L'hôtel Lutetia tire sa révérence lundi soir pour trois ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/04/2014 à 18H19
La façade de l'hôtel Lutetia, angle boulevard Raspail rue de Sèvres (Paris 6e)

La façade de l'hôtel Lutetia, angle boulevard Raspail rue de Sèvres (Paris 6e)

© Henri tabarant / AFP

L'hôtel Lutetia, mythique palace parisien du boulevard Raspail, ferme ses portes lundi soir. Trois ans de travaux pour rénovation sont prévus avant la réouverture en 2017 de ce bâtiment classé de style Art nouveau. Des clients nostalgiques étaient sur place pour un dernier au-revoir lundi. Du côté du personnel, l'adieu était plus douloureux.

Un lieu chargé d'histoire
"J'ai entendu à la radio que c'était le dernier jour: je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous, il fallait que je sois là le jour de la fermeture", lance Marie-Christine Guinard, se disant "fière de faire partie d'un petit bout d'histoire".  Pour cette Parisienne qui a vécu "deux moments importants de sa vie dans l'hôtel de la rive gauche", Le Lutetia est surtout synonyme de "réparation de la douleur" après-guerre.
 
En effet, après avoir été un haut lieu de la vie culturelle, le Lutetia a abrité les services de renseignement allemands pendant l'Occupation avant d'accueillir les déportés de retour des camps.
"Ce lieu est unique car tellement chargé d'histoire. Cela se ressent énormément quand on est à l'intérieur, c'est impressionnant", témoignent de leur côté Jean-Louis et Yolande, 59 et 53 ans.

"Je venais régulièrement prendre l'apéritif ou dîner dans cet endroit mythique et je voulais voir le décor une dernière fois", raconte, Claire Bermond, retraitée parisienne qui regrette que "tous ces hôtels témoins du temps se transforment".
Le Lutetia est le quatrième palace parisien à fermer ses portes pour rénovation, après le Ritz, fermé pour deux ans depuis août 2012, le Crillon, fermé depuis mars 2013 pour une réouverture à l'été 2015, ou encore le Plaza Athénée, fermé en octobre et devant rouvrir cet été.
L'un des salons de l'hôtel Lutetia à Paris.

L'un des salons de l'hôtel Lutetia à Paris.

© Franck Fife / AFP


Le personnel se sent lésé
Côté employés, la fermeture est plus douloureuse. Le personnel conteste en effet le plan de sauvegarde de l'emploi proposé par la direction aux 211 salariés. Pour Philippe Renard, chef des cuisines du Lutetia depuis 1991, "c'est dommage qu'il n'y ait rien eu de fait pour le personnel, on leur demande de s'en aller et c'est tout", explique-t-il.

 
"Cette fermeture fait un coup au coeur. C'est un endroit où les gens se sentaient bien et un des rares établissements où hommes politiques, monde de l'édition, du showbiz se côtoient, c'était leur havre de paix", relate le chef, qui espère "que cette belle image française soit bien rénovée dans son jus, en respectant le style art déco".
Le restaurant de l'hôtel Lutetia avant sa fermeture, le 14 avril 2014.

Le restaurant de l'hôtel Lutetia avant sa fermeture, le 14 avril 2014.

© Franck Fife / AFP


Quelle rénovation pour ce bâtiment classé de style Art nouveau ?
Aujourd'hui géré par le groupe américain Concorde & Hôtels Resort, l'hôtel Lutetia a été construit en 1910 à l'initiative de Madame Boucicaut, propriétaire du grand magasin Le Bon Marché. Celle-ci souhaitait "que ses importants clients de province fussent logés dans un établissement tout proche et correspondant à leur train de vie, quand ils venaient faire leurs courses" dans la capitale.


Conçu par les architectes Louis-Charles Boileau et Henri Tauzin, il s'agit d'un bâtiment art nouveau doté d'un des premiers bars art déco de Paris.

Les travaux seront regardés à la loupe par l'association "les Amis du Lutetia", qui compte 250 membres. "Nous allons nous assurer qu'ils respectent l'arrêté de classement du bâtiment, que nous avons obtenu en 2007", explique Michèle Dufour, sa présidente. Selon elle, "ils ne peuvent pas toucher aux façades, aux toitures, au hall de réception, à la galerie, à certaines salles ou encore à des escaliers avec leurs cages".
 
Une vente aux enchères proposant 3.000 pièces de mobilier, une partie de la cave et une centaine d'oeuvres d'art sera organisée fin mai dans les salons et les bars de l'hôtel.