L'Unesco révise sa liste du Patrimoine mondial de l'Humanité dimanche

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/07/2016 à 15H12
Le siège de l'Unesco à paris

Le siège de l'Unesco à paris

© Manuel Cohen / MCOHEN

C'est sous des mesures de sécurité renforcées que l'Unesco révise, à partir de dimanche, sa liste du Patrimoine mondial de l'Humanité, en raison du triple attentat à l'aéroport Atatürk qui a fait 45 morts le 28 juin. De fossiles vieux de plus de 560 millions d'années à la modernité du Corbusier, l'Unesco fera des bonds de géant dans l'Histoire.

1.031 sites dans 163  pays

Cette 40e session du "Comité du patrimoine mondial", du 10 au 20  juillet se déroulera sous l'influence de cet attentat. S'il n'a pas été revendiqué, Ankara l'a attribué au groupe Etat islamique (EI) qui, au-delà de ses victimes humaines, a également causé des dégâts considérables dans des trésors du patrimoine mondial, comme la cité  antique de Palmyre ou la citadelle d'Alep.

"Ce qui s'est passé en Syrie, en Irak, mais aussi au Mali ou en Afghanistan a été tellement choquant, que le processus de préparation des listes de l'Unesco est devenu d'une grande importance politique", souligne à l'AFP sa  directrice générale, la Bulgare Irina Bokova.

A ses yeux, l'intérêt pour les questions de patrimoine a "énormément augmenté ces dernières années à cause de ces conflits", mais aussi des nouvelles  menaces liées au "changement climatique ou à l'urbanisation".
Le site classé patrimoine mondial d'Alep détruit (2016)

Le site classé patrimoine mondial d'Alep détruit (2016)

© GEORGE OURFALIAN / AFP
"La mondialisation, la connectivité a également fait émerger un nouvel esprit, une volonté de se présenter au monde à travers sa culture", assure Mme Bokova. "L'inscription sur la liste du patrimoine, c'est la gloire, les pays sont fiers".

Figurer sur cette liste, qui comprend aujourd'hui 1.031 sites dans 163  pays, peut également faciliter le déblocage d'aides financières pour la  préservation et doper la fréquentation touristique.

Cette année, 29 sites espèrent y faire leur entrée. Après d'intenses manœuvres diplomatiques, le choix final reviendra au Comité du patrimoine, composé de 21 pays élus pour six ans.

De la préhistoire à l'architecture moderne

Retoquée en 2009 et 2011, la candidature d'œuvres de l'architecte franco-suisse Le Corbusier revient remaniée avec, cette fois, un avis positif  du comité d'experts chargé d'évaluer les projets. Le dossier, porté par la France, regroupe 17 sites choisis dans sept pays (France, Suisse, Belgique, Allemagne, Argentine, Japon, Inde) pour montrer la dimension planétaire du patrimoine laissé par Charles-Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier (1887-1965).

Tous témoignent de l'apport du Corbusier au "Mouvement moderne", un courant  apparu à partir de la Première guerre mondiale et qui insistait sur le  fonctionnel, la pureté des lignes et l'emploi de nouveaux matériaux (béton, fer, acier...).
La Cité des réfugiés à Paris (1928) de Le Corbusier 

La Cité des réfugiés à Paris (1928) de Le Corbusier 

© FRANCOIS GUILLOT / AFP
Est également en lice, une autre figure marquante de ce courant : le  Brésilien Oscar Niemeyer (1907-2012), père de la capitale Brasilia. Son pays propose d'inscrire sur la liste du patrimoine mondial l'ensemble moderne de Pampulha, un centre de loisirs conçu en 1940 autour d'un lac artificiel à Belo Horizonte.

Dans le même esprit, les Etats-Unis soutiennent des œuvres de l'architecte du début du XXe siècle Frank Lloyd Wright (1867-1959), mais le dossier n'a pas reçu un avis encourageant du comité d'experts.

A l'autre bout de la chronologie humaine, plusieurs dossiers sont liés à la  préhistoire : la réserve de Mistaken Point (Canada), riche en fossiles vieux de  plus de 560 millions d'années ; les sites d'art rupestre de Zuojiang Huashan  (Chine) qui datent du 5e siècle avant JC ; les dolmens d'Antequera (Espagne)... Des sites naturels sont également en lice (désert de Lout en Iran, archipel  de Revillagigedo au Mexique, la chaîne des Puys en France...).
Archipel  de Revillagigedo au Mexique

Archipel  de Revillagigedo au Mexique

© Roberto Rinaldi / AGF / Photononstop
Comme chaque année, certains dossiers créent des frictions. La candidature des forêts de Kaeng Krachan portée par la Thaïlande indigne la Birmanie qui assure que 34% du site se trouve sur son territoire. Le Royaume-Uni a heurté l'Espagne en proposant d'inscrire des grottes néandertaliennes situées à Gibraltar. La candidature du site d'Ani, située en Turquie mais ancienne capitale de l'Arménie, fait aussi des vagues entre les deux voisins.

Lors de sa 40e session, le Comité mondial de l'Unesco révisera aussi la  liste des sites "en péril", 48 à ce jour. Sept sites pourraient y être ajoutés,  dont la vallée de Katmandou frappée par un violent séisme en 2015. L'an  dernier, le Népal avait bloqué son passage sur la liste en péril, par crainte  d'effrayer les touristes.