L'histoire de la franc-maçonnerie s'expose à la Bibliothèque nationale

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/04/2016 à 17H07
La "Carte Philosophique et Mathematique" du frère Duchanteau est l'un des très précieux documents à voir dans l'exposition consacrée à la franc-maçonnerie.

La "Carte Philosophique et Mathematique" du frère Duchanteau est l'un des très précieux documents à voir dans l'exposition consacrée à la franc-maçonnerie.

© ERIC FEFERBERG / AFP

C'est "le grand chelem, pas un document important ne manque" selon un commissaire : la Bibliothèque nationale de France (BNF) consacre à la franc-maçonnerie une "exposition majeure", pensée pour donner au profane une "idée plus juste" de son identité et de son influence.

A partir de mardi 12 avril et jusqu'au 24 juillet, quelque 450 pièces sont présentées, pour témoigner d'une histoire de la franc-maçonnerie. Manuscrits, livres rares, objets rituels, peintures, films... racontent l'histoire complexe et contrariée de ces fraternités initiatiques nées à Londres dans leur forme moderne il y a bientôt 300 ans (en 1717) et implantées en France dès 1725.
Exposition franc-maçonnerie BNF © BnF Editions

Une exposition inédite dans une grande institution nationale

"C'est la première fois qu'une exposition sur la franc-maçonnerie est présentée dans une grande institution culturelle nationale", explique à l'AFP l'un de ses commissaires, Pierre Mollier, conservateur du Musée de la franc-maçonnerie au Grand Orient de France (GODF), la première obédience française. Trois quarts de siècle après la virulente exposition antimaçonnique "La franc-maçonnerie dévoilée", montée par le régime de Vichy au Petit Palais à l'automne 1940, cet événement devrait faire date.
Assiette exhibant le symbole de l'équerre et du compas.

Assiette exhibant le symbole de l'équerre et du compas.

© Eric FEFERBERG / AFP

Il s'appuie sur le fonds maçonnique de la BNF, l'un des plus importants au monde, mais aussi sur les collections des grandes obédiences françaises et des prêts étrangers exceptionnels. Sous verre, un trésor de vieux parchemins et papiers, comme le poème "Regius" et le manuscrit "Cooke" des XIV-XVe siècles, traces d'une maçonnerie médiévale "opérative", liée au métier des bâtisseurs, pas encore devenue abstraite ou "spéculative". En France, les premiers textes maçonniques - et, déjà, les premières saisies de police - datent des années 1730.

Dans une salle aux allures de temple avec ses piliers, les symboles (l'équerre, le compas...), les rites et l'initiation sont abordés dans leur grande variété. Avec "trois Joconde", selon les mots utilisés par Pierre Mollier pour désigner ces chefs-d'oeuvre des XVIIIe et XIXe siècles : les planches enluminées du théosophe Noël, la "carte philosophique" très graphique du frère Duchanteau, les "figures secrètes" des Rose-Croix, richement colorées.

Propos didactique

La contribution d'illustres maçons à la vie des "idées nouvelles" est largement documentée, à travers les figures de Voltaire dont le tablier est montré, ou encore de Maria Deraismes, féministe fondatrice d'une obédience mixte, le Droit humain. La prégnance maçonnique sur la IIIe République est manifeste jusqu'à la Première Guerre mondiale, avec la laïcisation de l'école de Jules Ferry, Arthur Groussier et la mise en oeuvre d'un premier Code du  travail...

La BNF n'élude pas la méfiance de l'Eglise catholique envers les loges. Ni  l'antimaçonnisme virulent, notamment sous l'Occupation, qui a conduit à des  spoliations, à un fichage national et à la mort de plus d'un millier de maçons français, déportés ou fusillés. Au film complotiste "Forces occultes" de 1943 répond dans l'exposition, comme en lumineux négatif, "La Flûte enchantée" du "frère" Mozart avec sa Reine de la nuit apparaissant sous une voûte étoilée. C'est la légende dorée de la  maçonnerie éclairant les arts et les lettres, du sculpteur Bartholdi élevant sa statue de la Liberté au Corto Maltese dessiné par Hugo Pratt.

Le parcours ne dissipe pas les mystères de l'initiation, seul vrai "secret maçonnique" avec le silence sur "l'appartenance des autres", selon Pierre Mollier. Mais "cette exposition didactique a été conçue pour répondre aux attentes de chacun : les spécialistes y découvriront des documents qu'ils n'ont jamais vus quand le grand public pourra se faire une idée plus juste de la  franc-maçonnerie", veut croire l'historien.


"La franc-maçonnerie"
du 12 avril au 24 juillet
Bibliothèque nationale, site François-Mitterrand,
Quai François Mauriac, Paris 13e arrondissement