La belle histoire des vitraux Manessier à Abbeville

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/06/2013 à 11H48
Les vitraux Manessier de l'Eglise Saint-Sépulcre d'Abbeville

Les vitraux Manessier de l'Eglise Saint-Sépulcre d'Abbeville

© GIANNI DAGLI ORTI / THE ART ARCHIVE / THE PICTURE DESK

Alfred Manessier est un de ces génies de l'Art comme on en voit peu. Peintre non figuratif qui lorgne du côté de l'abstraction et vitrailliste de talent, il a marqué de son empreinte le XXe siècle. Pour célébrer les 20 ans de la pose des vitraux Manessier à l'Eglise du Saint-Sépulcre d'Abbeville dans la Somme, une exposition permet de se replonger dans l'univers de l'artiste. Jusqu'au 9 juin.

Alfred Manessier, en étroite collaboration avec le vitrailliste Gérard Hermet, a consacré 5 ans de sa vie, de 1988 à 1993, à la réalisation de nouveaux vitraux pour l'Eglise Saint-Sépulcre d'Abbeville. Ce ne sont pas moins de 21 fenêtres et 8 oculis dont les vitraux avaient été détruits lors du bombardement de 1940. L'artiste a mis tout son savoir-faire dans la réalisation de nouveaux vitraux sur le thème de la passion et de la résurrection, à partir d'une commande de l'inspecteur général des monuments historiques.

Son travail s'inscrit donc parfaitement dans une démarche d'enrichissement de l'édifice sans en dénaturer la fonction sacrée. Les vitraux Manessier, devenus célèbres après le décès prématuré du peintre deux mois seulement après l'inauguration, sont considérés comme un véritable testament de l'artiste.

Reportage de Y. Malgras, J-P. Delance, P. Courseaux
Alfred Manessier, peintre picard très attaché à son fief et profondément imprégné des paysages de la baie de la Somme, commence une formation de peintre classique et s'inspire fortement de Rembrandt. Découvrant peu à peu les merveilles de la couleur et les jeux de lumière, il bifurque rapidement vers une peinture plus abstraite, faite de formes géométriques et de tâches de couleurs. Ses toiles sont d'une grande vivacité, richement colorées, et cherchent à absorber la lumière pour mieux la réfléchir. 

Pour un passionné de la lumière, quoi de plus logique que de s'intéresser au travail du vitrail, qui occupera dès 1947 une grande partie de son oeuvre. Il réalise de nombreux travaux pour des édifices religieux (tapisseries, peinture, vitraux) et expérimente sans cesse, leur donnant un second souffle sans trahir l'esprit du lieu. Pour autant, il refuse la casquette de "peintre religieux" et va même réaliser à partir de 1956 de nombreuses toiles "politisées" notamment pour dénoncer la guerre en Algérie, le Vietnam ou encore la misère des favellas du Brésil. Il voyage énormément et nourri son travail de toutes les rencontres qu'il peut faire, laissant derrière lui une oeuvre colossale qui va de la création de costume pour le théâtre à de très nombreuses lithographies. 
Alfred Manessier - Alleluia II (1961)

Alfred Manessier - Alleluia II (1961)

© GIANNI DAGLI ORTI / THE ART ARCHIVE / THE PICTURE DESK
Les magnifiques vitraux de l'Eglise Saint-Sépulcre, où eurent lieu ses funérailles, attirent chaque année près de 11 000 visiteurs. Un travail original fait de milliers de formes et de couleurs changeantes en fonction de l'exposition de l'Eglise. Jusqu'au 9 juin, l'exposition "Manessier 20 ans après - Mémoires de la lumière" propose de rendre hommage à l'univers d'Alfred Manessier à travers une exposition de photos signées Jane Trouvé "Effets de lumière et de couleurs", des visites guidées pour percer les secrets des vitraux, sans oublier les démonstrations du maître verrier picard Romain Glorieux.

Manessier 20 ans après - Mémoires de la lumière
Eglise Saint-Sépulcre d'Abbeville