêtés depuis et la grotte semble aller mieux, mais sa préservation est un défi constant.

D'après les résultats de deux études publiées dans la revue "Fungal Biology" début avril 2012, deux nouvelles espèces inconnues de champignons ont été mises en évidence dans des échantillons prélevés sur des tâches noires dans la grotte entre 2007 et 2011. Elles sont similaires à un groupe qui apparaît parfois dans les salles de bain. Des espèces qui ont besoin de carbone et d'azote et dont l'essor dans Lascaux a été favorisé par le Devor Mousse. Ce fongicide disponible dans le commerce a été répandu pendant plusieurs années pour éliminer des champignons blancs apparus en 2001 sur les parois et plusieurs animaux peints. Le traitement aura finalement été pire que le mal.

Traitements polémiques

Cette méthode recommandée par le Laboratoire de recherche des monuments historiques a été utilisée pour la dernière fois en 2008. Son arrêt a été obtenu après de longs et vifs débats entre les scientifiques en charge de la préservation de la grotte. Plus récemment, le sujet a encore suscité la polémique. En juin 2011, les données de ces études ont fait l’objet d’une première présentation au sein du nouveau conseil scientifique de la grotte et là encore, l’un de ces membres était en désaccord avec ces résultats.
Prendre soin de l’un des trésors de l’humanité n’est pas une mince affaire. Les meilleurs experts mondiaux ont leur mot à dire et dès les premières années qui ont suivi la découverte du site en septembre 1940, ce défi a inquiété chercheurs et autorités.

Des maladies en série

C’est en 1960 que la « vieille dame » est atteinte de sa première maladie : des algues vertes prolifèrent sur ses parois. Trois ans plus tard, un voile de calcite s’abat sur les peintures. C’est alors que face à l’affluence de visiteurs dans la grotte et la quantité trop importante de carbone et de vapeur d’eau, on décide de fermer les lieux au public. Le site fait l’objet d’une désinfection et un système de régulation de l’air est mis en place. La grotte semble préservée jusqu’à l’installation en 2000, d’une climatisation. C’est ce qui causera en 2001 l’apparition du champignon blanc, le fusarium solani dont la méthode de traitement est jugée responsable de la présence dès 2006, des fameuses tâches noires.

Cette accumulation de mauvaises nouvelles a alimenté la polémique en France comme à l’étranger. En 2004, un comité international de sauvegarde de Lascaux est créé aux Etats-Unis. L'Unesco avait même menacé de classer ce patrimoine mondial en péril, doutant de la capacité des autorités françaises à parvenir à éviter la catastrophe.

Les chercheurs au chevet de la grotte ont renoncé à tout traitement.

Les chercheurs au chevet de la grotte ont renoncé à tout traitement.

© Grotte de Lascaux / Ministère de la Culture et de la Communication

Une "vieille dame" placée en observation

Aujourd’hui, la grotte est en rémission depuis l’arrêt de tout traitement. Claude Alabouvette, l’un des co-auteurs de ces études récentes, affirme que la situation est stabilisée. Les champignons noirs ont régressé, mais ils ont donné naissance à d’autres espèces. Désormais, une gestion écologique est mise en œuvre. Ce dont le microbiologiste se réjouit. Il estime qu’on a eu tort de vouloir à tout prix stériliser les lieux et qu’il faut laisser faire la nature comme elle l’avait fait depuis 18000 ans.

Mais d’après le célèbre paléontologue Yves Coppens, président du comité scientifique de Lascaux, si les médecins du site ont renoncé aux traitements, ils ne doivent pas relâcher leur vigilance. "La grotte est calme, mais ce n’est pas pour cela qu’on est tranquilles",  lance-t-il. "La grotte est très dynamique et on est encore loin d'avoir compris les mécanismes physiques, chimiques et biologique en interaction", insiste Cesareo Saiz-Jimenez, l’un des directeurs des études publiées dans "Fungal biology". D’après son équipe, les communautés microbiennes ont très rapidement changé au cours des deux dernières années. Les chercheurs ont notamment découvert la présence de plusieurs espèces de levures.