Les Journées du patrimoine fêtent les cent ans d'une loi fondatrice

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/09/2013 à 14H38
Le Sénat fait partie des monuments très visités lors des Journées du patrimoine

Le Sénat fait partie des monuments très visités lors des Journées du patrimoine

© Dag Sundberg / Photononstop / AFP

Le 31 décembre 1913 était promulguée la loi sur les monuments historiques. Les Journées du patrimoine, samedi 14 et dimanche 15 septembre, fêtent le centième anniversaire de cette loi ainsi que leur propre trentième anniversaire. C'est l'occasion, comme tous les ans, de visiter des tas de lieux insolites à travers tout le territoire français.

Douze millions de visiteurs sont attendus pour ce rendez-vous pendant lequel 16.000 monuments et sites publics et privés sont ouverts à la visite.

La loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques a donné naissance à un système de dispositifs de protection du patrimoine, du recensement à l’inscription et au classement.
 
Les Journées portes ouvertes des monuments historiques, grande fête du patrimoine, sont nées en 1984 à l'initiative de l'ex-ministre de la Culture Jack Lang. Elles sont devenues européennes en 1991. Tous les ans, elles sont l’occasion, le plus généralement gratuitement, d’avoir accès à des monuments habituellement fermés au public et aussi d’entrer dans les coulisses, les cours cachées et les recoins secrets d’institutions plus ouvertes.
 
Les Journées stimulent, selon les autorités de la Culture, la fréquentation des monuments accessible toute l'année et sensibilisent les citoyens à la protection des monuments.
Abéïcité-Abbaye de Corbigny

Abéïcité-Abbaye de Corbigny

© David BEAUDEQUIN - Office de Tourisme du Pays Corbigeois
 
Aujourd’hui, plus de 44.000 immeubles et 132.000 objets sont protégés au titre des monuments historiques. La valorisation du patrimoine implique de nombreuses restaurations. Le public peut visiter cette année un certain nombre des chantiers en cours, comme celui des toitures de l’abbaye de Corbigny (XVIIIe siècle), dans la Nièvre, avec une démonstration du travail des maîtres charpentiers. 
 
Ou assister à une démonstration de taille de pierre par les artisans qui réalisent les dalles commémoratives du parvis de la cathédrale Saint Jean Baptiste de Perpignan (Pyrénées-Orientales). 

Le patrimoine, une notion née avec la Révolution française
Exceptionnellement, on peut voir le travail des ateliers d’art de la Réunion des musées nationaux, à Saint-Denis, où doit être proposé un atelier de moulage de statue pour les enfants.
 
La notion de patrimoine est née au lendemain de la Révolution française. Elle est étroitement liée au sentiment d’appartenance à une nation. Dès 1830, François Guizot, ministre de l’Intérieur, crée une inspection générale des monuments historiques. Une commission supérieure des Monuments historiques est instituée en 1837 et une première liste des monuments protégés est établie en 1840.
L'atelier de moulage de la RMN

L'atelier de moulage de la RMN

© RMN
 
La première loi sur la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique est celle du 30 mars 1887. Elle ne concerne que le patrimoine appartenant à des personnes publiques.
 
Le public est toujours nombreux pour visiter les grandes institutions, comme le Sénat ou l’Hôtel Matignon ou le Palais de l’Elysée, lors des Journées du Patrimoine.
 
La vision du patrimoine en constante évolution
C’est la loi du 31 décembre 1913 qui a réellement fondé la politique de protection des monuments historiques et institué les pratiques qui forgent la pensée du patrimoine en France. Elle rend possible le classement d’un bâtiment ou d’un objet sans l’accord de son propriétaire, même s’il est privé.
 
La vision du patrimoine a ensuite évolué, tout au long du XXe siècle, incluant les champs de bataille de la Grande Guerre, puis la protection des abords des monuments classés à partir d’une loi de Vichy, celle du 25 février 1943.
Clous fabriqués à la clouterie Rivierre

Clous fabriqués à la clouterie Rivierre

© Camille Sanchez, Clouterie Rivierre
Le patrimoine, ce n'est pas que les antiquités. Des bâtiments du XXe siècle comme ceux d’Auguste Perret sont classés dès 1957, ainsi que ceux de Le Corbusier ou Robert Mallet-Stevens. On peut ainsi visiter la Fondation Le Corbusier, installée dans la Maison La Roche, qui après un an de restauration vient d’ouvrir ses portes, dans le 16e arrondissement de Paris. On peut aussi découvrir les espaces communs et certains appartements de la Cité radieuse à Marseille. Ou encore le Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives (Drôme).
 
Plus tard, ce sont des ensembles urbains entiers qui sont pris en compte, avec la loi Malraux du 4 octobre 1962 sur les secteurs sauvegardés.
 
Avec la désindustrialisation, ce sont les usines ou les mines qui ont rejoint le patrimoine national. Comme les forges et moulins de Pinsot, dans l’Isère, où on peut voir comment on faisait la farine et l’huile de noix.
 
Enfin, après le patrimoine industriel, scientifique et technique, depuis les années 1990, on s’intéresse au patrimoine immatériel, incluant pratiques, représentations ou savoir-faire.
L'ancienne gare de déportation de Bobigny

L'ancienne gare de déportation de Bobigny

© Boris Horvat / AFP
 
Le patrimoine matériel et immatériel
Patrimoine industriel mais aussi patrimoine vivant, la clouterie Riverre à Creil (Oise) est la dernière clouterie française en activité. Elle fournit des clous à de nombreux artisans et industriels… et aussi pour la restauration de monuments historiques, avec des machines centenaires. Des visites guidées sont organisées samedi et dimanche. Autre usine labellisée EPV (entreprise du patrimoine vivant), la savonnerie Le Fer à cheval à Marseille.
 
Les monuments racontent l’histoire en Seine-Saint-Denis, comme l’hôpital Avicenne à Bobigny : inscrit dans la politique coloniale française, il est construit entre 1931 et 1935 en style néo-mauresque, et destiné aux malades maghrébins de la région parisienne avant de s’ouvrir à tous et d’être rattaché, en 1962, à l’Assistance publique / Hôpitaux de Paris.

Et l’ancienne gare de déportation de Bobigny, près du camp de Drancy, d’où des milliers de juifs furent déportés à Auschwitz.
 
Patrimoine en devenir, les anciens magasins généraux de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, à Pantin (Seine-Saint-Denis) sont ouverts au public pour la première et la dernière fois avant transformation. Ces énormes entrepôts construits sur le canal de l’Ourq au début des années 1930 ont cessé d’être utilisés au milieu des années 2000 et, investis par les graffeurs, ils sont devenus un spot d’art éphémère. Avant d’être mis en chantier le mois prochain pour devenir des bureaux, ils proposent pendant trois jours des visites, des illuminations et des concerts.
Les anciens magasins de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris
	 

Les anciens magasins de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris  

© AM Pantin
 
Et s’il fait beau, le patrimoine est aussi naturel. Pour la première fois, l’Arboretum et herbier Roger de Vilmorin, à Verrières-le-Buisson (Essonne), participe aux Journées du patrimoine. Classé Réserve naturelle régionale, il conserve 200 arbres et 200 arbustes. L’herbier retrace quatre siècles de recherche en botanique et en amélioration des plantes.

Le programme complet sur le site des Journées du Patrimoine