Journées nationales de l’archéologie : quand l’archéologie contribue à réécrire l’Histoire

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/06/2017 à 14H32, publié le 15/06/2017 à 18H12
Dominique Garcia, le président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap)

Dominique Garcia, le président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap)

© Inrap

Les VIIIe Journées nationales de l’archéologie se déroulent du 16 au 18 juin 2017 dans toute la France. Pratiquée aujourd’hui surtout à l’occasion de grands travaux d’aménagement (TGV, Grand Paris…), la discipline est tout sauf une vieille dame poussiéreuse. Le point avec Dominique Garcia, président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui pilote ces journées.

Aujourd’hui, comment se porte l’archéologie en France ?
Nous disposons d’un système de qualité avec 3000 professionnels, dont 2000 à l’Inrap. A 90%, la discipline est une archéologie dite préventive. C'est-à-dire que les archéologues interviennent préventivement lors de grands travaux d’aménagement : Grand Paris, tracés de nouveaux gazoducs, parkings, immeubles…

Pour autant, notre activité est touchée par la crise économique du pays. On construit moins d’infrastructures, on fait moins d’aménagements. Nous avons ainsi moins de terrains d’études. Dans le même temps, nous avons plus de pressions de la part des aménageurs. Les fouilles durent moins longtemps, nous devons travailler plus vite. Tout cela rend les mises en perspectives plus difficiles, même si par des innovations techniques et un savoir-faire renforcé, nous tentons de compenser ces pressions. 
L'un des deux panneaux centraux de la mosaïque antique, découverte par une équipe de l'Inrap à Uzès (Gard)

L'un des deux panneaux centraux de la mosaïque antique, découverte par une équipe de l'Inrap à Uzès (Gard)

© Denis Gliksman - Inrap
C’est à dire ?
Grâce à leurs fouilles, les archéologues stockent de multiples données. Mais il faut qu’en aval, les équipes du CNRS, des musées, des universités, de l’Inrap soient capables de les exploiter. Et de rendre ainsi public le résultat des recherches. Et là, on n’a pas toujours le temps de les digérer !

La situation n’est donc pas très facile…
Il faut replacer les choses dans leur contexte. Ces dernières décennies, les travaux d’aménagement, que l’archéologie préventive a accompagné ont complètement changé les perspectives. Cela a permis de refonder notre discipline ainsi que ses problématiques. Et de contribuer à réécrire l’histoire de France.

Chaque année, nous sommes désormais amenés à travailler à grande échelle, sur plusieurs centaines de km2. Ce qui nous permet de resituer les découvertes dans leurs contextes. Notre champ de recherches devient ainsi l’ensemble du territoire national. Nous ne nous contentons plus de la fouille de certains sites de chefs-lieux, nous ne nous appuyons plus uniquement sur des textes historiques. Les données recueillies permettent de mieux connaître les aménagements anciens pour les époques romaine, médiévale, contemporaine…

Par exemple ?
Avec cette activité à grande échelle, nous avons ainsi pu préciser le contexte de l’occupation de la Gaule par les Romains. Jusque dans les années 80, les livres d’histoire expliquaient que ces derniers étaient arrivés dans le Sud-Est à la demande de la Marseille grecque menacée par les Barbares. 
Sur le site d'un sanctuaire gallo-romain à Murviel-lès-Montpellier (Hérault) 

Sur le site d'un sanctuaire gallo-romain à Murviel-lès-Montpellier (Hérault) 

© P. Druelle, Inrap
Lors des travaux d’archéologie préventive, nous avons pu mettre en évidence l’activité économique de Rome en Gaule à partir de 250-200 avant notre ère. Les Romains vendaient ainsi du vin en échange d’esclaves, de céréales et de métaux. En fouillant les campagnes, nous avons retrouvé les mines, les lieux où se sont implantés commerçants et colons, les fermes… Nous avons pu apprendre quand ils se sont installés. Et nous avons pu déterminer qu’en intervenant militairement, ils avaient surtout voulu sauver leurs marchés !    

Quel est le rôle de l’Inrap dans le paysage archéologique français ?
Nous sommes le principal producteur de données archéologiques, que nous partageons et exploitons. Soumis à la concurrence du secteur privé depuis 2004, nous gérons aujourd’hui 60% des chantiers ouverts sur les 700 km2 du territoire national touchés par l’aménagement.

Quelles sont les découvertes majeures de ces dernières décennies ?
Pour le Paléolithique, on a pu fouiller des sites de plein-air qui montrent que l’homme n’a pas seulement vécu dans des cavernes. Pour le Néolithique, nous avons pu étudier l’impact de l’homme sur le milieu, ce qui n’avait été fait auparavant.

Vous ne parlez pas de découvertes essentielles comme celles des grottes Cosquer (1985) ou Chauvet (1994)…
Ce sont des découvertes fortuites. Evidemment, ce sont des grottes magnifiques ! Personnellement, j’ai eu la chance de visiter la grotte Chauvet. J’ai admiré la fraîcheur de ses peintures. Mais j’étais plus dans l’émotion que dans l’archéologie. A l’Inrap, nous travaillons plutôt dans les compléments historiques que dans les scoops !  
Chaudron en bronze étrusque découvert dans une bronze princière du Ve siècle avant notre ère à Lavau (Aube).

Chaudron en bronze étrusque découvert dans une bronze princière du Ve siècle avant notre ère à Lavau (Aube).

© Denis Gliksman, Inrap
Mais cela ne nous empêche pas de faire de belles découvertes comme celle d’une tombe princière, datée du Ve siècle avant notre ère, à Lavau (Aube) avec de fort beaux objets : torque (collier) en or, chaudron en bronze d’origine étrusque… Cela permet de mieux comprendre que la région maîtrisait le transfert des matières premières entre le nord de l’Europe et la Méditerranée. D’où l’importance et la richesse de ses princes.

Toutes les époques et toutes les régions sont concernées. Dans l’Ouest, nous avons travaillé sur la production de sel. Nous avons ainsi découvert qu’elle était plus ancienne que ce que l’on pensait. On peut aussi évoquer les importantes fouilles menées sur les terrains de la guerre de 1914-1918. Par exemple celles des souterrains de Naours (Somme) avec son étonnante collection de graffitis et d’inscriptions laissées par des soldats, notamment australiens et canadiens. 
Le château de Coucy (Aube), à l'honneur lors des JNA 2017. Au Moyen-Age, il était considéré comme l’un des plus grands de l’Occident médiéval.

Le château de Coucy (Aube), à l'honneur lors des JNA 2017. Au Moyen-Age, il était considéré comme l’un des plus grands de l’Occident médiéval.

© AFP - BRIGITTE MERLE - PHOTONONSTOP
Les Journées nationales de l’archéologie existent depuis 2010. Quelle est leur finalité ?
Les JNA sont un rendez-vous incontournable pour découvrir les différentes facettes de la discipline. L’occasion pour les Français d’aller à la rencontre de leur passé, partout dans leur pays. Avant, l’archéologie était intégrée dans les Journées du patrimoine. Mais ellle était uniquement appréhendée au travers de sites connus, de monuments et de beaux objets. On côtoyait alors des éléments figés, sanctuarisés. Aujourd’hui, nous voulons donner l’image d’une activité de terrain, dynamique et proche de chacun d’entre nous.

L’archéologie est en mouvement. C’est l’histoire en train de se renouveler. Une histoire qui se fait dans toute la France, formidable terrain d’études.