L'image d'Epinal change d'époque

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/05/2015 à 14H58
Images traditionnelles de l'imagerie d'Epinal disponibles en 2015

Images traditionnelles de l'imagerie d'Epinal disponibles en 2015

© FREDERICK FLORIN / AFP

Nouveaux illustrateurs, nouvelles collections, nouvelles stratégies : en cherchant à se délester d'une réputation surannée et à se renouveler, la célébrissime imagerie d'Epinal, la dernière d'Europe, a provoqué un émoi certain autour de l'institution née il y a 220 ans.

"Il y avait un tel retard, un endormissement, qu'on a l'impression que l'imagerie est attendue depuis trente ans", dit à l'AFP Pacôme Vexlard, qui a racheté l'affaire en août avec Christine Lorimy.

L'imagerie nouvelle génération a d'abord décidé de faire appel à de nouveaux "imagiers", telle la jeune Zoé Thouron, qui a renouvelé la tradition des devinettes ou des planchettes de sciences naturelles, avec ses poules d'eau sauvages et ses oies affamées.

La diversification est par ailleurs en marche: t-shirts, abat-jour, jeux de cartes, tabliers, décors de théâtre, tablettes de chocolat, kits de pâtisserie ou le futur packaging des bonbons La Vosgienne, la fabrique d'Epinal multiplie les partenariats pour apposer ses images.

Ancêtre de la bande dessinée, l'imagerie avait connu son âge d'or au XIXe siècle, lorsque ses planches colorées d'historiettes ou son chat botté de Perrault étaient largement diffusées par les colporteurs à travers l'Europe.

Placée en faillite en 1984, l'entreprise n'avait dû son salut qu'à une bande d'entrepreneurs locaux qui l'avait remise d'aplomb en créant de nouvelles images, quitte à sacrifier la technique artisanale au profit de l'offset, "des posters artificiellement numérotés", persiflaient les puristes.

Une caricature de l'imagerie d'Epinal réimprimée en avril 2015

Une caricature de l'imagerie d'Epinal réimprimée en avril 2015

© FREDERICK FLORIN / AFP

Trésor de guerre

Le nouveau tandem à la tête de l'entreprise entend au contraire remettre au jour les techniques traditionnelles et faire revivre un trésor de guerre oublié dans les caves de leurs ateliers: près de 7.000 pierres lithographiques, certaines vieilles de près de deux siècles, qui permettent de tirer des images sur les machines d'origine avant d'être coloriées au pochoir.

"C'est une richesse patrimoniale d'une marque qui était à l'abandon. Elles ont été considérées pendant 30 ans comme des vieilleries", s'insurgent les nouveaux maîtres des lieux, qui ont par ailleurs décidé d'offrir certaines de ces pierres à leurs plus importants mécènes.

L'idée a suscité la polémique: d'aucuns se sont émus que les pierres, classées aux monuments historiques, puissent être cédées, avant que la direction régionale des affaires culturelles ne donne finalement son feu vert. L'afaire est close.